Les casquettes

Comme la majorité des gens, et des femmes en particulier, j'ai plusieurs casquettes.

Je suis maman.
Le soir, je prépare à manger pour R. Je joue avec elle à table, seul moyen de la tenir sur sa petite chaise basse, sans qu’elle parcoure de long en large le salon. Souvent, je prévois dans la semaine notre sortie du week-end. Ce samedi, ce sera un atelier conte pour les bébés, à la bibliothèque du quartier d’à côté. Il faut passer des coups de fil, savoir qui nous accompagnera. Ce sera Clem, avec son petit E. qui baragouine de longues phrases, s’amuse des blagues des bibliothécaires et écoute avec attention les histoires. Le soir, quand je reviens du travail, je prends toujours du temps pour R. On joue, on parle, elle rit, on lit des histoires. Ces moments-là de toute petite enfance sont passionnants. Je sais qu’ils passeront en un claquement de doigt.

Je suis journaliste
Cette semaine, je participe à un « dîner réseau ». Six journalistes/chargées de comm° ou éditrices dans un magnifique appartement du 20ème arrondissement. Un ancien atelier de maroquinerie refait par un architecte. 150 mètres carrés, des verrières partout, du cachet incroyable. J’ose demander le prix. 900 000 euros.
Ah oui.
Quand même.
Avec la plupart, on s’est rencontrées en formation, d’autres se connaissent d’ailleurs. On mange du couscous, on parle boulot, mais surtout du reste : voyage, santé, enfants, beauté !
Pendant ce temps, Y. garde l’enfant.
Au travail, j’assume une grosse réunion de travail à la place de mon chef, je participe au pot de l’entreprise et fais jouer mes réseaux pour rencontrer une personne haut placée. J’aimerai l’interviewer pour un article car je suis en train de lire son livre et ce que je lis me transporte. De plus en plus, j’ai une vision plus générale du magazine, de ce qu’on peut apporter à la lectrice. Je sais que nous pouvons faire de mieux encore.

Je suis une femme.
Je fais attention à mon style, toujours très maquillée, très habillée au travail.
« Working girl glamour ». C’est mon style au boulot et je le conserve depuis trois ans, cela me va. Parfois, c’est un peu pesant, alors je pense à en changer.
Ce vendredi, je quitte mon poste plus tôt.
Pas pour chercher l’enfant et passer un moment avec elle.
Non. Je rentre chez moi, enfile un jean, un gros pull en mailles, et seule, au calme, fais une séance de relaxation. Pendant trois quarts d’heure, je respire, me remet à neuf. Comme le lundi soir, lors du yoga, ou le matin, quand je marche une heure, ces moments-là me permettent de recharger les batteries.
Idem, le soir, je ne m’occupe jamais de R. tout de suite.
Dans un premier temps, j’enlève mes habits de boulot, me démaquille grossièrement et je me mets en tenue du soir : grand sarouel noir, chaussons fourrés, superpositions de hauts lâches. Y. cette semaine, m’a dit qu’il l’avait vu elle, dans la journée. Ils se sont dits bonjour alors qu’elle attendait dans un couloir. Il me raconte : « Elle est habillée comme toi le soir ! » Cette image m’a fait sourire. Elle, elle a vraiment un style à elle !
Cet après-midi, j’ai demandé à ma copine L. de garder R. pour que je puisse aller chez la coiffeuse. En sortant, je me suis acheté chez eux, de belles brassées de feuillages et de branchages, pour mettre dans l’appartement. Je suis ravie de cette toute cette nature chez moi.  
Tous les matins depuis quelques semaines j’écris. Pour me reconnecter au centre de mon moi. Cela me fait du bien. J’écris des mots que je ne montre pas.

Je suis une amoureuse
Le soir, je cuisine pour Y.
Des petits plats délicieux quand je peux, quand j’en trouve encore la force, bien que cela me soit difficile, même si cuisiner me fait du bien.
Il arrive tard, vers 21h30, 22h. On mange en regardant des programmes courts, Bref ou le Petit Journal.
Puis Y. fait la grosse vaisselle et moi je lis un magazine.
Puis on parle en partageant une unique cigarette à la fenêtre donnant sur le petit jardin.
Enfin, on chante.
Y. à la guitare, moi au chant, on élargis notre répertoire de 4 chansons pour l’instant, en travaillant cette chanson-là en ce moment.

Y. vient rarement se coucher avec moi, il reste dans le bureau et moi je me blottis sous la couette.
Je rêve à notre prochain week-end, voyage, quelques jours à Amsterdam si je trouve à m’organiser. Je rêve de me démultiplier.
Je rêve à toujours plus, comme cette amie d’amie que j’admire et qui en fait tant : à peine plus vieille que moi, maman de deux enfants, photographe émérite, journaliste très pro, et décoratrice à ses heures.

Une wonderwoman, un vraie ! 

Commentaires

1. Le lundi, 23 janvier 2012, 01:35 par Solete

Eh bien, moi il me semble que tu en es une Wonderman ! Moi, je n'ai pas d'enfants, et je ne fais pas le quart de ce que tu fais ! Je suis en admiration !

2. Le jeudi, 26 janvier 2012, 18:12 par julio

Bien je ne voudrais pas te donnée de mauvaise idées mais il y a un sujet qui serait intéressent a traité. L’évolution de notre société à travers la vie de trois femmes du même milieu social exemple trois ouvrières en franche comté ou trois paysannes du Creusot ou encore mais moins intéressent trois intellectuels parisiennes. La première serait née en 1870 et mort en 1950 la deuxième serait née en 1918 et serait mort en 2001 et la troisième serait toujours vivante et serait née dans les années 1960. Leurs vie leurs espoirs leurs combats dans se monde d’hommes je suis sur que nous aurions des surprises. Très importent que leurs vie se chevauche et qu’elle ne soit pas mère fille, mais bien des femmes qui vienne et qui passe se croise et vive leurs temps avec touts leurs handicapes !

3. Le jeudi, 26 janvier 2012, 22:13 par Marloute

@Solete : non vraiment! Du fin fond de mon trainage devant ordinateur en pyjama je te dis non!

@Julio : oh, c'est fou ça, tu sais que c'est exactement le sujet de ce livre? Je l'avais adoré:
http://biblioallie.canalblog.com/ar...
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