Le divan de Marloute

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mercredi, 10 décembre 2014

La trouille

Je savais que ce serait difficile.

Non pas la séparation avec ma toute petite, qui s’épanouit à vue d’œil dans les bras de son père, mais le retour au rythme effréné du travail. Je suis lente. Lente à mourir. J’essaye de me faire à l’interface Mac, je passe plus de 4 minutes à faire un copier coller, je peine sur mes recherches, écrit avec des lourdeurs infâmes, peine à comprendre les chiffres que je dois expliquer, me trompe dans les pourcentages. J’ai écris des dates de rendus d’articles que je ne sais pas si j’arriverais à honorer. Je redécouvre le stress. La boule au ventre et la course contre la montre, la conférence de presse à l’autre bout de la Capitale et le repas dans le métro en relisant ses notes, l’anxiété pour mettre en ligne ou subir le feu de la relecture. J’ai peur, peur, peur. Peur qu’ils regrettent leur choix. Peur qu’ils me comparent à ma prédécesseuse, ô combien compétente, qui a choisi de partir car justement elle s’ennuyait un peu. J’ai peur de décevoir, et plus peur encore de me décevoir. De n’être pas assez bonne pour le canard et d’entraîner du monde dans ma chute. Y. ne comprend pas mes inquiétudes, m’encourage à travailler pour moi et pour moi seule, mais il m’est toujours aussi difficile de me détacher du jugement des autres, de l’autre. J’investis, je surinvestis les rapports au travail et m’alarme de la moindre parole que je pourrais trouver blessante.

Hier, j’étais gênée par le bruit de l’open-space, les conversations, les interruptions constantes et mon téléphone qui sonnait, des attachées de presse qui me proposaient des conférences ubuesques, et l’article qu’il fallait rendre, le prochain rendez vous qu’il fallait prendre et cet autre article, déjà en relecture, qui me revenait couvert de stylo bille avec tout ce qu’il fallait réécrire. Là-dessus, j’ai refusé une émission de télé. 10 minutes d’intervention à enregistrer la semaine prochaine, sur un sujet que j’aurais aimé préparer, mais le courage m’a manqué, la peur de tout foirer à vouloir trop en faire. J’ai dit non avec aplomb, argumentant pourquoi, mais la peur au ventre. En sortant du bâtiment, je me suis engouffrée dans le métro en retenant avec peine de grosses larmes qui roulaient sur les joues, balayant mon maquillage.

Je veux montrer que j’ai ma place ici.

Mais je ne veux pas faire n’importe quoi.

Vivement que passe ces premières semaines, ces trois premiers mois redoutables, pour que je me sente un peu plus à l’aise et que je retrouve de l'aisance….

 

 

lundi, 10 novembre 2014

Quand l'angoisse règne

J’adore les soirs comme ça, où je referme doucement la porte sur la chambre de mes deux enfants.

Je suis tellement heureuse de les voir, toutes les deux, la grande et la petite, toutes les deux dans leur lit, endormies du même sommeil de plomb, même s’il ne dure que quelques heures, que quand l’une ne se réveille pas pour nous rejoindre dans le lit, c’est l’autre qui appelle pour une tétée nocturne. Voilà 6 mois que L. nous a rejoint et je m’émerveille de ce nouvel équilibre qui s’est installé. Dans quelques semaines, c’est Y. qui prendra tout en charge, les journées comme le début des soirées. Ensuite, je reprendrais mon fardeau, mais j’aurais eu ces trois petits mois là pour comprendre ce que lui vit…

Je reviens seule à mon ordinateur. J’ai prévu de me coucher tôt, mais je ne résiste pas à l’idée de surfer un peu sur le net, une fois les enfants couchés.

Tous les jours, je me demande comment faire baisser l’angoisse liée à ma reprise du travail. J’en parlais à Clem, avec qui je suis sortie samedi. Une sortie entre maman, pas sorties depuis des mois, qui nous gondolons comme des baleines en observant le décalage entre nos comportements et ceux des jeunes qui nous entourent. Je suis angoissée, toute la journée. Plus que trois petites semaines avant ma reprise du travail, mais d’ici là, il faudra affronter quelques épreuves. Rien que de les imaginer, de me voir dans le bureau de la DRH, j’ai des sueurs froides et je ne peux plus avaler. Et P. qui ne semble pas décidé de me faciliter la tâche, pour le peu que je l’ai eu au téléphone.

Alors, alors, je suis tentée.

Je louche sur le rhum, à portée de main, mais aussi des cigarettes, un joint, de la drogue dur, ou ce merveilleux petit cachet d’anxiolytique, que j’avais pris il y a plusieurs années, pendant ma dépression des 25 ans, et auquel je pense toujours, avec une certaines nostalgie. C’est bête de ne pouvoir se réjouir pleinement d’une situation dont j’avais toujours secrètement rêvée et qui devient désormais à portée de main.

Mais d’ici là, que d’embûches ! Que d’angoisses inutiles et de scénarios plus catastrophes les uns que les autres !

Alors, je repasse une tête dans la chambre de mes souris.

Je hume profondément l’odeur de leurs présences enfantines. Une odeur chaude d’enfançon qui dort, l’un enfouie dans dans une gigoteuse, l’autre dans une couette à fleurs. Et cette odeur, de bébé et d’enfant mélangés, mes deux petites filles dans leur tanière, dans leur terrier, me fait tout oublier.

 

 

 

lundi, 3 novembre 2014

Moi aussi

Finalement, moi aussi, moi aussi je suis sortie.

Comme au bon vieux temps de la jeunesse fringante, j’ai arpenté les rues, le 31 octobre, au milieu des hordes de jeunes gens, déguisés en vampires, en sorcières ou en princesses. Je suis allée rejoindre A. et son amoureux, qui voulaient fêter leurs fiançailles par un petit repas en toute intimité au restaurant. Arrivée là-bas, j’ai constaté que je devrais manger de la viande : il n’y avait que 4 plats proposés sur la carte de ce soi disant « gastronomique », auquel je n’ai aucune envie de faire de la publicité. Des plats pas forcément très recherchés mais avec trois miettes dans l’assiette et une addition salée. Pour ne pas gâcher la fête, je n’ai heureusement rien soufflé de ma trop récente conversion et j’ai mangé mon canard avec plaisir.

Ce soir-là, j’ai beaucoup ri, beaucoup appris, et beaucoup raconté de blagues. A 23h, tout le monde partait se coucher. Moi, j’ai remonté la place de la République, avec ma jupette trop courte et mes collants un peu filés et je suis allée retrouver mon ami R. qui refaisait le monde avec une vingtaine d’amis dans un bar un peu caché. Là, jusqu’à la fermeture, j’ai parlé, parlé, parlé, avec des quadras principalement, hommes et femmes. Celui-ci est écrivain, celui-ci est parti 6 mois en combi traverser les états unis avec femme et enfant, celle là est pharmacienne et l’on parle des produits chimiques, celle-ci me raconte les week-ends entre copines qu’elles s’organisent une fois l’an et qui sont des respirations bienvenues dans sa vie de maman de trois enfants, celle-ci enfin m’explique à quel point cela a été difficile de faire son dernier bébé à 39 ans.

