Le week-end

Je n’ai pas de mots pour décrire ce week-end.

Il a été profondément reposant et ressourçant. J’en avais besoin, je sens que j’utilise mes dernières cartouches. J’ai adoré au-delà du raisonnable m’endormir dans le train à l’aller, et lire nonchalamment, sans me préoccuper de qui que ce soit. J’ai adoré le long thé et les délicieux petits gâteaux qui m’attendaient, pour contrer cette pluie fine, ce crachin de janvier. Allongée ou assise sur les canapés de Leeloolène, je me suis reposée, j’ai dévoré des magazines de déco, j’ai papoté, papoté, papoté et nous avons bu plusieurs litres de thé. Grâce à elle, je peux entrevoir différents styles de déco dans le futur petit bureau, une fois que nous l’aurons redécoré. Dans les petites boutiques de sa ville, j’ai trouvé un cadeau pour le prochain bébé. C’est un petit bonnet, un béguin en tissu de cette marque-là. C’est le premier achat que je fais pour ce bébé qui n’est pas né, cette petite fille ou ce petit garçon qui viendra habiter dans notre maison. Ce week-end était riche : riche en discussions, riche en balades, en siestes, en brunch et en goûters, riche en apéro, en restaurant, en rencontres avec les nombreux amis de Leeloolène, croisés au détour d’un carrefour.

Je suis rentrée reposée, et j’ai découvert, dans le train, juste à coté de moi, de l’autre coté du couloir, un journaliste que j’admire, et qui m’a reconnu. Nous nous sommes repliés sur le wagon-bar pour discuter à l’aise et j’ai repris confiance dans mes capacités et mes possibles évolutions. Même si nous faisons le même constat, chacun à nos niveaux différents : notre métier est mort, dans sa forme en tout cas, mais pas dans son essence. Je m’en rends compte chaque jour, quand un CDD est remplacé par un stagiaire, quand il n’y a plus de piges, quand on nous demande de ne pas nous déplacer mais de tout faire par téléphone, de décrire des objets d’après des photos et de ne plus rien voir en vrai. Notre métier est mort, mais nous sommes une poignée à chercher à souffler sur les braises, en souvenir d’un temps où le travail était bien fait. Il me reste quelques jours de travail et je vais essayer de tenir coute que coute, de finir ce qui doit être fait, de me ménager avec différents artifices et puis je m’écroulerais dans un coin, incapable de rien, au moins la première semaine, avant de reprendre les rênes.

Ce week-end est arrivé à point. Il a été profondément reposant et ressourçant. Quand je suis rentrée, comble du bonheur, ma petite fille m’a glissé à l'oreille : « Je suis contente de voir toi. ». Ensemble, nous avons échangés de longs câlins et des semis bagarres pour de faux. Pendant mon absence, son père avait fait le marché, les courses, rangé le linge, lancé et étendu une lessive. Il avait aussi préparé un gratin de choux-fleurs et un gâteau au yaourt avec R. pour fêter avec des bougies mon anniversaire. Ce soir-là, en me couchant, j’étais à la fois fatiguée d’émotions et reposée. Et j’étais surtout profondément reconnaissante, à mon entourage proche, d’être aussi présents.