La maison

Je n’avais pas vu de suite l’annonce sur le bon coin. Pourtant, je passais mes journées sur tous les sites immobiliers, dont j’avais activé toutes les alertes, depuis une longue année, à regarder des annonces, à comparer des biens, à me projeter ou à rêver, à partir d’une photo, d’une vue de la façade, ou d’un jardin. J’étais souvent déçue. J’ai visité une vingtaine de biens. Dans toute la banlieue Est, Ouest et Sud.

Et puis ce samedi, tout en discutant avec mes parents, j’ai vu cette annonce.

Quelques lignes, mais surtout une photo. Un beau double salon, avec un beau parquet massif.

J’ai flashé de suite.

Il était tard, plus la peine d’appeler. Je suis allée sur le site, vu le numéro de l’agence, envoyé un mail tardif. On verrait lundi. Lundi matin, j’ai reçu un appel de l’agent immobilier.

Au téléphone, il avait l’air ennuyé. Je lui ai demandé :

-« Est-ce qu’il y a de gros travaux ? Toiture ? Electricité ? Fenêtres ?

-Non pas vraiment, un gros rafraîchissement.

-Ah.

Et est que qu’il y a 4 chambres ?

Oui.

Ah… et est ce qu’elle est loin des transports ? De la gare de RER ?

Non. 5 minutes à pieds. On voit la gare depuis la maison.

-OKKKKAY. Ah j’oubliais. Elle doit être sur un axe très très passant, il y a beaucoup de bruit c’est ça ? »

-Heu non. C’est une rue à sens unique, une des plus calmes de la ville. Bon, vous voulez la visiter ?»

J’étais un peu étourdie. Voici une maison ancienne, dans nos prix, sans gros travaux, proche de la gare…. Ou était le loup ? J’avais visité trop de maisons pourries, branlantes voire sur le point de s’écrouler, en une année.

Dès les premières secondes, devant la façade, j’ai senti mon pouls s’accélérer. La marquise était magnifique. Carrée, ouvragée, du bel ouvrage. Un rosier ancien courait le long de la façade. Je ne pouvais pas y croire.

Je regardais à l’arrière, ne voyant pas d’extérieur : « Ah, il n’y a pas de jardin c’est ça ? J’ai oublié de vous demander…. ». Regard torve de l’agent immobilier. « Si, un grand, il est là, derrière, après le garage » Et effectivement, là, derrière la maison, j’ai vu un grand jardin de 200 mètres carrés mangé par une balançoire disproportionnée.

 

Quand l’agent a ouvert la maison, j’ai pris une grande inspiration…. et j’ai failli me mettre à pleurer. C’était la même odeur que dans l’appartement quand je l’avais visité. Une odeur de vieille personne, de renfermé, de poussière, de bois, une odeur de maison familiale qui a bien vécu et ne demande qu’à continuer. J’ai refoulé les sanglots comme j’ai pu : l’agent immobilier m’a fait monter des marches, descendre des marches, m’emmenant dans un grand grenier où je verrais bien notre chambre parentale, ou alors une seule immense chambre pour deux enfants… J’ai tout aimé.

Bien sûr, il faudra tout refaire, contrairement à ce que l’agent disait.

Bien sûr, nous n’avons pas assez de budget.

Mais je vois déjà mes enfants faire du vélo sur la route, comme je viens de voir passer plusieurs adolescents. Je me vois déjà prendre mon café dans le jardin, sur une table en fer forgé.

Le soir même, sans qu’Y. l’ait visité, mais avec sa bénédiction, nous avons fait une offre au prix. Après 10 jours de stress intense et un agent immobilier pas très compréhensif, nous avons sur que c’était bon.

Depuis hier soir, le compromis de vente est signé. Le propriétaire, un des trois enfants de la vieille dame qui vivait là, m’a dit : « Je suis heureux. La maison va revivre. »

Juste avant la signature, je suis allée saluer la maison.

C’est dans cette maison que je veux voir grandir mes enfants. Notre maison de famille… pour la nouvelle tranche de vie qui s’annonce.

Commentaires

1. Le vendredi, 1 juin 2018, 23:08 par Leeloolène

Tu m'as déjà tout raconté... mais là en lisant... j'ai les larmes aux yeux aussi tellement c'est trop bien ! trop beau !
Tellement contente pour vous 5.
Vivement les thés-papotes sur la balançoire (ah mais oui, vous la laissez hein :-D ahaha) !

2. Le samedi, 2 juin 2018, 16:58 par Chantal

Tellement heureuse pour vous, toujours y croire, espérer et la chance nous sourit.
Bon vent, bonne route dans cette belle maison où vous allez vivre bientôt.
Prenez soin de vous surtout, reposez-vous dès que possible.
Bon week-end.
Je vous embrasse.

3. Le dimanche, 3 juin 2018, 22:31 par clem

Formidable. Mais Yann a bien visité la maison finalement??