Je suis rentrée avec R. sa copine et une amie à eux. Nous avons essayé, un moment, pas longtemps, d’attraper un taxi, en même temps que tous les autres jeunes qui couraient plus vite que nous, puis nous avons pris un VTC, prépayé, à 11 euros la courses, soit 3 euros par tête, qui nous a ramené chez nous en 10 minutes à peine. Imbattables. Dans la voiture, j’ai tellement ri que je suffoquais, à cause de blagues nulles de R. et de l’humour terriblement efficace de sa compagne, que j’adore de plus en plus.

Le lendemain, je me suis levée tard, à 10h30.

R. faisait des crêpes avec son papa.

L. s’était rendormie pour sa sieste du matin.

J’étais avec eux trois, et j’étais bien.

 

 

 

samedi, 25 octobre 2014

Une boule dans la gorge qui ne peut pas partir

Hier soir, Y. est rentré tard, après sa semaine loin dans le Nord. Il a mangé avec ma sœur (heureusement présente !) et moi puis il est reparti à une soirée. Une soirée avec ses amis/collègues de travail, une soirée où je n’étais pas conviée.

Ce matin, ma sœur a du rentrer chez elle et Y. est parti travailler, à nouveau un week-end de permanence, avant enfin, enfin les vacances. Hier, j’ai paniqué à l’idée que j’allais passer le week-end seule, encore, avec mon bébé. Une envie irrépressible de fuir, de m’enfuir, d’envoyer tout balader, juste une trouille immense, plus puissante que moi. 

La semaine dernière, j’ai dit à Y. que j’allais mal. Mal mal mal, au point de paniquer, de vouloir mourir sans raison. Je ne sais pas s’il en a vraiment conscience ou s’il fait semblant de compatir. Il m’a embrassé, caressé les cheveux, puis il est parti.

J’ai parlé avec ma sœur, appelé quelques amies, puis, je me suis calmée. Je me suis reprise. Je me suis dit que ce serait un beau défi, cette énième solitude. Je me suis raccroché à l’idée du lundi comme un naufragé à son radeau. Quelques jours ensemble, en famille, avec la grande qui va revenir, enfin.

Et moi qui me dit que je dois quand même aller chez la psy, pour j’espère, travailler sur cette immense panique, ce sentiment de solitude et d’abandon que j’ai tant de mal à juguler, malgré tout ce temps, toutes ces années, toutes heures de psychanalyse à l’analyser. Ce matin, je suis allée boire un café, au petit restaurant adoré, à coté de chez nous. J’ai fait téter L. en grignotant mon croissant. Dans mon frigo, des blettes et des épinards se flétrissent, mais je n’ai pas le courage de me faire à manger. Je vais déjeuner avec mon ami R., à l’autre bout de la capitale. Quand je rentre chez moi, il y a un paquet de Leeloolène, avec deux magazines inspirants pour me ressourcer. Du coup, j’en emmène un pour la journée.

 

 

 

mardi, 21 octobre 2014

Sous le ciel noir

Je traîne un spleen, toujours, comme un truc qui me colle aux baskets et m’englue encore.

Je chercher, je cherche, ce qui ne va pas et ne trouve rien. Je vais retourner chez la psy, essayer de comprendre.

Aujourd’hui dans la tempête, j’étais sur les Champs-Elysées. Je voulais voir cette expo, mais je m’y suis cassée le nez. Alors j’ai tentée celle-ci, très belle mais trop vite traversée. Fatiguée, je me suis installer pour boire un thé, un Marco Polo comme les aime Leeloolène, et déguster une pâtisserie, dans le café du petit Palais. J’ai regardé les feuilles danser dans la lumière, sous un ciel noir et grondant. J’ai bu mon thé chaud, j’ai respiré profondément, je me suis recoiffée et j’ai bercé mon bébé pour l’endormir contre moi.

Et tout cela fait, je suis rentrée me calfeutrer.

 

mercredi, 2 avril 2014

L'attente

A commencé la douce période d’attente, celle que je n’ai pas connue pour R.

Cette attente tranquille, celle du temps du bébé, du temps de l’accouchement. Tout est presque prêt pour l’accueillir : j’ai quasi tout ce que je voudrais, certaines choses manquent mais je me dis qu’on s’en passera, (par exemple, j’ai perdu ma « turbulette » en taille naissance, impossible de savoir à quelle copine je l’ai prêtée en dernier…Je retourne ma mémoire et l’appartement et ne trouve RIEN ! ) que ce bébé dormira un temps sans ceci ou qu’il survivra sans cela. Le plus étrange dans cette période est de me dire qu’il faudra me faire confiance. Or, je n’ai pas confiance en moi. Je pense être physiquement incapable de mettre au monde un enfant. J’ai du mal à comprendre la doula et la sage-femme, qui me répètent avec des mots doux : « Tu sauras faire, ne t’inquiètes pas, laisse-toi guider par tes sensations ». Je n’arrive pas à me lâcher, moi qui suis toujours vigilante, dans un hypercontrôle quasi maladif. Il faudra se lâcher profondément pour cette naissance, laisser venir les choses, ne rien contrôler, pour que s’ouvre largement le passage qui doit permettre la sortie du bébé… Au lieu de cela, je suis dans l’organisation, je me repasse en boucle des positions, des conseils, je potasse des livres, je me dis : mais comment, comment font celles qui l’ont fait ? C’est un grand mystère que j’aimerai percer.

J’ai peur que les traumatismes anciens remontent et bloquent la progression du travail. J’ai peur d’être seule, peur d’à nouveau ne pas être respectée, j’ai peur de ne pas voir sortir mon bébé et ne pas reconnaître, au sens mammifère du terme, ce petit être, comme je n’ai pas réussi à reconnaître R. comme ma fille, « dans mes tripes ». A chaque contraction douloureuse qui survient, dans le bus, dans la rue, je sursaute, je souris, je caresse mon ventre : ainsi c’est vrai, mon bébé s’en vient, il va vraiment arriver un de ces jours, quand ? Je n’arrive pas à croire que j’aurais le droit de tout faire : de prendre un bain chaud, de manger, de boire, de déambuler, de crier, de rire, de danser, de pleurer et de me plaindre. Cette perspective, comme un cadeau divin, me ravit. J’oscille ainsi, de la plus grande joie à la plus grande inquiétude, de la quiétude la plus parfaite à l’abattement. Mais n’est ce pas normal aussi, ce mælstrom de sentiments, quand démarre cette période, cette douce période, d’attente ?

dimanche, 23 mars 2014

Régression

 

Je ressens en ce moment le besoin de régresser.

