Tentative d'aménagement

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Le divan de Marloute

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mardi, 21 mai 2013

L'anniversaire

Sur la petite casserole bleue, je fais réchauffer le thé à la menthe d’hier.

Il a plu quasi sans discontinuer tout le week-end. La terre est détrempée et les arbres dégoulinent. Je n’ai pas fait le tri des affaires d’hiver pour les remplacer par les affaires d’été, car nous mettons encore allègrement les chaussettes en laine et les pantalons en pilou.

Ce week-end, nous avons invités les voisins du dessus à manger, un gratin dauphinois et un rosbif saignant. Les filles ont couru partout, comme à leur habitude, ne s’arrêtant de gigoter que pour voler une bouchée par ci, une gorgée d’eau par là.

La semaine dernière, j’étais chez mes parents. Je suis descendue seule avec R. et Y. nous a rejoints plus tard. Je me suis sentie assez mal chez eux, comme d’habitude. R. faisait des crises plus aiguës que d’habitude et plusieurs fois, il a fallu contenir ses crises de rages.

 Je sentais monter la violence qui conduit aux coups, celle que j’ai reçu enfant.

 Je voyais aussi que mes parents étaient aussi exaspérés que moi, et cela me stressait encore plus. J’aurais eu besoin d’aide. Quand je vais chez eux, j’ai du mal à être moi. J’adopte un comportement de « fille » : j’aide au ménage, au jardin, je fais la psy pour ma mère et je veux désespérément, pathologiquement, qu’on s’occupe de moi. Mettez par-dessus une petite fille, une vraie, qui a elle-même ses besoins, des besoins d’enfant, d’écoute et de disponibilité, d’indépendance et d’autonomie du haut de ses deux ans et demi et c’est un cocktail explosif. Bref, j’étais encore mal, et vraiment soulagée quand j’ai pu enfin partir rejoindre mes beaux-parents.

Tout cela nous a amené à la fête d’anniversaire de mon père. Il fêtait ses soixante ans avec un ami à lui, avec qui il a grandi et avec qui il est toujours ami. La même bande de copains, dont les enfants sont maintenant adultes et commencent eux-mêmes à être parents. Ma sœur, quelques semaines auparavant, avait proposé qu’on lui écrive une chanson, pour lui dire notre amour et notre admiration, bref, une chanson ou un texte, quelque chose à lui donner ou à lui réciter, pour fêter en beauté cet anniversaire.

Je n’ai pas voulu.

Je n’avais pas envie. Je n’avais que de l’amertume en moi. Je lui en voulais de pleins de choses, de sa pudeur maladive, de ses absences, de sa brutalité quand j’étais enfant. Et cela n’a pas loupé. Quand le tour des chansons est arrivé, les enfants de l’ami de mon père ont chanté des chansons de leur composition, des textes qui ont fait pleurer tout le monde, sur leur père adoré.

Et nous trois, les trois filles, nous ne lui avons rien fait.

Bien sûr, sur le moment, j’ai réalisé l’énormité de la chose : lui s’était cassé la tête pendant plusieurs semaines pour recevoir ses invités, une cinquantaine de personnes, pour deux jours de fête, dans de bonnes conditions, nous avait mitonnés des petits plats déments, et nous - enfin moi, puisque c’est de moi qu’il s’agit - j’étais incapable en retour de lui offrir, quoi, rien, un petit texte, une chanson, quelque chose qui dit « merci ».

Depuis, cette histoire me poursuit. Je sais que je passe pour une ingrate, mais une partie de moi est toujours en colère. Je sais qu’un jour il va mourir. Il peut même disparaître brusquement, à tout moment, et je ne ressent pas ce besoin, cette urgence, d’éteindre le feu de ma colère contre lui, pour pouvoir l’aimer sans retenue et lui dire mon amour. Combien d’adultes vivent ainsi avec un ressentiment d’adolescent encore consumé ? Alors que chaque jour, je chante les louanges d’Y., trouvant toujours un moment pour lui murmurer des mots d’amour, pour mon père, je me trouve à sec. Seuls me reviennent ces moments où il n’appelle pas, où il n’est pas là, où il n’écoute pas, où ma vie ne l’intéresse pas. J’ai passé les 25 premières années de ma vie à quêter son regard, multipliant les risques et les situations extraordinaires pour espérer des miettes d’intérêt et depuis mon analyse, le mouvement s’est violemment inversé. Je n’attends rien de lui, noyant mes sentiments dans un cynisme encore plus dévastateur. Qu’il oublie mon anniversaire ou ne m’appelle pas six mois durant, me fait même ricaner tant je m’attend à la chose. Mais cette froideur me paraît aussi inquiétante que ma sensibilité précédente.

Dur dur ces rapports père-fille ! Je ne sais pas comment m’en sortir. Il faudrait renouer ce fil bien distendu, mais je ne sais pas comment faire. Peut être en faisant le premier pas, puisque lui, de toute sa vie, n’a pas vraiment réussi ? Je m’interroge.

lundi, 1 avril 2013

La première journée d'avril

Leeloolène vient de partir.

