Dans l’extraordinaire lumière qui baigne notre rez-de-chaussée l’après-midi, j’écoute Y. qui gratte la guitare. J’aime sa voix chaude et son mauvais accent anglais, au moins aussi mauvais que le mien.

J’ai renoncé ce matin à faire les magasins seule avec R.

Y. en pyjama, n’était pas prêt à nous accompagner.

A la place, je suis allée faire les courses.

Mais la poussette est trop chargée et le gros sac de litière du chat se détache en pleine rue et s’écrase à mes pieds.

Je m’énerve, peste contre tout, affronte les regards.

Depuis hier soir, je suis de mauvais poil, tendue, dure dans mes mots avec Y. Il s’emporte, se brusque, sous mes méchants assauts. Moi je suis épuisée nerveusement par ma semaine, la première depuis l’annonce.  

Et Y. est en vacances.

Pour une semaine.

Et moi non.

Alors je suis jalouse et perturbée. A lui les longues heures de farniente, le cinéma et les librairies. A moi le stress de ces journées chahutées.

Alors je me révolte et ne veux pas faire de tâches ménagères.

Et puis merde à la fin.

Je ne veux pas passer mes quelques heures de liberté à récurer des WC.

Y. comprends, compatis, mais ne peux pas me donner ses vacances.

Tout au plus fera-t-il du ménage cette semaine.

Y. chante et je l’embrasse quand même.

Ce soir, j’irais danser sans lui.

Il gardera R.

Et moi je retrouverais mes amis.

Demain, il ira faire le marché, il l’a promis.

La lumière caresse notre gros fauteuil.

Je suis heureuse.