Je veux me faire dorloter. J’ai mal partout, je ne veux pas faire à manger. Je veux qu’on me nourrisse. Je veux qu’on me prenne dans les bras et qu’on me berce. Je ressens ce besoin de maternage, moi qui m’apprête à donner la vie…Y. essaye de le faire un peu, mais il n’est pas aussi fort que certaines copines, ou qu’une maman. La semaine prochaine, je serais à nouveau seule car Y. travaille. Cette perspective me fatigue d’avance. Ce n’est pas tant que je ne veux pas rester seule avec R., mais plutôt que j’ai besoin qu’on vienne chez moi, s’occuper d’elle, avec moi. Je dois encore faire des lessives des petits habits, faire quelques courses de produits manquants…J’ai appelé ma mère, car en ce moment, je ressens le besoin d’elle, de sa présence, de son aide, de manière criante. Mais elle ne peut pas venir ce week-end là. Elle ne m’a pas proposé non plus de venir avant ou après…et cela m’a rendue triste. Du coup, je vais faire appel à mon réseau. Mes copines, mes amies, pour m’aider un peu, me soutenir…

La nouvelle psychologue semble satisfaite. Elle me parle de mon évolution en des termes très positifs. Pour elle, je suis sur une très bonne voie, entre mes démarches et mes questionnements, sur la voie, le cheminement d’une bonne maman. J’aimerai la croire. J’ai peur pourtant à nouveau de ne pas aimer ce petit bébé, comme j’ai eu tant de mal à aimer R.Elle dit qu'aucune naissance ne se ressemble, elle dit aussi que tout ce qui est sorti ici me permet maintenant de prendre soin de soi, et que c'est une belle démarche d'autonomie. Pour elle, il ne faut pas chercher l'autonomie à tout prix, sinon, cela serait une mise en danger. C'est tout à fait comme cela que j'ai vécu mes 25 premières années. Dans une volonté d'autonomie qui allait à l'encontre de mes besoins profonds. Quitte à me mettre parfois, voir souvent, dans des situations périlleuses. Le chemin que je fais depuis ma dépression et mon analyse est un chemin inverse. Un chemin de retour sur soi, de soin de soi, pour pouvoir à mon tour m'occuper des autres. C'est plus long, moins spectaculaire, mais les résultats sont nettement plus satisfaisants et le bien-être beaucoup plus profond.

J'aimerai être la "bonne maman" à laquelle j'aspire. Mais pour cela, je sens, je sais, que je dois accepter, sans avoir peur et sans réserve, qu'on s'occupe de moi.

lundi, 10 mars 2014

Le coup de téléphone

 

Vendredi matin, je tournais à l’appartement, rangeant, faisant le point sur mes prochains rendez-vous, nettoyant la vaisselle, quand mon portable a sonné. Au bout du fil, une voix que je ne connaissais pas : « Bonjour, je suis le Dr. C. Vous m’avez écrit une lettre. Je suis le chirurgien qui vous a opérée il y a trente-trois ans. ». J’ai du m’asseoir sous le coup de l’émotion.

Depuis quelques semaines, je faisais des recherches sur l’opération que j’ai vécu quand j’avais 15 jours de vie. Une double opération des hernies inguinales dont je n’avais que des informations parcellaires. Ma mère n’en parle que difficilement, souvent en pleurant, se sentant coupable de ne pas avoir été là pour moi. Elle souffrait de son côté d’une fièvre puerpérale, qui aurait pu avoir des suites dramatiques car pas prise en charge suffisamment tôt, consécutive des conditions de son propre accouchement et elle était hospitalisée ailleurs. Elle évoque souvent cette première séparation comme l’événement qui a fondé notre relation, par la suite toujours ambiguë, fait de culpabilité (de son côté) et de rancœur du mien. (Comment un bébé de 15 jours pourrait éprouver de la colère ? Je pense surtout que j’étais triste et paniquée d’être séparée d’elle si tôt !). Bref. Analysant la réaction de terreur que j’ai pu ressentir sur la table d’opération pour ma césarienne, la nouvelle thérapeute m’a encouragée à faire des recherches sur cette opération qui a signé le début de ma vie sur Terre. Je n’avais qu’une peur : découvrir que comme une partie des bébés en dessous de 6 mois, avant les années 90, j’avais été opérée « à vif » sans l’utilisation d’aucun anesthésiant. Les produits anesthésiques n'étaient pas tous au point et surtout, on a cru longtemps que les nourrissons n'avaient pas les connexions nerveuses suffisamment achevées pour "ressentir la douleur"...J’avais découvert cette information ces dernières années et depuis, cette idée me trottait en tête…. Et si je faisais partie de ceux-là, ces bébés suppliciés, crucifiés, que l’on paralysait sans les endormir. Cela me paraissait terrible et plausible. Surtout en me rappelant ce sentiment de « mort imminente » que j’avais pu ressentir au moment de l’opération de la césarienne.

J’ai donc demandé à ma mère où j’avais été opérée. Puis j’ai fait une demande aux archives de l’hôpital pour récupérer mon compte-rendu opératoire. En discutant avec la personne des archives, je me suis rendue compte que la démarche n’aboutirait sans doute pas. Les archives étaient conservées seulement 20 ans. Or, je faisais la démarche bien trop tard. J’étais triste et je me demandais comment obtenir des informations. Puis il y a quelques semaines, alors que nous faisions du tri avec Y. j’ai découvert une pochette intitulée Santé dans notre bibliothèque. A l’intérieur, mon extraordinaire compagnon avait rangé tout ce qui concerne la santé des membres de la famille, dont nos deux carnets de santé, à Y. et à moi. Je croyais le mien perdu depuis belle lurette d’un déménagement à l’autre. En le retrouvant, j’ai sauté au plafond. Il n’y avait presque rien comme informations, mais le peu que j’avais était crucial : j’avais une date d’entrée à l’hôpital et une date de sortie. J’y suis restée 12 jours. Plus que ce que je croyais (j’avais retenu 4 ou 5 jours grand maximum) et un coup de tampon avec le nom du chirurgien qui m’avait opérée. Quelques jours après, j’ai appelé l’hôpital. Le monsieur en question n’exerçait plus. La secrétaire n’a pas su me dire s’il était encore vivant. Je me suis tournée vers les pages blanches. Parmi la petite dizaine d’homonyme, un seul résidait dans le 6ème arrondissement de Lyon, un quartier chic qui correspondait bien au cadre de vie que je me faisais d’un ancien médecin. J’ai donc écrit une lettre, comme on jette une bouteille à la mer. Je lui demandais, non s’il se souvenait de moi, mais s’il pouvait m’éclairer sur la façon dont il opérait les bébés pendant les années 80.

Et vendredi, l’ancien chirurgien, à la retraite depuis une dizaine d’années, m’appelait enfin.

Très gentiment, il m’a expliqué qu’il avait toujours, depuis ses débuts en médecine, anesthésié les nourrissons, et avait aussi toujours donné des anti-douleurs aux mêmes bébés pour les suites opératoires. Que dans son service, ils avaient toujours traités les bébés comme on traite les adultes, avec une prise en charge de la douleur. J’étais rassurée et émue, de l’entendre infirmer cette crainte que j’avais. Bien sur, cela ne minimise pas complètement le traumatisme vécu (on n’a rien expliqué au nourrisson que j’étais avant de l’emmener à l’hôpital pour une durée indéterminée) mais cela enlève un peu du fantasme terrible qui entourait cet événement. Juste avant de raccrocher, le médecin m’a demandé si je pouvais lui faire une faveur. La gorge nouée, j’ai accepté, avant de savoir ce qu’il allait demander. « Je voudrais, madame, que vous m’envoyez une photo de vous et de votre fille, avec votre nouveau bébé quand il sera né. Voyez vous, nous opérons les hernies chez la petite fille c’est principalement pour ne pas endommager les ovaires et la future fertilité. Savoir que vous avez bientôt deux enfants, c’est important pour moi, par rapport aux choix que l’on a fait il y a plus de trente ans, de vous opérer si tôt».

En raccrochant, j’ai pleuré, pleuré, pleuré. De soulagement, de joie mêlée.

J’ai aussitôt appelé ma mère, qui a pleuré aussi.

Une si grande émotion, plus de trente ans après… qui l’aurait cru ?

