Le tournis

 

Ce matin, je me lève tôt.

Il n’est pas encore 7h et je n’ai plus sommeil. Depuis le début de l’année, je suis prise d’une étrange léthargie. Je n’ai plus envie de faire du sport, plus envie d’écrire, plus envie de méditer. Dommage car souvent, quand je n’applique pas ces piliers, mon moral s’en ressent très vite. J’avais commencé une formation en parentalité en ligne, arrêtée en plein vol. Heureusement, il n'y a aucune ombre de déprime, même passagère. Je regarde les vitres sales de la maison, sans aucune envie de les nettoyer. Il le faudra pourtant, pour y voir plus clair. Il faut dire que jusqu’à la semaine dernière, j’étais concentrée sur un seul objectif : l’anniversaire d’Y. Ses 40 ans. Je n’arrive pas bien à me dire que cet homme a 40 ans alors que je l’ai embrassé la première fois à l’aube de ses 22. Bientôt, nous aurons passé plus de temps ensemble que séparés. Cette idée me donne le tournis. J’ai conscience que des années sont passées, mais je ne les sépare plus vraiment les unes des autres, un peu comme quand je regarde ma fille R., ses 8 ans, ses grandes dents, ses remarques de pré-ado, et que je me souviens du petit bébé potelé que j’avais tant de mal à aimer.

Des fois, une chose, presque anodine, m’électrise, comme cette semaine, où j’ai acheté des chaussures pour mon filleul. J’ai demandé deux fois la taille à sa mère. Du 44 ?! Je n’en revenais pas. En soulevant la chaussure et en la tenant dans ma main, j’ai eu un flash. Je me suis souvenu de son petit pied nu, son pied de bébé d’un mois, que je tenais au creux de ma main sur le canapé de sa mère, la première fois que je suis allé le rencontrer, il y aura 20 ans cette année. Le temps file si vite et si lentement à la fois. Les journées sont à la fois courtes et longues, pas suffisamment longues pour faire tout ce que l’on doit faire. Mais je sais que si nous vivions deux cent ans et que les journées faisaient 36 heures, j’aurais aussi ce sentiment de course contre la montre, car j’aurais rempli le temps jusqu’à la gueule.

Des petits pieds dans l’escalier signent la fin de ce texte.

J’aurais bien écris encore un peu, sur le temps qui passe, mais la réalité me rattrape, avec ses petits pieds et ses petits mots d’enfants.

Plus tard, plus tard…  

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