D’elle, ne reste que deux mugs de thé, une théière à moitié remplie, les jeux de constructions faits avec R. tandis qu’on essayaient de parler. J’avais redouté cette journée, que j’imaginais fatigante, celle où Y. allait partir, son sac sur le dos, pour un voyage d’une semaine et où je n’aurais le temps de rien. Au lieu de cela, surprise, ma copine L. et Leeloolène, l’amie de toujours, chez moi toutes les deux. Journées papotages, on mange des lentilles, on déguste la salade de fruit, on se refait du thé et du café, pendant que le soleil éclaire l’appartement.

Quelle belle journée d’avril !

Balade aux puces, R. ne veut plus marcher. Elle joue, crie, court, sur ses petites jambes courtes, et moi je réfléchis encore à ce que je mettrais comme chaises à la place de mes assises en paille qui font mal au derrière. Je suis heureuse parce que la bibliothèque plait à mes amies, comme elle nous plait à nous. Enfin, enfin, avoir nos livres à portée de main, pour de longues lectures sur le grand canapé….

Le soir, R., ma grande petite fille, me serre dans ses bras, pour de touchantes déclarations d’amour : « Ah t’ême maman, T’ême fortfort ». Moi aussi, moi aussi mon enfant je t’aime. Je le savais, mais je ne l’avais pas bien réalisé. Il m’a fallu être seule au milieu du désert, seule sur le sable, en pleine méditation, pour le comprendre.

Un soir, quand j’ai eu fait le vide en moi, son image s’est imposée, et j’ai été remplie d’un immense élan d’amour, presque douloureux tant la distance était grande entre nous, des milliers de kilomètres, des montages, une mer et plusieurs déserts, pour la première fois de ma vie.

J’ai senti sans pouvoir l’arrêter une émotion comme une lame de fond, me soulever. Les larmes roulaient sur mes joues et je pleurais de bonheur, de comprendre la force de ce lien unique qui nous unissait. Moi qui me plaint toujours de ne pas avoir de temps pour moi, d’avoir l’impression d’être comme une coquille vide à force de ne faire que travailler, rentrer en courant, donner le bain, faire à manger et m’écrouler devant un DVD, j’ai compris, seule et effrayée comme je l’étais, que l’amour qui me liait à elle était la chose la plus précieuse jamais ressentie. Bien sûr, je râle, je peste, je m’énerve, pour un verre cassé ou du caca badigeonné sur des draps que je viens de laver, mais cet amour, ce lien si pur, je ne peux pas le nier.

Ce soir, je dois penser à nos futures vacances. Je dois réserver des billets de train, je dois faire de l’administratif, je dois me coucher tôt.

Cette semaine, interdit de rigoler, je suis seule pour tout assumer !

 

 

 

dimanche, 31 mars 2013

La fatigue

Je ne comprends pas pourquoi je suis si fatiguée les week-ends.

Bien sûr, je m’agite beaucoup : il faut faire un brin de ménage, il faut faire des lessives, étendre les précédentes, plier le linge sec, il faut aller faire des courses, charrier ensuite des sacs et les ranger dans les placards et le frigo. Il faut faire des repas, puis laver la vaisselle, l’essuyer et la ranger. Il faut porter R. parfois, l’emmener vite sur le pot, l’essuyer, lui enlever sa culotte (souvent) et la mettre au sale. Lui courir après pour l’obliger à mettre une nouvelle culotte, alors qu’elle veut rester « Tüte nue ».

Pourtant, je me repose.

Allongée sur le grand canapé, j’attends que Y. me fasse mon café.

Je lis mes BD et mon livre, un essai magnifique de Nancy Huston, quelle femme !

Je fais une sieste, quasi tous les week-ends.

Le soir, on me propose de sortir. Je décline. Quasi invariablement. Vendredi et samedi soir, je suis une loque. Souvent, le dimanche est moins trépidant. Déjà parce qu’il n’y a que le marché à faire, que j’en profite pour cuisiner en écoutant François Régis Gaudry, que souvent, on fait une simple promenade, ou des amis passent boire le thé…

Je me demande pourquoi je suis si fatiguée. Je dors pourtant 8h par nuit depuis deux ans.

Anémie ? Manque de vitamines ?

Il faudrait peut être en faire plus, au contraire, me remettre au sport, moi qui me promet cela depuis deux ans et ne l’ai toujours pas fait ?

Je me demande….

 

 

vendredi, 21 décembre 2012

La floraison

Au travail, j’arrose les plantes et je bois un peu.

Il fait doux ce matin et j’ai ouvert grand les fenêtres de nos bureaux. Quel temps étrange, humide et gris comme un automne sans fin. J’attends l’hiver, le vrai, celui qui pique les yeux et rougit les joues, quand le ciel est d’un bleu pur et le soleil trop pâle.

On a envoyé à la rédaction, à mon intention, une petite hellébore qui n’a pas encore eu le temps de fleurir. Je l’ai posée à côté de mon ordinateur. Elle est trop verte et flétrie, comme un cœur sec. Qui s’occupera d’elle pendant mes quelques jours de vacances ?

La stagiaire A. qui, elle, ne part pas ? Peut-être. Je languis de ces jours de congés, les derniers étaient en août dernier et la fatigue m’assomme. Pourtant, je me sens fraîche et légère, droit dans mes bottes grâce au travail avec la psy.

Je vais partir sans craintes...si ce n’est de voir ma petite plante dépérir.

Qui sait, peut être,

une bonne surprise ?