 

 

mardi, 4 mars 2014

Les larmes laveront tout

La journée d’hier était placée sous le signe des larmes.

 Le matin, j’avais rendez vous à la nouvelle maternité, participer à une réunion sur la césarienne. En fait, sur la dizaine de jeunes femmes présentes, seules trois en avaient vécu une, les autres étaient des primipares qui écoutaient, les yeux grands ouverts, nos témoignages plus ou moins poignants sur nos expériences respectives. Une seule femme a expliqué qu’elle avait très bien vécu la chose. L’autre a parlé de violence, de douleur, d’un sentiment de culpabilité et d’incompréhension. Moi j’ai évoqué la brutalité de l’acte, le sentiment de peur, la distance que cela a crée avec mon bébé. Il a fallu respirer un grand coup pour développer ces propos devant une assemblée de femmes enceintes plus ou moins réceptives.

La psychologue présente a de nouveau minimisé les choses, expliquant au groupe que cette opération (banale) est vécue différemment selon le vécu des femmes. Je suis d’accord pour une part. J’ai des fragilités personnelles - une opération mal vécue quand j’étais encore un petit nourrisson, une séparation forcée avec ma mère - qui ont fait que je l’ai très mal vécue. Mais je pense qu’en France, on ne traite pas encore le corps des femmes comme on traite celui des hommes. Je pense que certains actes pratiqués en routine perturbent profondément le travail de l’accouchement et mettent en danger des mères et leurs bébés. Cette médecine patriarcale me hérisse.

Le soir, j’avais rendez vous avec la nouvelle psy. Au détour d’une phrase banale sur le vécu de ma dernière consultation gynécologique, je sens une énorme émotion monter. La psy s’arrête de parler et demande d’une voix douce : "Je vois que vous êtes bouleversée, à quoi pensez-vous ?" Bien sûr, bien sûr, entre deux hoquets et sanglots, il a bien fallu parler de cela. 5 années d’analyses n’ont rien effacé des violences subies. Une fois la crise passée, il a fallu élaborer ensemble les possibles attitudes, pour ne pas subir à nouveau, si je dois en passer encore par la césarienne, si ce bidon doit de nouveau être coupé pour sortir un bébé, mon nouveau bébé.

 

Tout n’est pas terminé.

Chaque jour je creuse, j’explore, je découvre, je pleure les anciennes blessures, je cherche à me bâtir, à me construire, à me comprendre, malgré tout, pour que mes enfants, mes proches, puissent à leur tour bâtir eux aussi.

 

Mais tout de même, tout de même, c’est difficile.

 

Il est long, si long ce chemin que chacun suit, et qui s’appelle la vie !

 

 

jeudi, 13 février 2014

La perspective du départ

Il fait presque nuit noire ce matin. Il pleut sans discontinuer.

J’ai pris une RTT.

Ca tombe bien, la maîtresse de R. est en grève. Je dois revoir mon médecin lundi. J’espère et je redoute à la fois d’être arrêtée, bien qu’il soit acté visiblement que cela va être le cas. P. l’a intégré. Il maugrée, râle, mais semble avoir compris. J’ai pris rendez vous pour le voir en tête-à-tête vendredi. Je veux laisser mes dossiers nickel.

Je pars longtemps, il faut soigner ce départ.

Quand je pense aux jours et aux mois qui viennent, je me sens prise d’une grande mélancolie. Le travail est une part importante de mon « statut social ». Être « maman à plein temps » ne m’a pas épanouie la première fois. Pourtant, je persiste. Parce que je pense que profondément, quelque chose m’empêche d’en profiter pleinement, et ce quelque chose a à voir avec le regard de l’autre, une incapacité à se contenter de soi, une difficulté de maternage.

Mais je suis décidée à prendre les choses à bras-le-corps. A me plonger dans mon histoire, à étudier les mécanismes, à me soigner tout en prenant soin de ma relation à R., à Y. au petit ou à la petite qui viendra. Décidée à prendre soin de moi.

La semaine prochaine, R. ne sera pas là, elle partira au ski avec ses grands-parents. Y. non plus ne sera pas là, appelé dans un autre pays pour toute la semaine.

Cette perspective m’effraie profondément. Alors que tout mon corps appelle au repos avec insistance. En buvant notre thé ce matin, Y. m’a proposé de faire une liste de mes envies, de ce que j’aimerai vraiment faire étant pour la première fois depuis des années « seule maitre à bord ».

 

Je n’en ai pas la moindre idée.

Il va falloir me secouer les puces, car je sais très bien ce qui m’attend si je ne bouge pas. Je vais rester sous la couette une semaine. Y. me dirait : « Et alors ?  Si tu as un bon bouquin, profites-en ! ».

Oui, c’est peut être juste ça. Un bon bouquin.

Des idées ?

 

 

 

dimanche, 9 février 2014

La répétition

Hier, je suis allée voir une nouvelle psychologue, pour reparler de la naissance de R.

J’ai un peu moins pleuré que la dernière fois et surtout, cette nouvelle psy m’a donné des pistes intéressantes, que j’ai hâte de tester. Je dois aussi appeler ma mère, pour lui demander des détails sur mon hospitalisation à la naissance. Selon la psy, il y a un vrai écho entre les deux histoires, avec un sentiment de dépossession, une grande culpabilité et une véritable colère qui depuis, a perduré. Hier soir, j’étais épuisée émotionnellement. Quand je suis rentrée, Y. avait fait un gratin de courge. J’ai mangé du bout des lèvres et je me suis écroulée sur le canapé.

R. est venue plusieurs fois, vérifier que tout allait bien, je lui ai juste dit que j’étais un peu triste, que j’avais reparlé de sa naissance et que cela m’avait fait pleuré, mais que ce n’était pas de sa faute !

Aujourd’hui, je prépare des lasagnes, il fait du soleil dehors. Dans peu de temps, il va pleuvoir je sais. R. et son père sont partis au parc. Moi je tourne et retourne dans ma tête les mots que je vais devoir dire à ma mère au téléphone. C’est parfois difficile de parler aux personnes dont on est le plus proche. Ce sujet nous bouleverse toutes les deux, et je ne veux pas l’attrister.

Les événements et les traumatismes se répètent, implacablement, d’une génération à l’autre. Je voudrais briser cela, je voudrais m’extraire de cette histoire, la transcender pour en faire quelque chose de beau, qui puisse servir à d’autres.

 

 

samedi, 18 janvier 2014

Eprouvant

Cette semaine était éprouvante et je bénis le ciel qu’elle soit enfin finie.

Le rythme est très intense au travail, des tractations se passent au dessus de nos têtes et dans les équipes règnent un grand stress. Pour couronner le tout, alors que j’entame mon sixième mois, je commence à avoir des dorsalgies douloureuses. Comme je me déplace de moins en moins et reste la plupart du temps vissée à mon siège, c’est encore plus désagréable !

J’ai eu aussi la bonne idée de caler cette semaine un rendez vous avec la psy de la maternité où j’ai accouché de R. J’étais très mal en arrivant, et complètement apeurée dans la salle d’attente. Heureusement, j’ai vu I. la sage-femme qui a fait mon suivi et a été présente lors de mon accouchement. La voir m’a un peu rassurée, avant d’entrer dans le bureau de la psy.

