Se faire du bien

Les mains de la masseuse font des allers-retours entre mon cuir chevelu et mes oreilles.

Je fonds de bonheur.

Dans un état flottant, j’écoute les chuchotements des jeunes femmes qui bavardent dans la salle de repos contiguë aux tables de massage. Je lâche prise, complètement dans l’instant présent, détendue à l’extrême. Il y a les mains si douces de la masseuse, il y a cette odeur délicieuse de l’huile mélangée à l’essence d’Ylang-Ylang, il y a la présence de l’amie proche. Partout, la vapeur rassurante et des corps dénudés, des petits rires s’échappent entre les filles qui se massent, se douchent, passent d’une salle vapeur au sauna, ou descendent des tables de gommage.

Avec A. par un dimanche de grisaille, nous nous sommes retrouvées au hammam du 19ème arrondissement, où nous avons nos habitudes. En buvant du thé à la menthe, nous refaisons le monde : nos carrières, nos envies, nos amours. G. et L. n’ont pu se joindre à nous.Nous faisons avec, nous donnant mutuellement des nouvelles des unes et des autres de nos amies.

Dimanche soir, il est 19h30, le hammam ferme, il faut rentrer.

Vendredi, j’ai vu ma copine R., son amoureux, N. mon filleul de 12 ans et C. la petite fille de 5 mois, dernier bébé aux yeux ronds, arrivée début septembre dans la famille, peu après la naissance de l’enfant de Clem. Nous avons partagé un hachis parmentier maison vendredi soir, avant de tous dormir à l’appartement. Quel plaisir de loger ses amis sans se soucier de tout bouleverser. Ils ont été ravis et conquis par le quartier, que nous aimons tant. Content de nous voir contents, avec notre petit train de vie.

Je regarde mon amie R.

Il a 15 ans, nous roulions des joints dans sa petite chambre. Nos rats domestiques sautaient de nos épaules sur les fauteuils et se livraient à des courses poursuites infinies. R. était belle mais fragile, grande gueule et affirmée. Je contemple mon amie, ses traits restés fins, ses courbes charnues de la grossesse encore proche. Elle s’est assagie, adoucie, mais garde ses grandes idées, et s’emporte pour un rien.

J’admire mon filleul aussi, lui que j’ai rencontré si petit, trois semaines à peine et pour lequel mon admiration ne faiblit pas. Un petit homme si bien fait et qui m’inquiète à peine.

La vie est belle quand on regarde autour de soi, comment les gens évoluent.

Samedi soir, je n’ai pris que mes clés, ma carte Navigo, et je suis allée danser.

Dans un grand appartement, au 11ème étage du 18ème arrondissement. J’ai contemplé la colline du Sacré Cœur, infiniment belle dans la nuit et la tour Eiffel scintillante et plus lointaine.

Deux jeunes garçons ont cherché à me séduire dans la petite cuisine où je m’étais réfugiée, assoiffée, pour dénicher un verre d’eau.

Très vite, dans la conversation, j’ai mentionné Y.

Avec la même rapidité, leurs regards se sont détournés de moi.

Je n’aime pas trop ces charognards de soirée, à la quête d’une célibataire ou d’une oiselle pas farouche avec qui passer la nuit. Avec ceux-là, la conversation n’a d’intérêt que si au final ils vous emmènent dans leur lit ou au pire dans la salle de bain adjacente pour une fellation vite menée.

Les laissant là, je suis rentrée bien vite, marchant seule dans la nuit froide.

Le lendemain, c’était sûr, j’irais au hammam avec A.