Paniquée

Il m’a fallu plusieurs jours pour atterrir.

Le déménagement, qui a était prévu un vendredi, s’est décalé au mercredi suivant, faute de temps pour tout finir. Malgré tout, nous avons terminé les derniers cartons a 4h du matin, épuisés et dépités face à la masse de travail. Et moi qui avait cru que cela prendrait peu de temps vu notre bonne organisation en amont (un mois complet ! pour avancer à notre rythme !) Quelle désillusion ! Plus les heures passaient, plus je voyais des affaires sortir, comme si les murs de l’appartement exsudaient des choses à mettre en cartons. Et au petit matin, alors que nous nous étions levés aux aurores… les déménageurs ne sont pas venus.

Avec trois enfants, dans un appartement entièrement encartonné, sans même une cafetière de sortie, nous avons appellé les déménageurs qui nous ont expliqué avoir eu « un problème de camion ». Sur le moment, ça a été la douche froide. Et puis… on a mangé, on a mis un dessin animé aux enfants, et on est allés se recoucher, pour une longue sieste de deux heures, bienfaitrice, réparatrice, qui nous a fait un bien fou. Nous avons trouvé d’autres déménageurs qui nous ont proposé de déménager le lendemain. Et nous sommes partis nous coucher tot. Le lendemain, je suis partie seule avec les trois enfants, pour rejoindre la maison. Je suis arrivée dans une maison encore en travaux, sans cuisine fonctionnelle, sans rangements, et avec une couche de poussière de platre et de ciment sur les sol si épaisse que mon balai faisait de petits chemins sur le sol. J’ai envoyé les enfants au grenier et j’ai commencé à nettoyer. Gratter les taches de peinture dans la salle de bain. Lessiver les sols. Etablir un semblant de cuisine au sous sol, avec un réchaud et un micro ondes.

A 16h, je me sentais presque bien. Le sol n’était plus AUSSI sale. Je commençais à imaginer les meubles. Et puis les déménageurs sont arrivés. Ils ont commencé à amener des cartons, des meubles, des cartons, des meubles, et je ne savais plus quelle pièce de destination leur donner, j’étais perdue, je voyais ma maison se remplir, surtout le salon, raz la gueule, et moi qui étouffait. Y. est arrivé à ce moment-là. J’étais en panique, je voulais partir. Aucun meuble ne semblait rentrer dans cette maison aux volumes différents de notre grand appartement.

Et à partir de là, je ne me suis pas sentie bien. Quelle idée, d'acheter cette maison, si petite, c'était une erreur, rien ne rentrait, on allait vivre dans PLUS petit, Y. allait me maudire, et moi, ou allais-je me sentir bien dans ce bazar sans nom ? Quelle idée mais quelle idée !

Il a fallu du temps.

Que la cuisine avance.

Que des cartons disparaissent dans le salon.

Que S., notre entrepreneur, avance sur les travaux, installe la bibliothèque, et un jour, j’ai pu avoir un frigo, un plan de travail et même une cuisinière fonctionnelle.

A J+ 1 semaine, Leeloolène est venue chez nous. Nous avions dégagé le canapé, les plaids n’étaient pas sortis mais on s’est pelotonnées dans ce qu’on a trouvé. Et là, à papoter avec mon amie, dans mes murs, dans ma maison, dans un semblant d’ordre, j’ai commencé, enfin, à me sentir bien à nouveau.

Depuis, j’essaye de continuer à avancer, c’est important pour que je m’approprie ces murs, pour que la machine à rêve reparte, pour que j’ai envie de décorer, d’aménager.

Jusque-là, je me sentais écrasée par la masse de choses à faire et cette impression de solitude, terrible, décourageante, de tout ce qu’il fallait faire et que je ne pouvais pas entreprendre seule.

La machine à rêve repart doucement.

Tout doucement.

Mais je sens que ça frémit en moi, et je m’y accroche comme je peux pour ne pas me laisser envahir par l’autre sentiment, celui qui me bloque et me panique.

 

Commentaires

1. Le vendredi, 14 décembre 2018, 19:12 par Leeloolène

Elle est tellement tellement trop belle ta maison !
Cet escalier en bois superbe. Ces petites chambres pour chacune de tes poupées. Votre immense suite parentale (bientôt). Le cinéma en sous-sol (bientôt). Les jolis parquets. Le rosier grimpant. Le poële à bois. Le jardin qui bientôt s'éveillera. La petite rue aux maisons coquettes. L'indétrônable bibliothèque.
Vivement que je revienne !!!

2. Le lundi, 17 décembre 2018, 07:15 par Marloute

@Leeloolène : oh merci merci !
c'était tellement important pour moi que tu viennes, qu'elle commence à devenir cosy... pour que je m'y sente à nouveau bien après l'emménagement...

3. Le mercredi, 19 décembre 2018, 06:05 par Valérie de haute Savoie

Oh Leeloolène tu me fais rêver :)

4. Le lundi, 31 décembre 2018, 06:37 par Marloute

@Valérie : Leelollène fait rêver, c'est son talent caché, j'aimerai qu'elle le professionnalise plus qu'elle ne le fait mais elle refuse, lol. Je la verrais bien travailler pour un office du tourisme, ou carrément un département ou une région. Vendeuse de rêve.