La psy en question s’est montrée très étrange. Elle me parlait comme à une débile, attendant que je dise certaines choses et je ne voyais pas ce que c’était. Et « que vous n’avvvvviiieeezzz pas, et que vous n’avvvvvviiiieeezzzz pas…. ? Aloooooors, j’attends le mot ! ». J’étais assez désarçonnée par sa « technique », pas du tout bienveillante ni à l’écoute. Je pense qu’elle m’a juste pris pour une bobo qui n’avait pas compris qu’à l’hopital, quand on vient accoucher, on ferme sa gueule et on écarte les cuisses pour laisses les professionnels travailler. Ils sont là pour sauver des bébés et nous, nous pauvres femmes, nous n’avons qu’à subir et à nous taire.

J’ai de plus en plus de mal avec ce manque d’humilité chez les soignants, surtout quand les personnes qui viennent docilement dans les établissements, comme j’ai pu arriver, sans « projet de naissances » ni « demandes particulières » ne sont pas en train de crever (comme ce serait le cas si on avait eu un accident de la route) mais en pleine forme, juste en train de mettre un bébé au monde, épisode certes éprouvant, mais qui se déroulera quoi qu’il arrive sans qu’ils aient à intervenir (sauf bébé coincé, choses qui arrivent, et pour lesquels bien sûr, ils ont aussi des techniques). Mais la psy n’entendait pas qu’on remette en cause quoi que ce soit. C’était moi seule qui avais un problème. Moi qui n’avais pas « su » accoucher par voie basse, moi qui n’avais « pas réussi » à créer un lien avec mon enfant, à cause de mes problèmes infantiles. Au deuxième accouchement, si je continuais sur cette voie, je serais internée directement en unité mère enfant.

Je suis sortie de là écarlate, la vue brouillée par les larmes. Je ne retournerais pas voir cette psy. J’ai appelé celle de la nouvelle maternité où je dois accoucher et demandé un rendez vous. J’espère juste que cette nouvelle « thérapeute » sera plus à l’écoute que la première.

Je ne sais pas vous, mais moi, je n’ai pas spécialement envie d’être internée.

jeudi, 9 janvier 2014

Une grossesse comme un cocon

La grossesse m’oblige à changer mes habitudes.

Moi qui n’étais pas du tout médecine douce, je commence à mettre un pied dedans car je n’ai droit à rien d’autre pendant cette grossesse.

Je débute avec les huiles essentielles, pour me soigner. J’ai acheté de la lavande vraie, et je l’utilise le soir. J’en mets sous la plante des pieds, sur le plexus solaire et sur les poignets. Je diffuse de l’Huile essentielle d’Ylang-Ylang, une goutte sur un petit caillou, à coté de mon lit. Depuis, je dors comme un bébé. Je prends aussi du magnésium et je sens un changement dans la qualité de mon sommeil.

Le matin, je bois des jus de citron frais, avec de l’eau chaude et le soir, des infusions de tilleul avec du miel. Y. m’a offert un coffret de trois sels de bains de chez eux. Du coup j’alterne, celui qui protège des coups de froid et celui qui endort.

J’ai aussi acheté d’HE d’eucalyptus, pour quand mon rhume reviendra, car il reviendra.

Et de l’huile essentielle de citron, que je n’ai pas encore utilisé. J’ai tout trouvé sur le livre d’une pharmacienne qui tient un blog, auquel je me réfère régulièrement. Je prends de l’homéopathie aussi, moi qui n’y croyais pas du tout, de plus en plus souvent, Allium Sepa composé quand je suis enrhumée, ou Coryzalia.

 

Je me suis remise à faire des séances de relaxation, une à deux par semaine pour l’instant, puis je complèterais avec de la sophrologie, d’ici un mois ou deux, pour me préparer à l’accouchement. J’ai pris rendez vous chez mon ostéopathe, vérifier que tout va bien, défaire les blocages s’il y en a, pour que le dernier trimestre se passe au mieux. J’aimerai aussi faire certaines choses avant la naissance : me faire faire des massages spéciaux femme enceinte, aller chez l’ophtalmo remplacer mes lunettes tellement rayées que j’y vois trop peu et n’utilise plus que les lentilles de contact, prendre rendez vous pour quelques séances d’acupuncture…J’aimerai aussi suivre un cours sur le corps et la préparation à l’accouchement, peut être avec cette dame-là. Lors de ma première grossesse, j’avais fait du chant prénatal. Le soir, quand je chante sa chanson à R. le bébé dans mon ventre tressaute, il ou elle écoute attentivement et danse sur les vibrations qu’il ou elle entend.

mercredi, 1 janvier 2014

2013, la bonne année

Nous sommes le premier jour de 2014.

Je n’ai pas vu passer la journée, qui à la fois, s’est étalée comme un chewing-gum et est passée comme un TGV. Levée tard, j'ai brunché à la maison avec Y. et R. de mauvaise humeur. Y. est parti travailler.

Une copine journaliste est passée boire le thé puis est restée manger.

Je n’ai pas vu passer les vacances non plus, qui n’ont pas été du tout reposantes.

 

C’est officiel, R. ne fait plus la sieste quand elle est avec nous. Elle s’est couchée à 23 heures presque tous les soirs et nous a rejoint dans le lit toute les nuit, nous empêchant tous les deux de dormir. Je reviens de ces « vacances » plus épuisée que reposée.

 

Y. a travaillé pour le réveillon, il est renté un peu avant 5h du matin. Moi j’ai reçu mes invités, préparé mon repas, mangé des bons plats amenés par les uns et les autres, eu des discussions intéressantes. Je suis fière de moi, mais le soir, en faisant rapidement le ménage, seule, en remplissant l’évier d’une montagne de vaisselle, quand R., qui ne dormait pas mais ne voulait pas dormir, quand elle fait une diarrhée si énorme qu’il a fallu la doucher, alors que je voyais 2h du matin approcher dangereusement et ma patience qui flanchait, ce soir là, je me suis dit, que peut être, des fois, des fois seulement, quand je décidais de faire un réveillon chez moi, sans mon mec, enceinte et malade (encore un énième gros rhume qui me pourrit la vie et la nuit), ce soir-là, à cette heure-là, je me suis dit, que peut être, peut-être, des fois, je pourrais juste lever le pied.

Ne pas me lancer dans de grands projets.

Juste voir plus bas, moins fatigant, plus apaisé.

Penser à moi, me reposer, et peut être accepter cette diminution (ponctuelle) que représente la grossesse et le fait de passer tant de temps seule avec un enfant en bas-âge, pour me dire que oui, je suis fatiguée, que non, je n’ai pas besoin de faire certaines choses, que j’aurais du par exemple demander aux dix personnes présentes de m’aider un peu et de s’occuper de la vaisselle.

Peut-être.

 

Je retiens de 2013 tant de choses :

 

Mon augmentation en début d’année, qui a tant changé ma vie, depuis un an.

Les derniers cartons vidés dans l’appartement, et ce sentiment qui depuis ne me quitte pas : c’est vraiment chez moi.

La décoration qui prend vraiment forme et me fait sentir euphorique.

Les ami(e)s retrouvé(e)s et ce lien dont je veux maintenant prendre soin, par peur de le voir se distendre à nouveau.

Les fêtes à l’appartement.

Les difficultés à être seule pour accomplir certaines tâches et ma certitude désormais que j’ai vraiment besoin d’aide et que je j’ose (parfois) appeler au secours.

