Enfin

Dehors, il fait froid et humide. Chez moi, c’est plutôt douillet. Le chat ronronne et cherche la moindre occasion pour monter sur mes genoux. Je le fuis un peu, à cause de mon petit pull noir et mon nouveau jean slim, que je n’ai pas envie de voir recouvert de poils grisés. Pourtant, je sais qu’en passant la journée à la maison, ils seront tous deux ce soir méconnaissables.

Ce matin, je me suis rendormie avec la petite dans le lit. Jusqu’à 10h30. Je me suis réveillée un peu sonnée au son de son babil, avec l’impression d’être étrangement reposée, comme après un retour de longues vacances.

Ce matin, je berçais R. dans la chambre. Mon repas de midi cuisait doucement –un boudin noir aux pommes de terre- et elle attrapait de ses petits doigts mes cheveux, cherchait à mettre ses mains dans ma bouche pendant que je lui parlais. Soudain, soudain, j’ai senti un immense élan d’amour me traverser. Je l’ai serrée un peu plus fort contre moi et lui ai murmuré à quel point je l’aimais. Enfin. Il m’aura fallu du temps, et de nombreux allers-retours pour en être persuadée. Mais maintenant, le lien est fait.

Cet après-midi, je regarde un vieux film en noir et blanc de Mitchell Leisen. J’aime le cinéma américain des années 30. J’aime la légèreté des comédies et des intrigues, même si par petites touches on entrevoit ici ou là la pauvreté, l’alcoolisme les différences entre riches et pauvres. 

Je retarde le moment où je devrais sortir. Poster ma lettre pour le service réparation Olympus de mon appareil numérique. Car au lieu de racheter un appareil neuf, je fais réparer un vieux de mon père. C’est un gros E1 de plus de 700 grammes avec lequel j’avais pris beaucoup de plaisir à travailler. A l’inverse d’Akynou, je n’aime pas la technologie et m’équipe  au minimum. Mon téléphone portable n’a pas changé depuis 4 ans. C’est un nokia premier prix qui ne fait pas de photos.

Je dois aussi acheter une lettre recommandée pour donner notre congé pour cet appartement. Dans deux mois, nous serons partis.

Cet appartement a été notre premier nid d’amour. Un « lieu à nous » à Paris, la ville dans laquelle nos carrières allaient forcément décoller, 39 m2 carrés de bonheur qui nous paraissaient si grand après avoir partagé ensemble ma minuscule chambre de bonne sous les toits.

En écrivant, je viens de faire brûler ma fournée de cookies.

Dommage.

J’en aurais bien grignoté avec mon thé.

Mais voilà qu’R. se réveille.

Dehors, il fait toujours froid et humide.

Mais chez moi, c’est plutôt douillet.