Quand je reviendrais,

elle aura

peut-être

fleurit ?

 

 

vendredi, 7 décembre 2012

Pour moi

C’est sûr, je le sens, c’est certain, ça va mieux, je vais mieux.

Comme un barrage qui a lâché, je sens que les choses se débloquent.

Je me sens plus en accord avec moi-même. Je prends les choses avec légereté. Ce matin, en me brossant les dents, je me disais : quelle chance j’ai de faire ce travail !

Je suis partie travailler guillerette.

Le travail avec la psy permet de faire émerger pleins de choses, je suis heureuse. Tout revient avec : l’énergie, la libido, l’envie de bouger.

J’ai passé la semaine à peu dormir, à beaucoup me déplacer : en Alsace, en banlieue. Le soir, je suis sortie : voir des gens, mon association de journalistes d’environnement.

Malgré le froid, la pluie, la neige mouillée, je ne me suis pas dégonflée.

C’est sûr, je sens, c’est revenu, le plaisir et l’envie de travailler, non pas pour P. mais bien pour moi.

Du coup, quel pied !

 

vendredi, 30 novembre 2012

L'impression de se fendiller

Je ne pensais pas qu’il était possible d'être autant dans l'émotion pendant toute une journée. Ce matin, levée très tôt pour aller chez la nouvelle thérapeute que je vois depuis quelques semaines, j’arrive en retard à cause d’Y. et peste contre lui. Une fois là-bas, tout sort au détour d’une phrase. Je sens les larmes couler quand j’explique que j’ai l’impression de me fissurer de partout, comme si mes différents « personnages » tombaient les uns après les autres. La thérapeute me rassure comme elle peut, de sa voix douce, de quelques mots, choisis avec soin, mais rien à faire, je pleure, je pleure. Assise le plus droite possible dans son fauteuil, j’ai envie de me recroqueviller et de plonger le nez sous une couette.

Je me demande tout haut si je fais bien d’être là, si je sers vraiment à quelque chose alors que je me sens exploser. Est-ce que je peux faire du mal à quelqu’un si mes différents personnages disparaissent ? Est-ce qu’on peut avoir 31 ans et avoir l’impression d’être un nourrisson ou un enfant de 4 ans, qui tire désespérément sur la jupe de sa mère, prêt à tout pour être remarquée ?

Je fais le deuil de pleins de choses en ce moment. A travers cette épreuve, je sais bien que je grandis et surtout j’essaye de ne pas regarder en arrière.

Mais comme c’est difficile de ne pas le faire !

Comme un alpiniste en plein ascension, je sens que mon matériel tombe : mon sac à dos, mes cordes, et divers paquets que je transportais. J’essaye de me concentrer sur le sommet, que je n’aperçois pas, perdu dans les brumes d’un avenir que je n’arrive pas à deviner, et ce que je laisse chuter m’inquiète. Je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter. Alors que je devrais me sentir plus légère, au contraire, j’ai peur… peur… peur.

IPour moi, il me semble qu'il est plus facile de s’inventer une vie que de la vivre ! Il est tellement plus simple de vivre à travers le désir des autres, à travers le regard, que de vivre sa propre vie ! Pourtant, je déploie une énergie folle, démesurée si on y pense, à faire semblant, H24, au lieu d’être vraiment à ce que je fais.

D’où mon impression de liquéfaction, de disparition, de fendillement, comme si j’étais une outre gonflée d’eau prête à exploser.

La matinée s’est passée bizarrement, j’ai retenu mes larmes plusieurs fois, dont une fois en réunion avec P. Il ne me regardait même pas, parlait durement à quelqu’un d’autre, et j’étais soulagée, pour une fois, de ne pas être sous le feu de ses critiques. Mais j’ai bien failli pleurer juste après, en lui exposant un projet. J’ai dû arrêter de parler… en plein milieu d’une phrase ! Heureusement, il n’a rien remarqué.  

L’après midi, je me suis rendue sur ce Salon, comme chaque année.

Pour la première fois, je l’ai parcouru en étant sereine. J’étais à l’affût des nouveautés, j’ai pu feuilleter, découvrir des histoires et des auteurs passionnant. Je me suis esclaffée plusieurs fois. J’ai eu plusieurs coups de cœur, et j’ai ramené des ouvrages que j’avais déjà aimés.

Lui, lui, lui et lui !  

Au stand de Casterman, j’ai retrouvé le livre de la naissance de Célestine, lu l’année dernière. Je voulais l’acheter, mais je n’ai pas pu. A la lecture de quelques pages, j’ai senti les larmes brûlantes affleurer à mes cils. Même pas cap’ !

Quelle drôle de période que cette période ! Je me sens si petite, si fragile… et je m’étonne de ma propre fragilité….

Ce soir, j’ai décommandé le baby-sitter. J’avais prévu de sortir, retrouver mes amis dans un nouveau lieu, où nous devions danser. Mais je n’ai pas la force de bouger. Dans mon pyjama lâche et ma doudoune de laine, j’ai déjà du mal à tenir les yeux ouverts….

Mais le week-end est là, déjà, bienveillant, merveilleux week-end.

Mes parents viennent ce dimanche, pour quelques jours, garder R. pendant que nous serons touts les deux en reportage avec Y. mais chacun à un bout de la France.

