Enervée

Vendredi soir il y a eu la très grosse engueulade.

Celle qui vous donne envie de tout massacrer dans votre joli appartement, celle qui vous fait vous crier l’un sur l’autre alors que les enfants dorment enfin, et que les voisins entendent tout et qu’ils vous dévisagent avec inquiétude le lendemain. Une engueulade partie de presque rien, une étincelle qui a mis le feu,  Y. qui rentrait pas manger avec nous, parce qu’il buvait une bière avec une collègue. Et moi, qui avait préparé le sac de la grande, couché la petite, préparé le repas, je n’ai pas supporté. C’est vrai que c’est dur pour moi en ce moment : ces presque 6 mois sans dormir une nuit complète, ces soirées chargées, cette impression de tout sacrifier. A 21h, je suis sortie, baskets aux pieds, échelevée, des larmes aux coins des yeux, envoyer un texto à mon ami R. qui se trouvait fort heureusement à 10 minutes de chez moi à pieds, dans un bar pour une sortie littéraire. Une fois qu’il m’a eu collé dans les mains une pinte de Picon et une cigarette, il m’a littéralement engueulée à nouveau, de mettre ainsi la pression à mon pauvre compagnon, pour UNE bière. J’avais pourtant mes arguments : « Tu te rends compte, je suis seule, notre enfant va partir 10 jours loin de nous, et lui, tu comprends, il ne rentre pas avant son coucher, et la petite s’endort sans le voir, et moi tu vois, je gère tout, les deux enfants et lui, tu comprends…. ». mais rien à faire. R. ne comprenait qu’une chose : j’étais excédée, saoulée, et que j’aurais du depuis bien longtemps sortir prendre l’air plutôt que de m’en prendre ainsi à Y. Une fois calmée, bien des heures après, je suis rentrée et nous nous sommes pardonnés mutuellement notre emportement. Le lendemain, soit seulement 4h après, et deux tétées, nous nous sommes tous levés pour emmener la petite fille Gare de Lyon et garder avec nous un seul bébé.

Il est excessivement facile de s’occuper d’un seul enfant quand on a l’habitude d’en gérer deux. Là, on peut plus facilement faire la sieste, buller, se reposer, surtout avec la petite L. qui dort beaucoup, souvent. Nous sommes allés manger en terrasse au soleil, puis nous promener dans le quartier. Il y avait elle qui se promenait ici aussi. Le soir, nous sommes allés retrouver nos copains, dans un grand appartement à Barbès. C’était un tel plaisir de prendre des nouvelles des uns et des autres, de rire, de rire de rire encore en racontant des blagues ou en en écoutant, de décider d’ouvrir une dernière bouteille à 1h et finalement d’en boire trois puis de rentrer à pieds doucement, en se tenant par le bras, à 2h du matin, dans la nuit chaude, avec notre bébé pieds nus à la mi octobre. Ce dimanche, nous avons écouté le beau reportage d’Y. sur le canapé, en buvant du thé vert, et nous sommes partis nous recoucher. Aujourd’hui, il fera beau encore.

 

Commentaires

1. Le dimanche, 19 octobre 2014, 13:45 par nots

Tout dépend si c'est une habitude ou pas...
Moi, je trouve toujours cela très dérangeant, que l'un profite que l'autre "gère" pour s'offrir une liberté sans s'être mis d'accord préalablement.
Donc, je comprends ton énervement, il ne s'agit pas d'UNE bière, il s'agit de pouvoir s'octroyer du bon temps pendant que l'autre se coltine les responsabilités/devoirs/emmerdes. C'est injuste. Si c'est répétitif, unilatéral et non consenti bien sûr.

2. Le dimanche, 19 octobre 2014, 19:10 par Marloute

Bonjour nots, bienvenu ici! Oui, on en parlait hier avec la bande des filles, on étaient toutes plus ou moins d'accord pour dire que la maternité nous avaient faits toutes basculer dans un déséquilibre des tâches ménagères et parentales. Comme si nos compagnons culpabilisaient moins que nous de prendre du temps pour eux, parce que justement ils savent que nous sommes là. Et ce quel que soit le boulot des nanas, qui ont toutes des emplois du temps de dingue, finissent et commencent à pas d'heures, se remettent à bosser une fois les enfants couchés, ou comme moi sont en congé parental, ce qui de fait entraîne un surinvestissement de ma part dans la maison. Mais d'ici quelques semaines, ce sera l'inverse, et ça, ce sera la grande nouveauté chez nous. Je me demande comment cela va se passer et je suis curieuse de voir ça !

3. Le dimanche, 19 octobre 2014, 23:57 par Nots

Probable que tu n'oseras pas prendre "du bon temps" comme il le fait lui, parce que tu culpabiliseras, que tu ne voudras pas "abuser"...
Je reviendrai te lire pour voir ! ;)

4. Le lundi, 20 octobre 2014, 15:28 par Marloute

@ Nots : Mais c'est sûr ! Je peux déjà écrire l'histoire avant de la vivre, j'aurais du mal à arriver après le coucher des enfants, c'est évident !
Je le ferais peut être une fois. Ou deux. On verra !

5. Le lundi, 20 octobre 2014, 20:30 par clem

d'accord avec toi, avec Nots. Si c'est répété, sous une forme ou sous une autre, c'est lourd à gérer et à supporter!

6. Le lundi, 20 octobre 2014, 21:16 par Leeloolene

Pas certaine que R. était la meilleure personne pour te donner raison (je dis ça pour son côté "mec"), même si c'est lui que tu avais sous la main ! Car tes reproches étaient totalement justifiés... La forme que ça a pris sûrement moins. Ta réaction excessive peut être pas nécessaire. Peut être disproportionnée (même si je n'en crois pas un mot en l'écrivant). Mais tu as bien fait d'aller prendre l'air et te changer les idées. Là où R a raison c'est qu'il fallait peut être y aller plus tôt et dire à Y. "bon ben maintenant tu gères, moi aussi je vais prendre l'air !". Sans justification, sans cri.
Mais qu'il est bon d'exprimer sa colère parfois... et qu'il est difficile de la garder quand elle bouillonne des heures...
(on en recausera... car je suppute aussi un autre sentiment qui explique ta réaction et que tu n'évoques pas ici. Je m'avance peut être... mais je ne pense pas me tromper !)

7. Le mardi, 21 octobre 2014, 00:47 par Fauvette

C'est dur de se maitriser, et parfois cela éclate, et bien plus fort qu'on ne le souhaiterait.
Je suis d'accord avec toi, et les commentaires, et je pense aussi qu'il faut instaurer quelques règles de vie, applicables à chacun de vous. Parce que c'est toujours toi qui passera pour la mégère, la jalouse sinon...
Cet épisode aura eu le mérite de mettre le sujet sur le tapis !