Les voyages : l’Egypte et le magnifique désert blanc, l’Islande et ses paysages grandioses, l’Italie du Nord, si belle dans la lumière rasante, aux terrasses accueillantes et aux plats si succulents.

L’amour ressenti pour ma petite fille, qui m’a frappée comme une évidence quand nous avons été séparée en avril, ce lien si particulier qui s’est noué et sur lequel je veux continuer à travailler, pour le tisser plus fermement et celui qui s’est noué si naturellement avec le petit être que j’attends, cet enfant qui n’est pas né mais que j’avoue aimer déjà, car il est déjà, en germe, mon deuxième enfant.

Le travail d’enquête en dehors de mon travail, mon immense projet de 2013 qui continuera je pense sur 2014 et peut être 2015, ce beau travail, qui me fait pleurer et culpabiliser quand je n’ai pas de temps à lui consacrer, mais qui me porte et me transporte. Si personnel et universel à la fois. Qui concerne toute les femmes et moi la première.

La thérapie d’un an qui s’est achevée, levant le voile sur certaines choses, laissant d’autres en suspend, et cette force que je sens désormais en moi, qui m’a tranquillisée et fait prendre conscience de mes faiblesses encore criantes.

J’ai été beaucoup, très souvent, trop souvent malade. J’ai du mal à comprendre pourquoi. Ma seule explication est la fréquentation par R. de la collectivité, qui me ramène tous les virus à la maison. Mais quelle fatigue extrême et ces rhumes qui n’en finissent plus, j’en ai MARRE !

Les choses qu’il me reste à faire, celles que je veux développer cette année.

Ce que je n’ai pas toujours réussi à faire, mais peut être mieux que l’année précédente, ce qui fait l’identité et la force de ce blog, ce qui me motive pour mon futur et m’aide à avancer : prendre soin de moi.

2013 a été une bonne année.

2014 sera je l’espère, aussi bonne, voir meilleure, même si tant de choses m’effraient dans l’année qui vient, et cette nouvelle naissance en fait partie.

Peur ne pas réussir à gérer, peur de repasser par les même doutes qu’avec R.

Mais surtout, me dire : putain, ma fille, tu l’as fait, tu as traversé 2013 avec courage, tu as réalisé plein de choses et surtout, tu l’as fait, dans une certaines mesure : tu as pris soin de toi. Alors allez, haut les cœurs, il faut continuer cette année.

Faire que 2014 soit aussi pleine de bonheurs, et faire que ces bonheurs soient là.  

Et pour vous aussi, lecteurs, lectrices qui passez ici, je vous souhaite le meilleur pour l’année qui vient.

 

dimanche, 29 décembre 2013

La quête de l'autonomie

J’écoute Interception.

Sur le périphérique. Il est 10h moins le quart, Y. et R. ne sont toujours pas réveillés. Moi je suis allée chercher des petits financiers, des chouquettes et du bon pain à la boulangerie. J’ai taillé le bout de gras avec la boulangère, qui a une fille du même âge que la mienne.

J’ouvre mes fenêtres. Il fait frais.

J’ai fais un quart d’heure de méditation.

Ce matin, le ciel était bleu avec des traînées de rose.

Le week-end, j’ai du mal à être autonome. Y. est un couche tard/lève-tard. Moi je suis tout l’inverse. A minuit et demi, il se lance dans des discussions passionnées. Moi j’ai les yeux qui se ferment. Le matin, à 8h, 8h30, je suis debout, des fourmillements dans les jambes.

Mais j’ai du mal à agir.

Je rêve de prendre le petit déjeuner avec mon amoureux.

Alors, je ne fais rien, je ne bouge pas. Pas de douche, pas de sorties, pas de grand chambardement dans la maison.

Si je n’étais pas avec un lève tard, j’adorerais me lever tôt, petit déjeuner avec mon compagnon et partir ensemble. Nous ferions de grandes journées à l’extérieur, nous irions nous promener, découvrir des quartiers. Nous dévaliserions les magasins de bricolage. Nous aurions terminé l’appartement depuis longtemps. Notre enfant suivrait, ravie de découvrir ce monde avec nous. Au lieu de cela, je ronge mon frein.

 

Y. ne bouge jamais avant 10h, 10h30. Il prend son petit déjeuner avec une lenteur extrême. A 11h ou midi, il prend enfin sa douche, mais déjà, je dois m’atteler à la préparation du repas. Nous ne sortons jamais avant le café, soit 14, voir 15h si R. fait la sieste. Mes matinées se passent dans l’attente, comme le chien qui tourne devant la porte, prêt à sortir.

 

Incapable de me mettre au travail seule, alors que je pourrais exploiter des espaces de solitude pour travailler à mes propres projets. Au lieu de cela…. J’attends.

Je passe une fois, dix fois, à coté de la porte, pour savoir si Y. est réveillé.

Il y a quelques années, je le réveillais même. Mais j’ai arrêté, car il me l’a demandé.

Parfois, je suis plus autonome.

Mais cette grossesse me rend comme une petite fille, incapable de rien, fatiguée de tout.

Je sais que pleins de femmes seraient heureuses d’avoir un mari et un enfant qui dorment aussi longtemps et se couchent aussi tard. Mais moi non. J’aurais préféré une famille de lève-tôt.

Comment faire pour être plus adulte ?

Pour agir par moi-même ?

Pour ne pas attendre, toujours attendre des autres qu’ils animent ma vie ?

Quand serais-je enfin, enfin autonome ?

dimanche, 22 décembre 2013

Après la tempête

Vendredi matin, de retour de mon dernier rendez vous chez ma psy du travail, j’ai retrouvé Y. et R. Ma petite fille a la varicelle et nous nous sommes partagés la semaine à ses côtés avec son père. Elle n’a pas toujours été gentille, enchaînant les crises, ivre de sommeil de ne jamais accepter de faire la sieste alors qu’elle en aurait besoin, se couchant à 23h et se réveillant en pleine nuit, gémissant auprès de nos oreilles parce que les boutons la démangeaient.

Pauvre cocotte.

Nous avons traversé la maladie avec courage, nous relayant auprès d’elle dans le grand lit pendant que l’autre allait grappiller quelques heures dans le sien.

Toute la journée de vendredi et une partie du samedi, j’ai senti un malaise grandir en moi. L’absence de Y. qui faisait une émission tard et a enchaîné en buvant une bière avec ses collègues, m’a miné. Idem le lendemain quand il est parti au matin faire ses cadeaux de Noël, comme à son habitude depuis 12 ans que je suis à ses côtés, le dernier samedi avant Noël. Je me sentais mal, mal, mal. Je n’arrivais pas à formuler, à expliquer, ce grand mal-être alors que les vacances tant attendues commençaient enfin. Il y avait tant à faire ! Mais je me sentais abattue, sans ressource, désespérée. Quand il est revenu dans l’après midi, j’étais comme une louve blessée. Je ressassais, incapable de dire mon malheur, pouvant seulement critiquer tout ce qu’il faisait. Nous sommes partis ensemble voir un ciné concert, où se rendaient tous les parents de notre petite commune. J’étais de plus en plus triste, et nous nous sommes violemment engueulés pour un motif futile. Tout à coup, je voulais mourir. Me jeter sous une voiture, m’éclater contre un mur, prendre mes clés et fuir, fuir loin de ma petite fille et de mon compagnon, maintenant que nous étions –enfin- tous les trois réunis pour plus d’une journée.

