Malade

Une pantoufle-lapin avec de longues oreilles traîne, esseulée, dans le petit couloir. Dans le salon, entre deux papiers gribouillés on trouve : un livre cartonné ouvert sur le grand canapé, deux plaids défaits, un biberon rempli de solution de réhydratation, des miettes de gâteau, un/deux/trois mugs remplis de thé froid que je n’ai pas réussi à terminer. Sur l’étendage, les draps de la nuit sèchent.

R. est malade depuis deux jours. Une gastro-entérite qui la transforme en enfant-guimauve, incapable de tenir sur ses jambes. La voilà qui flanche et gémit, affalant lourdement sa tête sur mon épaule. J’embrasse ses petits doigts, renferme ma main sur son petit ventre chaud, respire son odeur, que je reconnais moins, où se mêle l’odeur de la couche pleine d’urine et la sueur acide de la fièvre.

_« Qu’est ce que je peux t’apporter mon lapin ? » je lui demande en l’installant dans le grand fauteuil.

_« Un bonbon… » me répond-t-elle de sa voix de mourante.

_ »Ah ça ! » Je la regarde, choquée et amusée de sa requête suppliante.

Jamais, jamais dans cette maison, elle n’a eu de sucreries. Pourtant, je flanche devant son petit air de chat triste. Je lui donne une fraise tagada, séchée et oubliée, souvenir du dernier événement organisé par le journal.

Elle suçote son butin avec un plaisir lent, les yeux dans le vague, une main molle en équilibre sur l’accoudoir.