 Demain, demain nous ferons le sapin.

J’ai hâte de voir la tête de R. quand son père le ramènera ! Nous n’avons aucune décoration à mettre dessus, mais je compte bien en trouver demain.

 D'ici là, je contemple mes trésors ramenés du Salon.

 

 IMG_8982.JPG

 

 

mardi, 20 novembre 2012

Une petite flamme

Quelque chose a changé.

C’est un frémissement, quelque chose d’intime et de discret. Mais je sens en moi cette tout petite flamme, fragile et puissante à la fois, qui commence à pointer son nez.

Hier, par la Poste, est arrivé mon cadeau de Noël par avance. Son livre à elle, sur les artisans de Brooklyn. Je l’ai ouvert comme un trésor, caressant les pages, essayant de déchiffrer dans mon mauvais anglais les textes.

Quelque chose a changé et je le perçois. Cette présence ténue m’aide à éclairer cette grande nuit où je me suis perdue.  

jeudi, 15 novembre 2012

Vraiment là

Enfin chez moi, je savoure le calme. France Inter en fond sonore, ils parlent dans le poste, mais je préfère quand ils sont en grève, car leurs playlist est tout bonnement géniale.

J’aimerais bien acheter, un jour, un petit aquarium, avec ces jolis petits poissons bleus, les guppies, comme chez mon amie Leeloolène. Je ne sais pas si les poissons, comme notre chat, sont capables de rester plusieurs jours sans nous. Peut-être avec un distributeur automatique de daphnies ?

J’ai envie de faire pleins de choses ce week-end, mais je sais que si je suis seule, ce sera difficile. Y. part pour le week-end, et je veux lui faire une surprise à son retour, d’un appartement sur lequel j’aurais avancé. Je rêve…. Il faudrait que je range, que je trie, que j’installe, que je cloue, que je visse… Je sais que ces petites choses sont à ma portée, même si R. est là et veut elle aussi attraper le cutter, le marteau, et mettre des clous dans des chevilles.

En ce moment, je lis la délicieuse Françoise Hardy, qui dans son livre : « Le désespoir des singes » distille ça et là des informations essentielles sur la vie, sur sa vie. J’ai aussi lu, ou plutôt savouré le livre « La dernière conquête du major Pettigrew », si anglais, si suranné, un délice !

Je crois que ma sœur viendra quelques jours la semaine prochaine, j’ai hâte.

Sa présence souvent illumine ma vie, comme le fait certaines de mes amies. Et dire qu’enfant je ne la supportais pas !

Quand je suis chez moi, je me sens toujours plus "présente" aux choses, que lorsque je suis prise dans le tourbillon de la journée. Même si la fatigue est là, bien présente elle aussi, et qu'elle m'entraine à aller sur facebook, mes mails, et regarder des trucs nuls sur le net, jj'arrive, parfois, à me sortir de cette gangue pour être vraiment là...

 

mercredi, 14 novembre 2012

De la beauté

Parce que j’étais triste, Y. m’a offert, sans autre raisons, un beau bouquet de roses rouges. Le soir, quand je suis rentrée, il était passé à la Biocoop et m’avait préparé un dîner.

Le soir, quand je peux, je fais de la méditation. J’aime bien ce moment, suspendu, hors du temps, quand j’ai couché ma fille, et que je me concentre enfin, calmement, sur l’air qui sort et entre, et uniquement sur cela.

Ce matin, j’ai eu, comme tous les matins, du mal à me tirer de la couette. Il y avait l’odeur exquise du cou d’Y., l’air plus frais au dehors et la chaleur de nos deux corps. Je regardais l’heure qui tournait : 7h, puis 7h30, puis presque 8h…. Il fallait bien y aller.

De plus en plus, je pense que ce que je vis au travail n’est pas du harcèlement.

C’est une situation complexe, où effectivement, je ne suis plus la chouchou, et que je vis très mal, du fait de mon histoire personnelle, mais ce n’est pas du harcèlement. On est parfois à la limite, avec des moments très durs, mais cela n’en est pas. En revanche, il devient de plus en plus évident que je vais devoir partir. Je commence à me faire à cette idée.

Ce matin, quand j’ai marché pour venir au travail, les arbres étaient si beaux dans la lumière, touts revêtus d’or, de rouge et d’orangé, je me suis dit qu’il ne fallait pas être triste, face à tant de beauté.

mercredi, 7 novembre 2012

C'est malin

Je tombe sur cet article et je réalise qu’il me parle.

Je suis incapable de faire un calcul simple, en tout cas, de me concentrer un minimum de temps pour résoudre une opération. J’ai l’impression que mon cerveau s’affole. Si cela dure trop longtemps, un rideau noir peut se tirer de haut en bas et je suis incapable de me souvenir du calcul que j’essayais de résoudre.

Je sais dater précisément le début de cette « phobie ».

J’étais en CP, et j’abordais pour la première fois les mathématiques. Ma mère était très stressée et n’arrivais pas à me faire comprendre la logique d’un calcul. Elle me dit d’attendre mon père, qui devrait m’expliquer. A son retour du travail, après le repas, nous nous sommes attablés mon père et moi, pour qu’il m’explique l’exercice.

Très vite, il s’est énervé.

