Dans la chaleur humaine

Aussi étrange que cela puisse paraître, j’aime ce Paris moite. Dans le bus bondé et non climatisé, je sens monter le long de mon dos des petits frissons, de plaisir et de chaleur mêlés, un peu comme on peut ressentir à la plage, sur le sable chaud. Les odeurs ne me dérangent pas, je me serre moi aussi à l’endroit le plus respirable et je me plonge dans un nouveau livre.

Des fois, je prends une revue immobilière. Je rêve à des appartements avec terrasses, ou des maisons avec jardin en plein Paris. 2,5 millions seulement? J'en prendrais deux ! Je rêve, dans le métro bondé, à une vie richissime, où je fabriquerais des cabanes en bois pour mes enfants dans notre grand domaine.

Au travail, le chef est parti. Je suis seule dans le grand open-space. J’écoute Portishead, Eminem et Gossip très fort. J’arrose les plantes, je cale des interviews pour cet été, comme autant de bouteilles à la mer. Je n’en reviens pas d’être en juillet. Il y a une éternité je commençais dans ce nouveau magazine, c’était hier. Je gère tout cela et le soir, je ne rentre pas. Mardi, je suis allée au cinéma, après ma séance de psys. En sortant, j’ai remonté le canal de l’Ourcq, au milieu de tout ces jeunes gens. C’était moi qui étais assise là, il y a 10 ans, sirotant une bière chaude, au milieu de tous mes amis. Je me sentais bien, à passer au milieu d’eux, écoutant d’une oreille leur conversation : des premiers tafs, des CDD, des mecs et des filles qu’on drague.

 

Vendredi soir, je ne suis pas rentrée non plus. Notre ami donnait un concert, la fosse était pleine, et c’était tous nos copains. Les mêmes qu’il y a 10 ans, le petit groupe d’une dizaine s’est étoffé. Certains sont sortis ensemble, ont fait des enfants, mais la plupart ont ramené copines et copains et de nouvelles relations se tissent avec les unes et les autres. Le soir en sortant, nous sommes tous allés boire un dernier verre. Au lieu d’un demi, nous avons les moyens maintenant de nous payer des bouteilles entières, dans des sceaux de glace, de leur meilleur rosé. Vers une heure, je suis rentrée, tenant Y. par la main. Passé minuit, il fait encore 30° dehors. Nous rentrons chez nous, les oreilles encore bourdonnantes du merveilleux concert de notre ami, qui a vraiment mis le feu et fait le show. Je me souviens de ses débuts, lui raide au milieu de la scène, yeux fermés pour ne pas voir le public. Il est maintenant debout, riant, blaguant, escaladant le premier balcon pour saluer les spectateurs d’en haut.

Nous avons tant changé en 10 ans et à la fois si peu...

Commentaires

1. Le lundi, 6 juillet 2015, 16:23 par Anita

Étonnant ! Tu es bien la seul Parisienne que je connaisse qui est heureuse de la canicule des jours derniers !
Quel joli billet joyeux ! Merci.