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lundi, 10 mars 2014

Le coup de téléphone

 

Vendredi matin, je tournais à l’appartement, rangeant, faisant le point sur mes prochains rendez-vous, nettoyant la vaisselle, quand mon portable a sonné. Au bout du fil, une voix que je ne connaissais pas : « Bonjour, je suis le Dr. C. Vous m’avez écrit une lettre. Je suis le chirurgien qui vous a opérée il y a trente-trois ans. ». J’ai du m’asseoir sous le coup de l’émotion.

Depuis quelques semaines, je faisais des recherches sur l’opération que j’ai vécu quand j’avais 15 jours de vie. Une double opération des hernies inguinales dont je n’avais que des informations parcellaires. Ma mère n’en parle que difficilement, souvent en pleurant, se sentant coupable de ne pas avoir été là pour moi. Elle souffrait de son côté d’une fièvre puerpérale, qui aurait pu avoir des suites dramatiques car pas prise en charge suffisamment tôt, consécutive des conditions de son propre accouchement et elle était hospitalisée ailleurs. Elle évoque souvent cette première séparation comme l’événement qui a fondé notre relation, par la suite toujours ambiguë, fait de culpabilité (de son côté) et de rancœur du mien. (Comment un bébé de 15 jours pourrait éprouver de la colère ? Je pense surtout que j’étais triste et paniquée d’être séparée d’elle si tôt !). Bref. Analysant la réaction de terreur que j’ai pu ressentir sur la table d’opération pour ma césarienne, la nouvelle thérapeute m’a encouragée à faire des recherches sur cette opération qui a signé le début de ma vie sur Terre. Je n’avais qu’une peur : découvrir que comme une partie des bébés en dessous de 6 mois, avant les années 90, j’avais été opérée « à vif » sans l’utilisation d’aucun anesthésiant. Les produits anesthésiques n'étaient pas tous au point et surtout, on a cru longtemps que les nourrissons n'avaient pas les connexions nerveuses suffisamment achevées pour "ressentir la douleur"...J’avais découvert cette information ces dernières années et depuis, cette idée me trottait en tête…. Et si je faisais partie de ceux-là, ces bébés suppliciés, crucifiés, que l’on paralysait sans les endormir. Cela me paraissait terrible et plausible. Surtout en me rappelant ce sentiment de « mort imminente » que j’avais pu ressentir au moment de l’opération de la césarienne.

J’ai donc demandé à ma mère où j’avais été opérée. Puis j’ai fait une demande aux archives de l’hôpital pour récupérer mon compte-rendu opératoire. En discutant avec la personne des archives, je me suis rendue compte que la démarche n’aboutirait sans doute pas. Les archives étaient conservées seulement 20 ans. Or, je faisais la démarche bien trop tard. J’étais triste et je me demandais comment obtenir des informations. Puis il y a quelques semaines, alors que nous faisions du tri avec Y. j’ai découvert une pochette intitulée Santé dans notre bibliothèque. A l’intérieur, mon extraordinaire compagnon avait rangé tout ce qui concerne la santé des membres de la famille, dont nos deux carnets de santé, à Y. et à moi. Je croyais le mien perdu depuis belle lurette d’un déménagement à l’autre. En le retrouvant, j’ai sauté au plafond. Il n’y avait presque rien comme informations, mais le peu que j’avais était crucial : j’avais une date d’entrée à l’hôpital et une date de sortie. J’y suis restée 12 jours. Plus que ce que je croyais (j’avais retenu 4 ou 5 jours grand maximum) et un coup de tampon avec le nom du chirurgien qui m’avait opérée. Quelques jours après, j’ai appelé l’hôpital. Le monsieur en question n’exerçait plus. La secrétaire n’a pas su me dire s’il était encore vivant. Je me suis tournée vers les pages blanches. Parmi la petite dizaine d’homonyme, un seul résidait dans le 6ème arrondissement de Lyon, un quartier chic qui correspondait bien au cadre de vie que je me faisais d’un ancien médecin. J’ai donc écrit une lettre, comme on jette une bouteille à la mer. Je lui demandais, non s’il se souvenait de moi, mais s’il pouvait m’éclairer sur la façon dont il opérait les bébés pendant les années 80.

Et vendredi, l’ancien chirurgien, à la retraite depuis une dizaine d’années, m’appelait enfin.

Très gentiment, il m’a expliqué qu’il avait toujours, depuis ses débuts en médecine, anesthésié les nourrissons, et avait aussi toujours donné des anti-douleurs aux mêmes bébés pour les suites opératoires. Que dans son service, ils avaient toujours traités les bébés comme on traite les adultes, avec une prise en charge de la douleur. J’étais rassurée et émue, de l’entendre infirmer cette crainte que j’avais. Bien sur, cela ne minimise pas complètement le traumatisme vécu (on n’a rien expliqué au nourrisson que j’étais avant de l’emmener à l’hôpital pour une durée indéterminée) mais cela enlève un peu du fantasme terrible qui entourait cet événement. Juste avant de raccrocher, le médecin m’a demandé si je pouvais lui faire une faveur. La gorge nouée, j’ai accepté, avant de savoir ce qu’il allait demander. « Je voudrais, madame, que vous m’envoyez une photo de vous et de votre fille, avec votre nouveau bébé quand il sera né. Voyez vous, nous opérons les hernies chez la petite fille c’est principalement pour ne pas endommager les ovaires et la future fertilité. Savoir que vous avez bientôt deux enfants, c’est important pour moi, par rapport aux choix que l’on a fait il y a plus de trente ans, de vous opérer si tôt».

