Animale

La dernière tétée de la nuit, L. la fait dans mon lit. Je m’installe allongée sur le flanc et la positionne de la même façon. Nous nous faisons face, dans la pénombre du petit jour. Elle fouisse et enfourne le téton comme un petit goret, puis donne des coups de tête pour relancer le lait qui tarde trop à arriver. Quand, repue, elle a fini, juste avant de se rendormir, L. se replace sur le dos et elle chante. Littéralement. Des « arreuh » sonores de tout petit bébé. Elle s’entraîne de nombreuses fois, comme surprise d’arriver à faire autant de bruit toute seule. Je me tiens tout contre elle, je sens sa chaleur sous mon bras, et j’ai l’impression d’être une poule qui couve son poussin, une lionne qui protège son lionceau. Petit à petit, les arreuh se raréfient et L. s’endort à nouveau. J’aime ces petits moments de grâce, calmes et tendres, presques animales, dans la plénitude béate de maternité, qui se renouvellent chaque matin.