Enfin, en marchant, j’ai pu dire que j’allais mal, et Y. m’a consolée, mais je gardais cette mélancolie profonde, comme une mélasse, qui me collait à la peau au retour.

Le soir, en mangeant tous ensemble, nous parlions de parents croisés au ciné, des professions des uns et des autres, et soudain, j’ai compris.

Soudain, comme un ciel se déchire, j’ai analysé et compris les raisons de mon désespoir aussi vif que soudain et ce sentiment de perte atroce qui m’empêchait d’un coup d’avancer.

J’avais arrêté, la veille au matin, une psychothérapie d’un an, avec une personne extraordinaire, qui m’a portée littéralement pendant tout le temps qu’à duré le harcèlement de P. Nous étions toutes les deux satisfaites du résultat, il n’y avait pas de raison de continuer ce travail, une thérapie courte, plus longtemps.

Mais les liens qui se nouent en thérapie, ce qui se passe dans le huis clos de la séance, ce qu’on dépose comme fardeau et cette relation qui se crée est difficile à quitter.

J’ai compris que j’étais triste de savoir que je ne verrais plus M., sauf en cas de pépin à nouveau.

Comme un bébé, je vivais cela à nouveau comme un abandon.

M’en rendre compte m’a illuminée. Tout à coup, je passais de taciturne à volubile, je passais mes bras autour du cou de R., qui était ravie à son tour de retrouver sa maman, la vraie, pas cette ombre d’elle-même qu’elle côtoyait depuis 24h. Depuis, je me sens heureuse et apaisée, prête à profiter de ce temps de vacances, ce temps de fête, ce temps de Noel. Prête à prendre ce qui vient et réattaquer mon cher travail dans très longtemps, 10 jours, la fin du monde.

Heureuse enfin. Avec une pointe de tristesse, mais aussi un bonheur calme, comme après la tempête.

Après la tempête

Vendredi matin, de retour de mon dernier rendez vous chez ma psy du travail, j’ai retrouvé Y. et R. Ma petite fille a la varicelle et nous nous sommes partagés la semaine à ses côtés avec son père. Elle n’a pas toujours été gentille, enchaînant les crises, ivre de sommeil de ne jamais accepter de faire la sieste alors qu’elle en aurait besoin, se couchant à 23h et se réveillant en pleine nuit, gémissant auprès de nos oreilles parce que les boutons la démangeaient.

Pauvre cocotte.

Nous avons traversé la maladie avec courage, nous relayant auprès d’elle dans le grand lit pendant que l’autre allait grappiller quelques heures dans le sien.

Toute la journée de vendredi et une partie du samedi, j’ai senti un malaise grandir en moi. L’absence de Y. qui faisait une émission tard et a enchaîné en buvant une bière avec ses collègues, m’a miné. Idem le lendemain quand il est parti au matin faire ses cadeaux de Noël, comme à son habitude depuis 12 ans que je suis à ses côtés, le dernier samedi avant Noël. Je me sentais mal, mal, mal. Je n’arrivais pas à formuler, à expliquer, ce grand mal-être alors que les vacances tant attendues commençaient enfin. Il y avait tant à faire ! Mais je me sentais abattue, sans ressource, désespérée. Quand il est revenu dans l’après midi, j’étais comme une louve blessée. Je ressassais, incapable de dire mon malheur, pouvant seulement critiquer tout ce qu’il faisait. Nous sommes partis ensemble voir un ciné concert, où se rendaient tous les parents de notre petite commune. J’étais de plus en plus triste, et nous nous sommes violemment engueulés pour un motif futile. Tout à coup, je voulais mourir. Me jeter sous une voiture, m’éclater contre un mur, prendre mes clés et fuir, fuir loin de ma petite fille et de mon compagnon, maintenant que nous étions –enfin- tous les trois réunis pour plus d’une journée.

Enfin, en marchant, j’ai pu dire que j’allais mal, et Y. m’a consolée, mais je gardais cette mélancolie profonde, comme une mélasse, qui me collait à la peau au retour.

Le soir, en mangeant tous ensemble, nous parlions de parents croisés au ciné, des professions des uns et des autres, et soudain, j’ai compris.

Soudain, comme un ciel se déchire, j’ai analysé et compris les raisons de mon désespoir aussi vif que soudain et ce sentiment de perte atroce qui m’empêchait d’un coup d’avancer.

J’avais arrêté, la veille au matin, une psychothérapie d’un an, avec une personne extraordinaire, qui m’a portée littéralement pendant tout le temps qu’à duré le harcèlement de P. Nous étions toutes les deux satisfaites du résultat, il n’y avait pas de raison de continuer ce travail, une thérapie courte, plus longtemps.

Mais les liens qui se nouent en thérapie, ce qui se passe dans le huis clos de la séance, ce qu’on dépose comme fardeau et cette relation qui se crée est difficile à quitter.

J’ai compris que j’étais triste de savoir que je ne verrais plus M., sauf en cas de pépin à nouveau.

Comme un bébé, je vivais cela à nouveau comme un abandon.

M’en rendre compte m’a illuminée. Tout à coup, je passais de taciturne à volubile, je passais mes bras autour du cou de R., qui était ravie à son tour de retrouver sa maman, la vraie, pas cette ombre d’elle-même qu’elle côtoyait depuis 24h. Depuis, je me sens heureuse et apaisée, prête à profiter de ce temps de vacances, ce temps de fête, ce temps de Noel. Prête à prendre ce qui vient et réattaquer mon cher travail dans très longtemps, 10 jours, la fin du monde.

Heureuse enfin. Avec une pointe de tristesse, mais aussi un bonheur calme, comme après la tempête.

dimanche, 24 novembre 2013

Le chemin

Y. vient de partir au cinéma.

C’était un week-end doux. Des levers tardifs, une petite fille de mauvaise humeur globalement, mais qui nous a gratifié de nombreux moments très beaux, entre fous rires, phrases poétiques, conjugaisons approximatives et longs câlins dans le lit. Hier, nous sommes allés au théâtre, voir cette géniale pièce, que depuis je recommande.

Ce week-end, j’ai pu aller seule à la bibliothèque, Y. m’a rejoint après avec la petite. Choisis deux livres, l’un de Peter Handke et l’autre de Colette Fellous.

Ce week-end, j’étais très fatiguée, à nouveau malade, je me gave d’homéopathie, fais des fumigations d’huiles essentielles (celles recommandées pendant la grossesse bien sur) et me lave le nez. Je prends aussi du magnésium, mais je continue à faire des grandes insomnies, chaque nuit. Pendant l’une d’entre elles, j’ai traîné sur le bon coin, persuadée que j’allais (enfin) trouver ma cuisinière. Je cherche une Lacanche, pas trop chère. Là, j’ai trouvé. Un modèle pas trop imposant, pour seulement 400 euros. Une aubaine. Mais depuis la vendeuse ne répond pas à mes mails. Alors je pense qu’elle a du trouver un acheteur.

Souvent, j’oublie que je suis enceinte. J’y pense surtout la nuit, car le bébé danse la samba dans mon ventre et je rapproche mes mains pour le sentir taper contre. Une douce danse à deux, dans la tranquillité du soir.