Je ne comprenais pas. C'était difficile à vivre pour lui.

Plus il se mettait en colère, moins je parvenais à donner la bonne réponse. Il me mit le deal en main : à chaque mauvaise réponse, je prendrais une gifle.

Ce qu’il fit.

Je n’arrivais plus à articuler tant je pleurais et je crois que ma mère est enfin intervenue. 

Mais aujourd'hui, aujourd'hui....

Aujourd’hui, je ne sais toujours pas faire un calcul simple, c’est malin.

Et j’éprouve, véritablement, une phobie à l’idée de calculer quoi que ce soit sans aide.

jeudi, 1 novembre 2012

Il va falloir!

La journée a passé sans houle.

Quelques petites montées anxieuses par-ci par là.

Mais j’étais bien, avec R.. Nous sommes allées au 104, à la maison des petits. Mon ami R. son parrain est venu aussi.

Il m’a parlé de l’éventualité de changer de travail.

Il le faut bien sûr.

J’en suis de plus en plus persuadée.

Mais j’ai du mal à me prendre en main, ça me parait difficile de quitter un travail que j’aime et des conditions (malgré la situation !) de rêve.

Mais il va falloir !

mercredi, 31 octobre 2012

Attention.... billet "mal-être/ je vais mal/ au secours", âme sensibles s'abstenir de la lecture qui suit!

Moi, ça va pas fort.

Et vous ?

Je crois que je n’avais pas ressenti ça depuis ma dépression. Une impression d’effondrement interne, comme si j’étais aspirée de l’intérieur, comme si un siphon se déclenchait en moi et que je m’écroulais silencieusement. Je sais plus ou moins que cela un lien avec ma personnalité, et avec ce qui se passe au travail, mais ce n’est pas la situation avec P. qui me rend triste, plutôt une impression intérieure que je ne sais plus où j’en suis. Que je ne sais plus qui je suis.

De l’extérieur, j’ai encore renforcé l’impression de droiture, de mainmise. Tailleur strict, maquillage ombré, talons hauts.

Mais toute la journée, j’étais au bord du gouffre.

A un pas de l’abîme.

Pourtant, il n’y a rien à signaler.

P. me nargue, appuyant par petites touches là où ça fait mal, puis faisant comme si on était d’un coup très amis et très proches dès qu’il y a du monde autour. Puis m’assassinant au détour d’une petite phrase.

A l’extérieur, je donne le change.

A l’intérieur, j’ai envie de crier.

Ce soir, je n’arrivais pas à me défaire de cette impression désagréable. Dans le métro, chez la nounou, il a fallu plusieurs fois que je m’arrête pour faire redémarrer mon cerveau.

Je vais y arriver, je vais arriver.

Je sais que je peux aller jusqu’à cette station de métro, je sais que je peux atteindre la cité de la nounou. A mon arrivée, une dame ne me tient pas la porte et ne répond pas à mon bonsoir. Je deviens soupçonneuse d’un coup : elle aussi, elle serait au courant ? Au courant que Marloute est mauvaise, une faible, une pauvre chose, incapable de s’imposer, une « looseuse », incapable de prendre sa vie en main. Dans l’ascenseur, j’essaye de me raisonner : cette dame ne peut rien savoir de moi, c’est de la paranoïa pure et simple.

Une fois que j’ai récupéré la petite, je ne me calme pas.

J’arrive à l’appartement, mais apprend qu’Y n’arrivera pas d’ici une heure et demie.

Je panique, l’appelle. Lui raconte, en vrac, les visions, le mal-être, l’impression que tout le monde sait quelque chose. Je lui dit qu’il faut qu’il rentre, et il me répond, comme à son habitude, qu’il ne peut pas rentrer plus tôt.

Je sais que je suis à deux doigts de craquer. Mais je ne craque pas. R. a senti ma tension, elle se braque comme jamais. C’est une petite fille hurlante que je déshabille, une sirène à qui je change la couche, et une furie qui envoie valdinguer sa nourriture, avant de finir en larmes et morveuses dans mes bras. Je suis fière de moi, car j’ai gardé mon calme. Je n’ai pas eu de gestes nerveux envers elle, alors qu’à l’intérieur de moi, à l’intérieur de moi…. J’aurais pu l’étriper, juste pour me défouler. Mais elle n’y est pour rien, cette petite fille de deux ans, qui fait sa crise des deux ans, que sa maman est au bord du gouffre.

Un moment, j’ai pensé chercher le numéro d’SOS médecin, SOS psy, bref, quelqu’un pour venir ici, m’écarter de R., car j’avais peur de craquer et de lui faire du mal. J’imaginais le scénario catastrophe : Y. rentre du travail et trouve son enfant démembrée, et moi perdue, qui lui dit « Oh là là, je ne sais pas ce qui m’a pris, vraiment… ».

Heureusement, tout s’enchaîne. Je couche ma fille enfin calmée et câline dans son petit lit, et Y. finit par arriver.

Mais franchement, c’est pas normal d’en arriver là non ?

Y’a un truc qui tourne pas rond au pays de Marloute.

Je me demande si je peux me faire hospitaliser sans raison valable, juste parce que j’ai l’impression de devenir folle.

Peut-être que du coup, la pression redescendra ?

Je ne sais pas.

