Tensions

 

La fin de la semaine dernière fut éprouvante. J’avais invité ma copine A. et son ami à manger. Cuisiné un long pot au feu – entrecoupé souvent par R. qui avait faim souvent, souvent- pendant qu’Y. était au cinéma.

Les amis sont arrivés et là, je n’ai rien compris.

A. est tendue. La première chose qu’elle fait en arrivant chez moi est d’aller à la cuisine, d’ouvrir la fenêtre et de se tourner pour commenter : « Je fume à la fenêtre ». Comme ça. Sans demander. Or, depuis qu’Y a arrêté, je détester l’odeur de la fumée dans ma maison. Très vite, l’appartement sent le tabac et il fait très froid. R. est en pyjama. Je la couvre en cherchant à comprendre. A. n’a jamais fumé chez moi. Elle ne comprend donc pas qu’avec un petit bébé, cela ne se fait pas ? Qu’on descend quand vraiment, vraiment, on a besoin de s’en griller une ?

Elle critique tout ce que je dis, se moque de moi, me lance des « skuds » à chaque sujet de conversation. Elle regarde avec un mélange de pitié et de dégoût chaque fois que je me lève pour réconforter R. ou lui donner la tétée. Une chance ce soir-là, R. qui semble avoir compris, s’endort en une heure et ne bronche plus de la soirée. Pourtant, A. ne se calme pas. Elle parle de sa carrière et me regarde étrangement. Comme si moi, je n’avais plus de carrière. Elle écoute d’une oreille distraite ce qu’Y. lui raconte : nos sorties au restaurant, nos nombreuses visites de musées : Basquiat et Sophie Calle cette semaine. Même le fait d’être allés en soirée ne trouve pas grâce à ce ses yeux. Elle nous parle d’un couple d’amis à elle qui est sorti… sans leur bébé. Je m’étouffe un peu. Explique qu’un bébé ne peut pas rester seul à s’égosiller pendant que ses parents se font une séance de ciné. Je lis dans son regard : « Bhin décidément ça y est ma pauvre, t’es devenu une maman… un pauvre chose. »

Toute la soirée, je joue son jeu. Ne jette pas un œil à R. qui gémit et heureusement se rendors aussi sec. Je fais semblant d’être forte. Mais petit à petit je réalise que je suis fatiguée. Il est près d’une heure du matin. J’essaye de le dire, mais A. relance Y. sur la politique, l’aménagement, la ville. Je dis : « Je vais me coucher » A. ne me jette pas un coup d’œil.

Au bout d’une demie heure, à travers la mince cloison, je réalise que j’entends, tout.

Je me relève, en pyjama. Trouve la situation si ubuesque. Je n’ose pas virer A. que j’ai invité chez moi… et qui ne comprends pas que je suis si fatiguée.

Alors je ressors, et annonce Bon les amis, je suis vraiment naze, j’entends votre conversation, nous devez y aller.

A. recommence : « Bon on va y aller, puisque la maman le dit. »

Je suis estomaquée.

En dors à peine de la nuit.

Le lendemain, il y une grosse soirée.

J’ai prévu d’y aller.

A 22h, je m’habille, me maquille, fais un baiser sur le front de R. dans les bras de son papa, qui a un biberon de lait industriel pour assurer jusqu’à 1h, quand je reviendrais. Je vernis mes ongles rapidement, sur la table d’une terrasse de bar dans la rue à peine éclairée.

La soirée est géniale. Jusqu’à ce qu’A. arrive.

Elle se plante devant moi : « Bon il va falloir que tu profite de danser, parce qu’après, tu ne danseras plus trop… » Et elle s’éloigne dans un grand éclat de rire. Embrasse à pleine bouche tous ceux que je connais, et que je lui ai présentés. Tout ceux qu’elle critiquait il y a peu de temps. Elle danse comme une folle, me lance à peine un regard.

Heureusement, à cette soirée, tous mes autres amis sont là. Nous dansons, rions. Il y a aussi lui, qui me fait toujours rire à la télé, et avec qui ce soir j’arrive à peine à bavarder.

Je me sens belle, mais blessée.

Que veut elle au final mon amie ?

Que R. n’ai pas existé ?

Et pourtant, elle est là. Et je sors, je vois des expos.

Et je prépare à manger, alors que je dors très peu.

 Alors même que moi qui n'ai pas été très maternée par ma mère, j'ai du mal moi aussi à materner la petite R. qui pourtant demande peu... et A. voudrait que je fasse quoi? Que je sois encore moins présente?

Mais quelle amie est elle?

Et moi, pourquoi est-ce que je rentre dans son jeu? Pourquoi je ne l'envoie pas bouler, cette amie adorée? Parce que moi aussi j'ai peur de la perdre, comme avec tout mon entourage.

Aujourd'hui, je regarde mes ongles peints en rouge, les photos de la soirée, et j'avoue que je ne sais pas quoi en penser... 

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Commentaires

1. Le jeudi, 25 novembre 2010, 12:52 par Anne

Quelle drôle d'amie, en effet. A te lire on dirait qu'elle se sent trahie... ou jalouse...

