Il re-re-pleut.

Ras-le-bol des allers-retours en poussettes, à tenir d’une main le parapluie et de l’autre à manœuvrer entre les nids de poules de la chaussée.

Quelle tristesse que ce temps !

Demain, Y. s’en va de nouveau.

Je regarde avec effroi la semaine qui m’attend.

Les journées sont horriblement trop courtes. Pour travailler, pour penser à moi, pour m’occuper de la maison, de la petite, de notre couple.

J’aimerai trouver du temps pour moi.

En fait, j’aimerai être comme ces filles-là, celles qui savent bien jongler, et qui arrivent encore à prendre soin d’elles. Celles qui se lèvent tôt, avant la maisonnée, pour coudre, pour créer, pour écrire, pour faire des projets.

Chaque matin, depuis janvier, j’ai du mal à me lever. Je suis fatiguée, très fatiguée. A 8h, 8h30, j’essaye de me sortir du lit, péniblement.

Je ne marche plus depuis quelques semaines. Voici deux mois que je n’ai pas remis les pieds au yoga. Et je n’écris plus le matin, ou si peu.

Je me suis inscrite à la Parisienne, mais je ne suis jamais allée courir. Jamais. Autant dire que je risque de ne pas participer à l’événement à ce rythme-là.

Je crois que j’ai perdu la gouache. L’envie. J’ai ma petite idée sur ma perte de motivation. C’est, bien sûr, lié à l’arrivée de P.

Moi qui ai tant besoin de reconnaissance, je suis frustrée. L’impression que mon travail ne sert à rien, s’il n’est pas reconnu. Bien sûr, il faudrait que j’apprenne le détachement, il faudrait que je mûrisse, que je sois moins dépendante du regard de l’autre, mais comment faire ? Ce n’est pas en connaissant ses failles qu’on arrive à se défaire de ses travers.

Hier, avec Y. nous avons regardé le documentaire sur Robert Crumb de Terry Zwigoff. J’étais bluffée. Après avoir lu : « Parlez-moi d’amour », du couple terrible Aline et Robert, j’ai été fascinée par le documentaire, si bien représentatif de l’œuvre de Crumb et de ses failles. Les trois frères se livrent là-dedans comme jamais je n’ai lu/vu des gens se livrer. Et le documentariste a un vrai amour de la BD, il filme les vignettes avec beaucoup d’émotion, de respect et même d’admiration.

Ce soir, il pleut des cordes. Je dois prendre le métro. Puis courir attraper un bus. Puis courir à pieds, passer sous le périphérique…

A midi, j'ai mangé avec mon amoureux.

Avec Y. nous avons égrené le champ de nos possibles : prendre 6 mois de congés et partir à New York ou carrément s’installer en poste à Berlin/Moscou/Washington un an ou deux. Je suis de plus en plus séduite, m’imagine bilingue (la blague !) et me prend à rêver.

Un an ou deux.

Faire autre chose, voir d’autres gens, vivre ailleurs.

Faire des projets.

Cela m’aide un peu, à tenir, à réfléchir.

Et dehors…Il pleut.