J'ai envie de pleurer, et n'y arrive pas vraiment.

dimanche, 28 octobre 2012

Perdue.

En ce moment, je me sens perdue, ne sais plus qui je suis, ce que je veux, comment avancer, mais j’ai l’impression quand même d’être sur la bonne voie. Celle où l’on retrousse ses manches, ou l’on cherche des solutions, où l’on avance.

C’est vrai que certains jours, je me sens si petite, si vide, si triste…

Je crois que le fait de remuer une nouvelle fois mon passé, avec cette nouvelle thérapeute que j’ai rencontrée, et à qui je suis obligée, bien entendu, de raconter ma vie, me bouleverse forcément.

Mais tout ceci est bon je le sais, je le sens.

Une nouvelle Marloute renaîtra sans doute de cette épreuve, plus forte, plus heureuse encore, du moins je l’espère.

Il y a tout ce que j’aimerai comprendre, il y a ces vies que je voudrais vivre, il y a ma vie, il y a la VIE, qui me pousse et me tiraille.

Il y a ce petit poussin qui se réveille, cheveux emmêlés et petit corps tout chaud, qui est la vie même, avec ces colères et ses brusques fous-rires et j'enfouis mon nez dan son pyjama avec l'envie de me fondre dedans à tout jamais.

Il y a ces lumières magnifiques de l'automne qui colorent chaque feuille de jaune, de sang.

Il y a le parfum d'un plat qui mijote dans la cuisinière. Il y a cet hiver qui commence et que je ne redoute pas, car chez nous il fait bien chaud.

Je me sens perdue, mais il y a toutes ces choses que j’arrive à faire, et parfois je me surprends moi-même.

Il y a ces week-ends trop courts, mais si bons.

Il faut parfois se perdre pour mieux se retrouver, j'espère.

 

dimanche, 21 octobre 2012

Regarder ailleurs

 

 

Je mange : des gratins dauphinois,des andouillettes, des coquilles Saint-Jacques, des cailles grillées, des chanterelles au beurre et à l'ail, du pâté de foie, je bois du vin

blanc, et je ris avec mes amis, je sors, je vais au cinéma, voir des concerts, boire des bières, je lis beaucoup de romans que je prends à la bibliothèque, même s’ils ne sont pas très bien écrits, ce n’est pas grave, cela satisfait ma boulimie de lecture. Je regarde des films avec Y. ou seule, souvent des documentaires, ou une comédie quand vraiment on ne veut pas savoir comment va le monde.

 

C’est bizarre…

cette manière que j’ai de détourner les yeux alors que je sais que cela

va mal, que le monde va mal, et que je devrais m’engager pour faire en sorte que les choses aillent mieux.

 

Je me dis que je devrais faire quelque chose, et ma flemme ou ma peur me rattrapent : c’est trop difficile, la tâche est trop grande. Cela me fait penser à la parabole de Saint Augustin dont ma grand-mère m'a parlé cette semaine au téléphone. Il voit un enfant qui veut vider la mer avec une coquille. La raison ne peut pas englober le mystère insondable de Dieu. Il est inutile de chercher un sens à ce qui est trop grand pour nous.

 

Mais moi, j’ai plutôt le sentiment de jouer à cache-cache. Je sais quelque chose et je me dérobe à mes responsabilités.

 

«Qui cherchera à conserver sa vie la perdra. Et qui la perdra la sauvegardera».

 

Je crois que c’est une parole de l’Evangile juste avant le déluge. Je crois que cela me touche, parce que j’ai l’impression que ma vie manque de sens, je ne vis que pour les biens matériels, et je donne peu, et je garde le maximum pour moi, et je sens bien qu’il n’est pas bon de vivre ainsi.

 

 

Il faudrait se perdre, faire confiance, donner enfin.

 

Mais j’ai du mal. C'est difficile de renoncer à la jouissance. Surtout cette jouissance sans but, comme une drogue, si douce quand on y pense.

 

Un jour, un jour peut-être. 

dimanche, 14 octobre 2012

Hystérique

Il fait froid et humide mais je rechigne à allumer le chauffage. Il faudrait changer notre chaudière, car celle-ci est en bout de course. L’hiver dernier, il a fallu pousser les radiateurs à fond à chaque fois qu’on voulait prendre une douche… Je ne sais pas si je me sentirais de refaire un hiver comme ça.

Ce week-end était à la fois reposant et épuisant.

Epuisant parce que les peintres étaient venus dans la semaine, que la peinture n’était pas sèche, je suis partie dormir chez des amis dès le jeudi soir. Vendredi, nous avions donné la petite à garder à ces mêmes amis et nous sommes partis dormir dans l’appartement d’une amie, qui nous le prêtait, à coté de Bercy, après le concert de Radiohead.

Le lendemain, c’était l’anniversaire de ma fille, et j’ai eu la présence d’esprit de le fêter chez les voisins du dessus. Ils avaient fait un crumble, acheté des bougies, dans leur bel appartement que j’adore. Chez nous, c’était Beyrouth. On a passé une bonne soirée tous les six, à boire du bon vin et manger des crêpes, pendant que nos filles jouaient. Le lendemain, il a fallu re-poncer les tomettes, puis nettoyer la poussière rouge qui s’était déposée partout. J’ai raté la couche de finition, et ce matin, après les huit heures de séchage, le sol paraissait plus abîmé qu’avant mon passage. Il a fallu tout recommencer : à nouveau poncer, nettoyer, et re-huiler cet après midi.