En tout cas tu es admirable. De patience et de choses entreprises avec une toute petite. Ne laisse personne te faire douter de ça.

Et assume tes choix. Ta vie, celle que tu t'es fabriquée. Enfin c'est ce qu'il me semble qu'il faille faire.

(Sinon c'est ton oeil ? On a la même couleur, presque exactement !! Et je me maquille presque pareil !)

2. Le jeudi, 25 novembre 2010, 13:05 par sleabo

Hé bien, avec une amie comme elle, pas besoin d'ennemi...
C'est quoi, cette jalousie mal placée ? Elle est jalouse d'un nourrisson ou d'une jeune maman qui précisément parvient à conserver une vie sociale ? Elle doit douter de pouvoir s'en sortir aussi bien le jour où la maternité la titillera.

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs mais ne te prends pas la tête avec ça. Des amis comme ça, leur lubies, ça leur passe ou bien on ne les voit plus. C'est pénible à admettre de la part d'amis, mais il n'ont justement pas un comportement amical. Comme Anne l'a écrit, ne te laisse pas embobiner, tu es bien loin de la maman esclave de sa progéniture.

(et arrêtez de frimer avec vos yeux, les filles ;-) )

3. Le jeudi, 25 novembre 2010, 13:15 par Marloute

Anne : je crois qu'elle est surtout trahie que jalouse. Depuis quelques années, c'était devenue mon amie "carrièriste". Nous nous retrouvions souvent dans un bar pour parler de notre futur, de nos salaires, etc... Je la boostais et elle aussi. C'est quelqu'un que j'apprécie et que j'admire beaucoup pour sa détermination et son envie d'aller très haut.
Et oui, c'est mon oeil... après la soirée! Du vert et de l'orange et du rouge à cause de la fumée! Mais là, j'ai des faux cils, ils ne sont pas aussi long d'habitude!

Sleabo : Je crois que je vais faire comme tu dis : soit sa lubie lui passe, soit je ne la verrait plus, même si cela doit me déchirer... c'est mon amie du lycée quand même!

4. Le jeudi, 25 novembre 2010, 14:17 par liwymi

On dirait que c'était un peu une amitié miroir. Et ton choix d'avoir un enfant aujourd'hui doit énormément la déstabiliser. Pour autant, cela ne justifie pas son agressivité.

5. Le jeudi, 25 novembre 2010, 16:18 par captaine lili

Je rebondis sur "amitié miroir"... j'ai connu... il a fallu qu'on s'éloigne un temps pour mieux se retrouver...
Moi j'ai peur de perdre mes amies quand elles feront le pas de faire des enfants (ça commence), puisque pour moi il faudrait un miracle... je crois qu'il faut que chacun aille vers la vie de l'autre... c'est ça l'amitié... Protège-toi. Et parle-lui. Dis-lui qu'avoir un enfant ne t'empêchera pas de continuer à la booster et qu'elle a toujours quelque chose à t'apporter (mais pas comme ça !!) ... Si votre amitié tient sur autre chose que des choix de vie communs, elle va s'adapter...

6. Le jeudi, 25 novembre 2010, 19:09 par Cunégonde

L'amitié évolue, et pas toujours comme nous le souhaitons.

7. Le vendredi, 26 novembre 2010, 06:11 par Valérie de Haute Savoie

C'est curieux comme attitude. J'aurais dit jalousie, mais tu sembles ne pas y croire. Drôle d'amie, mais je crois que l'on surestime souvent l'amitié, on oublie que l'on a affaire à des êtres humains qui comme nous sont bourrés d'imperfections. Parler, dire ce que tu as ressenti, ne pas te laisser envahir par l'angoisse, peut être qu'elle même ne sait pas pourquoi elle réagit comme cela. Ta maternité épanouie réveille peut être quelque chose chez elle ?

8. Le dimanche, 28 novembre 2010, 12:45 par Lili

Bonjour Marloute,

Je te lis souvent, depuis longtemps et toujours avec plaisir, sans jamais intervenir. Sauf aujourd'hui où tu sembles particulièrement blessée et déroutée par la réaction de ton amie.
Loin d'être parfaite, je peux t'avouer qu'il m'est arrivée de me conduire comme ton amie, et je n'en suis pas fière. Le problème ne vient pas de toi, comme il ne venait pas de mes amies. Il vient d'elle, de sa peur de te perdre, de sa contrariété de te voir t'embarquer vers une voie qui n'est pas la sienne et que tu as décidé sans elle. Elle te pique parce qu'elle voudrait t'entendre la rassurer et lui dire qu'elle ne se trompe pas, que finalement son choix est meilleur que le tien. Elle a peur.....
Deux options à mes yeux, laisser tomber en attendant qu'elle revienne.......ou pas, ou lui écrire quelque chose de très court du genre "que se passe t'il ? où est passée mon amie et qui était cette chipie l'autre soir ?" pour crever l'abcés.
Bon courage......