Maternité

 

De repos en repos, de repas en repas, j’apprends à connaître la petite R.

J’ai mes moments préférés : la nuit, quand je la sers contre moi après la tétée et qu’elle s’endort, repue, sur mon épaule ou à certains moments du jour, quand elle me fait un grand sourire et tourne la tête sur le côté pour mieux glousser silencieusement.

Elle tousse, et je frotte son dos avec ma paume à plat. Je lui parle et la nomme bêtement : « Ma minette, Nounette, Biboundé, Biscaille, Biscarotte ». J’enfouis mon nez dans les plis de son cou, son double-menton si doux. Je regarde ses mains minuscules et boudinés, dont les doigts se plient et se déplient pendant la tétée, comme si elle cherchait à accélérer le débit. Elle me fait penser aux chats qui pelottent un jean’s quand on les caresse. Je m’étonne toujours de la façon dont R. tombe dans le sommeil, gavée de lait chaud. Je caresse à rebrousse-poil ses petits cheveux de rat sur le sommet de son crâne, où bat doucement la fontanelle molle. Je masse du bout des doigts son oreille encore duveteuse comme un Ewok. Je déplie son poing serré, en retire des bourres de laine, des cheveux, sa récolte du jour. J’embrasse ses joues, sa nuque, son nez, ses joues rembourrées.

Je suis étonnée d’être à la fois si fatiguée et un peu triste depuis sa naissance.

A la fois je regrette ma vie d’avant, l’insouciance et le plaisir égoïste, immédiat, d’une vie d’amoureux, de travailleuse, avec ses gratifications, portée par le désir du jour, à la fois je ne peux imaginer vivre sans elle, comme si elle était une continuité de moi-même, comme si sa mort entraînerait forcément la mienne.

Je me fais doucement, très lentement, mais visiblement très sûrement, à la vie de maman.  

Commentaires

1. Le mardi, 18 janvier 2011, 05:26 par Valérie de Haute Savoie

Que c'est doux de retrouver ces instants fugitifs de la toute première enfance.

2. Le mardi, 18 janvier 2011, 20:41 par clem

Que c'est beau ce que tu dis, car tu es franche et c'est rare de se permettre de l'être quand on est maman et qu'on ne nous demande que de ressentir le bonheur qui va avec notre nouveau rôle.
Et je me retrouve un peu dans ce que tu dis, même si je me sens rarement triste d'avoir quitté ma pure liberté.

3. Le mardi, 18 janvier 2011, 20:44 par clem

Je rectifie : je suis très heureuse de cette vie là, mais pourtant, en parallèle, je regrette très souvent ma vie d'avant. Heureusement, le regret ne grignote pas tout, sinon, ça s'appelle déprime!

4. Le mercredi, 19 janvier 2011, 13:21 par Anne

Je crois qu'on en finit jamais complètement de se faire à la vie de maman. Mais ces instants, qui évoquent des souvenirs si forts, et la suite, et le reste, et la vie... c'est parfois tellement beau. Ca vaut la peine.

5. Le vendredi, 21 janvier 2011, 18:55 par Valerie

Eh oui, c'est un peu ce qui me retient de franchir le pas dans cette aventure qu'est la maternite. Cet attachement qui, en ce qui me concerne je trouve pueril, a une vie "insouciante". Mes amis me rassurent en me disant que j'ai 9 mois de "formation" ou j'apprendrais a etre mere...Il n'en reste pas moins que j'ai peur. En tout cas, ces moments que tu decris avec ta petite Rose: Priceless! Et je n'en doute pas un instant: "Ca vaut la peine" pour reprendre les propos d'Anne.
Merci de partager ces ressentis avec une telle franchise..et c'est toujours si bien exprime!
je mets en lien cette video issue d'une conference TED. It's all in English
http://www.ted.com/talks/lang/eng/r...