Ce soir, je me dis que je suis bête d’avoir dépensé autant de sous dans la photo que j’ai prévu de faire encadrer, alors que j’aurais pu le dépenser en faisant un stage de communication non violente, celui prévu avec Clem de longues dates, pour mieux parler avec ses enfants, sans passer par la violence. Il est toujours plus facile d’acheter des choses que de s’améliorer. Il faudrait pourtant toujours privilégié l’être sur l’avoir. Moi j’aimerai être une meilleure maman, il y a plein des choses que j’aimerai changer.

Cette semaine était une semaine importante. J’ai vu la psy du travail, pour notre avant dernière fois. J’ai commencé cette thérapie il y a un an, car P., mon chef, me terrorisait. Maintenant, tout est différent. P. me fait pitié, me fait sourire ou me met en colère, c’est selon, mais plus jamais il ne me terrorise. Plus jamais. Même lorsqu’il se met en colère, je me dresse face à lui, fulminante aussi et j’en ressors la plupart du temps victorieuse. Je ne me reconnais pas.

La psy aura fait des miracles, même si elle me dit que c’est moi qui ai fait tout le chemin.

Je veux encore changer, m’améliorer. Je me sens tellement mieux dans mes baskets depuis quelques mois, que cela rayonne sur toute ma vie : au travail, mais aussi avec R., avec Y., avec mes amis, avec les nouvelles connaissances. J’ai l’impression, et ce n’est pas qu’une impression, que j’ai des rapports plus vrais aux gens. Je suis plus capable de capter leur beauté, leur humanité, alors qu’avant, j’étais beaucoup plus auto-centrée. Bien sur, j’ai encore beaucoup besoin du regard de l’autre. Je poste des jolies photos sur Facebook, j’écris sur mon blog, je parle beaucoup de moi, je suis incapable de faire certaines activités seule : regarder un film, me coucher sans Y. Mais je n’ai plus l’impression d’être un nourrisson coincé dans un corps d’adulte. J’ai l’impression d’être un être qui grandit, et qui élève un enfant, en s’élevant elle-même. Cette impression est douce, et m’aide à voir passer chaque jour avec un bonheur grandissant.

lundi, 18 novembre 2013

Avancer toujours

J’aime ces soirées.

Quand Y. travaille tard toute la semaine, et que nous sommes seules avec R. Bizarrement, il y a moins de tensions. Je sais qu’Y. ne rentrera pas, alors il ne sert à rien de guetter la pendule, encore moins de m’énerver. Je dois résoudre certaines choses, apaiser les situations, tourner en dérision l’amorce d’un conflit. R., malgré les frustrations que je lui impose, m’en veut rarement plus d’une quinzaine de secondes. Les enfants petits m’émerveillent, contrairement aux adultes, dont je suis, car ils ne sont pas rancuniers. Ils sourient vite et se blottissent à nouveau dans vos bras même s’ils viennent d’essuyer une remontrance qu’ils ne comprennent pas, injuste à leurs yeux. Moi j’aurais bien du mal à avoir cette ouverture, cette confiance absolue du petit enfant face à sa mère. J’essaye de ne jamais l’oublier quand R. est pénible. Je lui en veux de nous gâcher à toutes les deux la soirée, puis je me met à sa place. Elle est si petite ! Alors bien vite, j’ouvre mes bras et la voilà qui vient me raconter sa journée, me dire que je suis belle.

Avant, je me souviens que je redoutais ces têtes à têtes avec ma petite fille. Je rentrais harassée, poussant ma poussette, dans le froid, il fallait encore la mettre dans le bain et la faire manger. Depuis la rentrée, quelle différence ! Je découvre la joie de rentrer directement chez moi, de converser avec N., la nounou à domicile, et enfin, enfin de profiter de R. Nous faisons la cuisine, elle me parle de ce qui lui passe par la tête, mais rarement de sa journée d’école. Souvent, nous nous installons sur le lit pour des séances de longues bagarres endiablées. Aucune de nous n’est avare en coups, mais nous savons chacune doser nos forces pour ne pas blesser l’autre. J’adore chahuter ainsi avec elle, plus que de jouer aux poupées ou à ses jeux imaginaires, avec des mouchoirs et des marrons qu’elle aligne ou endors comme des enfants.

Ce soir, pendant une demi-heure, parce que nous n’étions pas pressées par le temps, nous avons fait une séance de massage. Je lui ai longuement massé les pieds, les mains et le visage. Elle a voulu me masser à son tour, maladroite, trop légère, mais si appliquée que cela m’a fait fondre.

A chaque âge, à chaque moment, il faut se réadapter à un autre rythme, d’autres habitudes, d’autres rituels. J’aime cette impression que donne l’enfance de ne jamais stagner, de toujours avancer. Quel exemple pour le vieux croûton que je suis si souvent !

 

Avancer toujours

J’aime ces soirées.

Quand Y. travaille tard toute la semaine, et que nous sommes seules avec R. Bizarrement, il y a moins de tensions. Je sais qu’Y. ne rentrera pas, alors il ne sert à rien de guetter la pendule, encore moins de m’énerver. Je dois résoudre certaines choses, apaiser les situations, tourner en dérision l’amorce d’un conflit. R., malgré les frustrations que je lui impose, m’en veut rarement plus d’une quinzaine de secondes. Les enfants petits m’émerveillent, contrairement aux adultes, dont je suis, car ils ne sont pas rancuniers. Ils sourient vite et se blottissent à nouveau dans vos bras même s’ils viennent d’essuyer une remontrance qu’ils ne comprennent pas, injuste à leurs yeux. Moi j’aurais bien du mal à avoir cette ouverture, cette confiance absolue du petit enfant face à sa mère. J’essaye de ne jamais l’oublier quand R. est pénible. Je lui en veux de nous gâcher à toutes les deux la soirée, puis je me met à sa place. Elle est si petite ! Alors bien vite, j’ouvre mes bras et la voilà qui vient me raconter sa journée, me dire que je suis belle.

Avant, je me souviens que je redoutais ces têtes à têtes avec ma petite fille. Je rentrais harassée, poussant ma poussette, dans le froid, il fallait encore la mettre dans le bain et la faire manger. Depuis la rentrée, quelle différence ! Je découvre la joie de rentrer directement chez moi, de converser avec N., la nounou à domicile, et enfin, enfin de profiter de R. Nous faisons la cuisine, elle me parle de ce qui lui passe par la tête, mais rarement de sa journée d’école. Souvent, nous nous installons sur le lit pour des séances de longues bagarres endiablées. Aucune de nous n’est avare en coups, mais nous savons chacune doser nos forces pour ne pas blesser l’autre. J’adore chahuter ainsi avec elle, plus que de jouer aux poupées ou à ses jeux imaginaires, avec des mouchoirs et des marrons qu’elle aligne ou endors comme des enfants.

Ce soir, pendant une demi-heure, parce que nous n’étions pas pressées par le temps, nous avons fait une séance de massage. Je lui ai longuement massé les pieds, les mains et le visage. Elle a voulu me masser à son tour, maladroite, trop légère, mais si appliquée que cela m’a fait fondre.

A chaque âge, à chaque moment, il faut se réadapter à un autre rythme, d’autres habitudes, d’autres rituels. J’aime cette impression que donne l’enfance de ne jamais stagner, de toujours avancer. Quel exemple pour le vieux croûton que je suis si souvent !

 

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