J’ai eu des moments de désespoir : je revenais du marché et des courses sous la pluie, juste à temps pour emmener R. à un atelier d’éveil musical, toujours sous la pluie. Je suis revenue trempée et affamée, et Y. refaisait mon travail de la veille, et nous nous sommes engueulés, parce que j’avais faim, R. aussi, et nous étions trempées et fatiguées.Je me souviens que j'ai crié, puis je me suis recroquevillée, en larmes sur le sol de la cuisine, et qu'Y est venu m'embrasser pour me réconforter, et R. m'a amené son doudou. Je m'en suis voulue de craquer ainsi, comme si j'étais incapable de passer ces moments difficiles.

Mais j’ai aussi pu me reposer.

Samedi matin, comme je n’étais pas chez moi, je me suis pris un long bain, je me suis fait un thé et je me suis rendormie sur le canapé, pendant qu’Y. faisait la grasse matinée.

Dimanche après-midi, je suis allée au hammam, avec les copines.

Dans les vapeurs, oublier ses soucis, et s’endormir encore dans la salle de repos, éclairée à la bougie, dans la pénombre et les chuchotements.

Notre appartement ne ressemble à rien : tout est sous bâche, tout est poussiéreux, il faudrait plusieurs jours pour faire un grand ménage. Nous sommes dimanche soir, et je n’ai la force de rien. Je coupe des oignons et fait une petite soupe bien chaude, pour nous remonter le moral, à Y. et moi.

Ces travaux qui n’en finissent pas me rendent folle. Je suis comme les chats. J’ai besoin que mon chez moi soit très douillet et ne change pas trop, pas souvent…

Il fait froid et mon plaid en duvet, trouvé pour 5€ il y a10 ans sur un vide grenier, que je traîne partout, n’y suffit plus. Il faudra bientôt allumer le chauffage. Et changer la chaudière avant l’hiver.

 

lundi, 24 septembre 2012

Le Ciel

Le merveilleux week-end n’a pas réussi à chasser les nuages du quotidien.

Ce n’est pas faute, avec l’amie, d’avoir cherché à éviter les sujets qui fâchent. Nous nous sommes dorlotées l’une l’autre, à grand coups de thé, de crumble et de shopping déco. Nous revenons, R. et moi, du Grand Ouest,  dans un train bondé où les voyageurs s’endorment. Je cherche à endormir la petite, lovée contre mon ventre, dans une berceuse sans fin, en vain. Elle séduit un jeune couple dans le wagon, à qui elle prête par intermittence son doudou qui sent si mauvais, ravie.

Elle s’endort enfin dans le taxi alors que se lève la tempête. Sous l’averse, je paye et m’extrais difficilement, avec deux sacs, un petit enfant dont la tête dodeline dangereusement, effleurant la portière. Je la couche habillée et m’endors aussitôt seule dans le grand lit, pour me réveiller 8h plus tard, le ventre en vrac. Ce matin, il y a Marine Le Pen sur les ondes d’Inter. J’éteins. Y. est parti jusqu’à demain soir et j’emmène la petite sous la pluie battante.

Ce matin. L’ascenseur de la nounou est cassé. 7 étages à pieds.

Ce matin, le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle et je voudrais réciter par cœur le poème de Baudelaire, mais je ne le connais pas par cœur. Alors je vous le remets là.

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

 

Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,

Et que de l'horizon embrassant tout le cercle

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

 

 

Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l'Espérance, comme une chauve-souris,

S'en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

 

 

Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D'une vaste prison imite les barreaux,

Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

 

 

Des cloches tout à coup sautent avec furie

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

Ainsi que des esprits errants et sans patrie

Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

 

 

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,

Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

 

 

  

 

 

mardi, 18 septembre 2012

Pour aller mieux

Revenus de week-end prolongé j’ai une pêche d’enfer. Je marche, je marche, je marche, mes cinq petits kilomètres pour aller travailler, et le soir, pour me reposer, je prends un long bain chaud avec des sels de bains. Donnez moi une baignoire et je suis la plus heureuse des femmes.

Depuis quelques temps aussi, je fais, quand je peux, un peu de méditation, dix minutes, plusieurs fois par semaine.

Toutes ces petites choses, pour moi, me font du bien, rechargent mes batteries.

J’ai d’autres envies, d’autres idées, je cherche comment les mettre en pratique.

Et vous, quels sont vos rituels pour aller mieux ?

 

mardi, 11 septembre 2012

La course

En ce moment, je me pose beaucoup de questions, je me demande pourquoi je suis sur Terre, ce que je dois faire de ma vie.

Je me demande à quoi sert tout cela, et si je vais vraiment courir ainsi jusqu’à ma mort.

Je trouve cela étrange de ne pas savoir, et tout aussi étrange de me poser la question.

samedi, 1 septembre 2012

Enfin bien

Il est presque minuit. Y. chante doucement dans mon dos, grattant sa guitare : « Only love is all maroon… ». Nous venons de voir un film d’elle. C’est une actrice et une réalisatrice précieuse. Elle est très lumineuse, très intéressante, très riche. Pourtant, j’aime et je n’aime pas, son courage dans les scènes de sexe, sa fantaisie, sa fraîcheur, son décalage, son ridicule parfois.

