L'impression de se fendiller

Je ne pensais pas qu’il était possible d'être autant dans l'émotion pendant toute une journée. Ce matin, levée très tôt pour aller chez la nouvelle thérapeute que je vois depuis quelques semaines, j’arrive en retard à cause d’Y. et peste contre lui. Une fois là-bas, tout sort au détour d’une phrase. Je sens les larmes couler quand j’explique que j’ai l’impression de me fissurer de partout, comme si mes différents « personnages » tombaient les uns après les autres. La thérapeute me rassure comme elle peut, de sa voix douce, de quelques mots, choisis avec soin, mais rien à faire, je pleure, je pleure. Assise le plus droite possible dans son fauteuil, j’ai envie de me recroqueviller et de plonger le nez sous une couette.

Je me demande tout haut si je fais bien d’être là, si je sers vraiment à quelque chose alors que je me sens exploser. Est-ce que je peux faire du mal à quelqu’un si mes différents personnages disparaissent ? Est-ce qu’on peut avoir 31 ans et avoir l’impression d’être un nourrisson ou un enfant de 4 ans, qui tire désespérément sur la jupe de sa mère, prêt à tout pour être remarquée ?

Je fais le deuil de pleins de choses en ce moment. A travers cette épreuve, je sais bien que je grandis et surtout j’essaye de ne pas regarder en arrière.

Mais comme c’est difficile de ne pas le faire !

Comme un alpiniste en plein ascension, je sens que mon matériel tombe : mon sac à dos, mes cordes, et divers paquets que je transportais. J’essaye de me concentrer sur le sommet, que je n’aperçois pas, perdu dans les brumes d’un avenir que je n’arrive pas à deviner, et ce que je laisse chuter m’inquiète. Je ne peux pas m’empêcher de m’inquiéter. Alors que je devrais me sentir plus légère, au contraire, j’ai peur… peur… peur.

IPour moi, il me semble qu'il est plus facile de s’inventer une vie que de la vivre ! Il est tellement plus simple de vivre à travers le désir des autres, à travers le regard, que de vivre sa propre vie ! Pourtant, je déploie une énergie folle, démesurée si on y pense, à faire semblant, H24, au lieu d’être vraiment à ce que je fais.

D’où mon impression de liquéfaction, de disparition, de fendillement, comme si j’étais une outre gonflée d’eau prête à exploser.

La matinée s’est passée bizarrement, j’ai retenu mes larmes plusieurs fois, dont une fois en réunion avec P. Il ne me regardait même pas, parlait durement à quelqu’un d’autre, et j’étais soulagée, pour une fois, de ne pas être sous le feu de ses critiques. Mais j’ai bien failli pleurer juste après, en lui exposant un projet. J’ai dû arrêter de parler… en plein milieu d’une phrase ! Heureusement, il n’a rien remarqué.  

L’après midi, je me suis rendue sur ce Salon, comme chaque année.

Pour la première fois, je l’ai parcouru en étant sereine. J’étais à l’affût des nouveautés, j’ai pu feuilleter, découvrir des histoires et des auteurs passionnant. Je me suis esclaffée plusieurs fois. J’ai eu plusieurs coups de cœur, et j’ai ramené des ouvrages que j’avais déjà aimés.

Lui, lui, lui et lui !  

Au stand de Casterman, j’ai retrouvé le livre de la naissance de Célestine, lu l’année dernière. Je voulais l’acheter, mais je n’ai pas pu. A la lecture de quelques pages, j’ai senti les larmes brûlantes affleurer à mes cils. Même pas cap’ !

Quelle drôle de période que cette période ! Je me sens si petite, si fragile… et je m’étonne de ma propre fragilité….

Ce soir, j’ai décommandé le baby-sitter. J’avais prévu de sortir, retrouver mes amis dans un nouveau lieu, où nous devions danser. Mais je n’ai pas la force de bouger. Dans mon pyjama lâche et ma doudoune de laine, j’ai déjà du mal à tenir les yeux ouverts….

Mais le week-end est là, déjà, bienveillant, merveilleux week-end.

Mes parents viennent ce dimanche, pour quelques jours, garder R. pendant que nous serons touts les deux en reportage avec Y. mais chacun à un bout de la France.

 Demain, demain nous ferons le sapin.

J’ai hâte de voir la tête de R. quand son père le ramènera ! Nous n’avons aucune décoration à mettre dessus, mais je compte bien en trouver demain.

 D'ici là, je contemple mes trésors ramenés du Salon.

 

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Commentaires

1. Le samedi, 1 décembre 2012, 09:43 par Valérie de Haute Savoie

Dis donc, ce livre de la naissance de Célestine, il semble épuisé sur la Fnac.com. Tu sais si je pourrais le trouver quelque part ?

Je trouve très intéressant ta métaphore de l'analyse. Cela me parle et je crois que je vais y réfléchir aujourd'hui. C'est très très intéressant. Tout ce que tu vis en ce moment me semble être une étape que tu franchis, douloureusement certes, mais tu franchis, tu grandis.
Bon week end.

2. Le samedi, 1 décembre 2012, 15:00 par Marloute

@ Valérie : oh, je crois qu'ils l'ont toujours, il y en avait une pile au salon.
Oui, c'est douloureux mais c'est bien!