En raccrochant, j’ai pleuré, pleuré, pleuré. De soulagement, de joie mêlée.

J’ai aussitôt appelé ma mère, qui a pleuré aussi.

Une si grande émotion, plus de trente ans après… qui l’aurait cru ?

 

 

vendredi, 14 janvier 2011

De sortie

 

Depuis trois jours, je me remets doucement de la maladie du début d’année.

R. aussi, elle tousse encore beaucoup, mais n’a plus les yeux infectés. Je suis allée faire des soldes mercredi. Pas de vêtements oh non, mais un moule à savarin, un moule à manqué, un joli couteau d'office tranchant et une crêpière neuve pour la chandeleur qui approche. Le tout au BHV, que des grandes marques de cuisine. On ne se refait pas! Depuis, avec R. reste à la maison, je mange de la galette, je regarde Arte + 7 et je fais des plans pour mon futur appartement.

Mardi, j’ai emmené R. a un atelier de chant maman/bébé. L’après midi, je l’ai inscrite -et moi aussi- à la médiathèque de notre future nouvelle ville. Je suis revenue avec une tonne de livres, de magazines et de DVD de documentaires qui m’ont l’air passionnants.

Hier, nous sommes allées à la bibliothèque du quartier, écouter des histoires pendant le temps des tout-petits, en lire ensemble. R. maintenant ouvre de grands yeux, balaye les livres du regard, écoute ma voix qui change pour lui raconter les histoires et semble très intéressée. Je suis ravie du changement : ce nourrisson têteur et vorace se transforme finalement en bébé éveillé.

Hier soir, je devais sortir avec une bande de copines, la petite dizaine de filles que compte les copines de Ri., mon meilleur ami.

Depuis 2005 et mon arrivée sur Paris, cette équipe m’a accueillie comme une des leurs, et nous nous retrouvons trois fois l’an dans des restaurants divers de la capitales pour un dîner intitulé "le coin des ovaires". Un nom pas charmant du tout, mais qui nous fait rire à chaque évocation. Pendant ces soirées-filles particulières, chacune fait un bilan des mois passés, des projets et se lance une sorte de défi pour les semaines à venir. Les fous-rires sont nombreux lors de ces tours de tables et les années qui passent voient notre évolution.

Hier soir, j’ai cru ne pas pouvoir y aller. Y. a terminé un reportage à monter à 22h30 et moi je devais partir à 20h pour mon dîner. Après avoir passé quelques coups de fils, c’est A. tout compte fait qui est venue. En véritable amie, elle a gardé R. le temps de la jonction avec Y.

Et moi, j’ai pu partir respirer une soirée.

J’avais un peu peur, c’est idiot. Peur que R. pleure sans discontinuer et que A. excédée, ne la secoue pour la faire taire. J’avais peur de cela, comme une jeune maman aura toujours de la méfiance quand elle est loin de son enfant. Mais R. a trois mois maintenant, et je sais qu’elle ne sera pas inconsolable d’une soirée sans sa mère. Et A. ne la secouera pas, même si elle ne s’y connaît pas en bébé.

J’ai donc maquillé mes yeux, peint ma bouche et mes ongles, chaussé mes grandes bottes à talon de New York, et je partie à Belleville, ravie de rester debout dans le métro, sans un encombrant bébé dans l’écharpe. J’ai marché le plus vite que j’ai pu, j’ai vu les amies, j’ai ri et j’ai versé une petite larme quand, en fin de repas, L., nous a appris qu’elle attendait un bébé pour juillet. Elle est son copain J. son installés ensemble depuis longtemps, et je sais qu’ils voulaient ce bébé depuis plus d’un an.

Nous nous sommes toutes quittées ravies, et moi j’ai couru pour avoir le dernier métro, n’en tenant plus. Je voulais que le métro aille plus vite pour être plus vite près de R. Je ne pensais qu'à cela dans la rame, insensible aux blagues des fêtards et des jeunes de sortie.

A mon arrivée, R. dormait du sommeil du juste. Elle n’avait pas touché au biberon de lait industriel, mais dormait paisiblement près de son père qui travaillait sur l’ordinateur.

J’ai embrassé mon bébé plusieurs fois avant de la coucher auprès de moi dans son petit panier, et je suis allée me coucher.

Cette nuit-là, R. s’est réveillée 4 fois pour téter.

Une manière je pense, de se rassurer, se dire que sa maman était là et bien là.

Moi j’étais heureuse de la soirée passée.

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