Cette semaine, j’ai lu deux livres sur l’adolescence : « No et moi », de Delphine de Vigan, et puis « Le journal de Carrie », étrangement très bien écrit aussi.

Cela m’a plongée dans un état bizarre. Comme si ma propre adolescence remontait à la surface.

Depuis que les deux livres sont finis, j’ai l’impression de reprendre un peu ma vie.

Cet après-midi était très doux. Nous avons emmené R. toute colérique et boudeuse dans ce grand magasin du 3ème arrondissement. Nous sommes repartis avec des échantillons de papiers peints si beaux, qu’on voudrait en mettre partout.

Après un détour par le merveilleux marché des enfants rouges pour acheter de quoi faire un petit repas le soir, nous avons emmené notre blondinette dans un square grouillant d’enfants trop bien habillés. Partout des gens comme nous : des couples bobos avec enfants, une Mac Laren, des mamans en jean’s et des papas avec des petites barbes de trois jours. Partout les mêmes, travaillant aux mêmes endroits. Nous sommes tous des clones, c’est triste et drôle à la fois. Il y avait même cette jeune femme qui relooke des gens sur M6, elle jouait avec sa fille d’a peu près 3 ans et j’étais bizarrement un peu rassurée de constater qu’en vrai, en vrai quoi, elle a un énorme fessier !

Ce matin, j’ai voulu aller faire des courses dans un supermarché.

Je n’avais plus l’habitude, et surtout, je n’avais pas réalisé que c’était le dernier samedi avant la rentrée. Le supermarché se remplissait, se remplissait, et moi je me sentais de plus en plus serrée. Trop de choses, trop de monde et les caddys qui s’entrechoquaient. Je suis partie sans avoir la moitié de ce que j’avais mis sur ma liste. J’ai fini comme d’habitude dans le Monoprix désert, trop cher pour la population du quartier.

Je suis rentrée par un parc, et j’ai lu au soleil le Hors Série de Philosophie, sur la BD. Ce soir, je lirais la suite de la bédénovella commencée il y a quelques mois.

Ce soir, dans notre appartement trop blanc, je me sens enfin bien.

mardi, 28 août 2012

La vie passe

Hier soir, en remontant un peu avant minuit un boulevard parisien, après avoir laissé mes deux amies de lycée, A. et L., je me faisais la réflexion que nous n’étions plus sur la même longueur d’onde.

Je sens une distance entre nous depuis la naissance de la petite R. Même si elles passent toutes deux du temps chez moi, et qu’elles voient R. souvent, je sens bien qu’une distance s’est installée. Elles se voient souvent toutes deux en dehors de moi et c’est peut-être cela qui m’avait mis mal à l’aise hier soir. Les écouter parler de soirées et d’amis communs dont je me suis volontairement écartée. Hier soir, A. voulait savoir si j’étais triste du départ de mon amie A-C et M son amoureux, et leurs deux enfants, redescendus ce week-end à la capitale des Gaules. Bien sûr qu’ils me manquent.

Déjà.

Samedi midi, quand nous avons fini leur déménagement, j’avais le cœur serré de parcourir les pièces de leur F3 audonien, me souvenir des soirées passées. Tout me paraissait sale et petit. Je me souviens des étoiles dans mes yeux quand ils avaient emménagés, en 2008.

Et là…

Il ne restait qu’un sac par terre, un peu de vaisselle sale, une poubelle à descendre.

Quelle tristesse quand on quitte un lieu qu’on a aimé ! On dirait qu’elle suinte des murs, qu'elle sourde lentement du parquet.

Dans quelques jours, je dois courir une course, moi qui n’ai jamais couru longtemps de ma vie. Je me suis inscrite en mars, quand je croyais encore que je pourrais vaincre mes démons et retrouver cet enthousiasme que j’ai toujours eu.

 Au lieu de cela, je n’ai jamais réussi à me lever pour m’entraîner, encore moins essayer le week-end.

Mais je n’ai plus le choix. Mon dossard est arrivé. J’ai acheté des baskets et je suis allée courir dimanche. 2 pauvres kilomètres et j’ai cru mourir de douleur en me levant le lendemain pour aller travailler.

Samedi soir, avec mon ami R. nous avons écumé plusieurs bars de Belleville, nous lamentant de ne connaître personne ce soir-là pour nous accueillir en soirée.

Il est bien loin le temps où les plans se succédaient, où il suffisait de regarder le portable pour qu’il sonne, nous emmenant d’un bout à l’autre de Paris. R. sort encore beaucoup, et moi plus du tout. Le soir, même le week-end, je suis trop fatiguée pour même passer un coup de fil.

Alors, sur un coin de table, après quelques mojitos, nous avons fait une liste des soirées qu’on pourrait organiser cette année.

Et je suis bien motivée pour en faire quelques unes.

La vie passe et ce soir, il y a ceux qui partent, ceux qui arrivent, il y a les amis d’avant, les nouveaux.

La vie passe et je suis bien songeuse.

EDIT : Ce soir, je constate qu'il y a 900 billets sur ce blog.

Le 800ème me paraît si près!

Merci à tout ceux qui lisent! 

 

 

 

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