Dans le brouillard des jours

Le nez sous ma couette, je regarde des épisodes de la série Loulou, sur Arte. Aujourd’hui, je ne veux rien faire, pourtant je sais que je n’y arriverai pas, car il y a trop à faire.

Mes filles sont parties hier, toutes les trois. Pendant une semaine avant leur départ, j’ai cauchemardé toutes les nuits. Réveillée à 3h, je n’arrivais à me rendormir qu’au petit matin, enchaînant ma journée de boulot dans un brouillard terrible. L’anxiété est immense à l’idée qu’elles s’éloignent, qu’un accident arrive et qu’elles meurent. Mille fois dans ma tête, je me suis repassé jusqu’à la nausée les problèmes qui pouvaient survenir pendant leur absence, de l’accident de voiture à l’incendie, jusqu’à visualiser dans ses moindres détails la voiture de mon père reculer pour manœuvrer et écraser la petite A.

Quand je parle de ces petits films que je me passe la nuit à quelqu’un, on me regarde comme une personne très dérangée, alors je n’en parle pas trop, ou alors pas à tout le monde. On me dit qu’il faudrait me soigner, et je suis bien d’accord, mais je ne sais pas quoi faire pour arrêter ces projections morbides qui me tordent le ventre à chaque fois que je suis séparée de mes enfants.

Nous avons les clés de la maison depuis le 4 octobre et les travaux ont déjà bien avancé. Je suis allée avec Y. et les enfants le premier week-end arracher le vieux papier peint. Nous avons pleins d’idées de décoration, mais il faut se concentrer sur des choses bien moins visuelles et pratiques : nous avons changé la chaudière antédiluvienne pour un modèle énorme à condensation à plus de 4000 euros. Parmi les autres gros travaux, S. notre voisin a déplacé la cuisine dans le salon, changeant de place toute la tuyauterie. Il a aussi crée une évacuation d’eau au sous sol, pour pouvoir déplacer la machine à laver, que la vieille dame qui habitait la maison pendant 50 ans avait mis dans sa salle de bain, déjà trop petite pour notre famille de cinq personnes. Un grand mur est tombé dans la pièce principale, agrandissant la pièce de vie de 5 mètres carrés supplémentaires bien nécessaires dans cette petite maisonnette ouvrière.

A chaque fois que je me rends dans la maison, j’ai le cœur qui s’emballe et des papillons dans le ventre. J’ouvre le petit portail avec ravissement, essayant toujours de faire durer ce moment.

Mon père qui est venu nous aider a préparé les murs des chambres. Demain, je me rendrais dans la maison pour commencer la peinture. Y. qui saturait des travaux est parti pour le week-end à l’anniversaire de son école de journalisme.

Aujourd’hui, j’ai beaucoup de choses à faire.

Mais je suis sous ma couette, j’écoute les bruits de la rue par la fenêtre ouverte.

J’emmènerai tout à l’heure ma jolie Churchille chez le toiletteur, car elle a de gros noeuds que je n'arrive pas à défaire à la brosse, et je n’ai jamais le temps de le faire le reste du temps. J’ai aussi pris des rendez vous médicaux pour moi, car je retrouve enfin un peu de temps pour réfléchir. Je me demande comment survivre au stress des semaines qui viennent. Comment gérer les cartons, le boulot toujours plus intense et les travaux dans la nouvelle maison sans craquer au milieu de l’hiver à cause du manque de sommeil ? Je réfléchis à ce que je pourrais mettre en place sans trop de difficulté : faire un peu plus de méditation, me remettre au sport, prendre des fleurs de Bach…

Je ne dois pas tomber dans une spirale dépressive, car j’ai trop d’enjeux cette fin d’année. Heureusement, quand je stresse trop, je pense à cette maison en pierre, je fais un petit croquis sur un bout de feuille, j’imagine des scènes familiales qui me ravissent : le grand sapin pour notre premier Noël là-bas, les repas dans la cuisine, les enfants qui courent dans l’escalier et mon rythme cardiaque s’apaise.

Dehors, les bruits de la rue ne faiblissent jamais.

Je vais finir par me lever, mais je retarde ce moment au maximum.

Je suis bien, malgré tout, dans mon brouillard de fatigue.

Commentaires

1. Le lundi, 22 octobre 2018, 06:23 par Valérie de haute Savoie

Oui les travaux et les déménagements sont on le sait, une grande source de stress. Heureusement qu'ensuite tu pourrais t'apaiser dans ta maison à toi, refaites à tes goûts :)

2. Le mardi, 23 octobre 2018, 17:42 par Marloute

@Valérie : oui tu as raison, mais en vrai, je me trouve plutot vaillante, quand je vois tout le stresse je tiens bien le coup en fait !