Sur le fil

La grande fatigue est revenue.

Elle s’est abattue sur moi, comme à son habitude, sans vraiment prévenir, mais m’a terrassée d’un coup. L’absence de Y. parti 15 jours sur le festival cannois, m’a achevé. Mes parents, venus à la rescousses, n’ont fait qu’enfoncer le couteau dans la plaie : c’est moi qui faisait mal, moi et mes théories foireuses de bienveillance éducative. Voilà pourquoi j’étais épuisée : je devais dire à mes enfants que c’était comme cela et point à la ligne. J’ai du (pour la première fois de ma vie, mais comme c’est libérateur) recadrer mes parents, élever la voix malgré mon intense fatigue, pour leur dire que s’ils n’étaient pas d’accord avec mes méthodes éducatives, je n’en avais rien à faire. Que c’était moi la maman et que j’appliquais ce qui me semblait bon et juste pour mes enfants. Que le fait que j’étais actuellement épuisée et dépassée n’avait rien à voir avec les réactions caractérielle de mon ainée, mais qu’effectivement, étant donné que c’est une enfant hypersensible et connectée à moi comme une moule à son rocher, elle sentait ma détresse et suréagissait. Ce discours n’a pas plus, mais il a mis les choses au clair et replacé chaque personne à sa place.

 

Pour mon médecin traitant, c’est une rechute de dépression : je n’ai pas pris l’antidépresseur précédent suffisamment longtemps. Quand je demande pourquoi j’ai eu cette embellie pendant la grossesse et les mois suivant la naissance de ma troisième petite fille, mon docteur me répond : ce sont les hormones. Justement. Si les hormones sont capables de me porter au plus haut, même sans médicaments, pourquoi ces mêmes hormones me font défaut et comment remonter ces processus chimiques sans agir sur les neurotransmetteurs ? J’aime plutôt la théorie de mon amie An. : on puise dans ses réserves, on s’angoisse, l’anxiété dérègle les mécanismes de régulation de l’humeur et on s’épuise enfin jusqu’au diagnostic final. Sortie de chez le médecin, je suis rentrée chez moi avec une ordonnance de médicaments sans être des antidépresseurs. Je veux lutter encore un peu avec mes propres armes. J’ai revu mes attentes à la baisse : je n’ai pas pris la présidence de mon association, j’ai refusé la plupart des sorties avec nos amis, je dors dès que je peux. Il faudra sans doute des mois pour sortir de cet état léthargique au possible. Mais je veux y croire et surtout je ne veux pas que cela se sache dans mon travail. C'est la troisième fois de ma vie que je me retrouve dans cet état là : je connais bien et je sais aussi qu’on peut en sortir. Il faut juste que je me ménage pour tenir sur le fil. Au bord du gouffre

….mais encore sur le fil. -------

Commentaires

1. Le samedi, 17 juin 2017, 11:01 par Arkadia

Élever des enfants ce n'est pas facile, on veut tout bien faire jusqu'à l'épuisement...prends soin de toi, repose toi quand tu le peux. Pas de recette magique, elles vont grandir (On me le dit tous les jours), ceci étant dit je me reconnais dans ces lignes. Je t'envoie plain de courage.

2. Le dimanche, 18 juin 2017, 14:49 par Anita

Bon courage, tu as raison tu sais t'en sortir, mais bon ce n'est pas trop facile effectivement.
De très grosses bises.

3. Le lundi, 19 juin 2017, 10:14 par Althéa

Pensées pour ces moments difficiles.
Vos petites filles ont de la chance de vous avoir à leurs côtés, car même si épuisée, vous tenez bon et défendez cette éducation bienveillante. Je sais comme c'est énergivore de devoir se battre sur ça, aussi !
bien à vous,

4. Le dimanche, 25 juin 2017, 08:31 par Marloute

@Anita, Arkadia, Althéa : je sais qu'un jour, bientot peut-être, je regarderais en arrière et je me dirais : ce n'était que cela? Mais d'ici là....si encore j'arrivais justement à être bienveillante, mais depuis ce post, dans mon état, les vieux réflexes reviennent, la dureté, les mots méchants aux portes de mes lèvres, les tapes et les coups, pour rien, pour tout... Je m'excuse, je console, je vais me coucher et je lendemain, je crois encore tenir, jusqu'au soir où je craque et cela recommence...

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