Le bonheur

Journées douces.

Y. n’a pas repris le travail. Je profite de lui : ménage, courses, laverie, je le pousse à en faire toujours un peu plus. Je sais qu'après, il n'aura plus de temps du tout, et repartira sans doute en reportage trop loin. En tout il sera resté 6 semaines auprès de nous.

La pluie glisse sur les carreaux déjà sales, que j’avais pourtant nettoyés à la fin de la grossesse. Heureusement, mes petites fleurs tiennent vaillamment et éclairent chaque pause tétées quand je regarde par la fenêtre.

Clem est passée, Akynou aussi,  ma copine M. de mon école de journalisme, et Leeloolène, qui a trouvé le temps de m'apporter un jolie bougie parfumée malgré son programme chargé.

Avec toutes, parler de bébés, d’accouchements, de tout et de rien, de la vie qui vient.

Je mange des éclairs au chocolat, des sablés, des chouquettes, des religieuses, des parts de tartes, boit des litres de thé et de café, et mon poids continu de baisser, par la magie de l’allaitement. En 15 jours, je suis revenue à deux kilos près au poids d’avant la grossesse. Je sais bien que cet état ne va pas durer et je sens que je me stabiliserais sans doute au dessus d’ici peu de temps. Mais d’ici là, je me laisse envahir par cette faim de loup qui ravit la boulangère.

De discussions en confidences, je réalise petit à petit que je n’ai pas bien vécu la césarienne. Incitée par un commentaire laissé ici par Lyjazz, je suis allée faire un tour sur le site de cette association, et ai senti un écho résonner en lisant les articles dédiés.

Voilà un bon thème sur lequel reprendre mes séances d’analyse, car je sens que très bientôt, je vais pouvoir y retourner.

Ce soir, l’appartement embaume le filet mignon qu’Y. a préparé sur mes indications pendant que je donnais une énième tétée.

R. babille doucement en regardant ses doigts, Y. lit a ses côtés en lui caressant distraitement un pied de temps à autre.

Moi je vole un moment au maternage pour écrire ce billet, avec un bonheur non dissimulé.

Hier après midi, je sentais poindre une petite déprime : un peu de fatigue accumulée, un bébé en demande et cette lumière à l’extérieure que je rêvais de voir en vrai. Alors, avec Y. nous avons emmitouflé notre petit bébé et nous sommes sortis marcher dans le parc à côté, regarder le soleil se coucher sur les roseaux du par cet la lumière miroiter sur les plumes irisées des colverts. Ma main dans celle d’Y., j’ai enfoui mon nez dans son manteau, heureuse à nouveau d’être là, d’être avec lui, d’avoir fondé cette famille ensemble.

Le soir, nous sommes sortis, une fois encore, pour une soirée sur les hauteurs de Belleville.

R. a été posée endormie sur le lit, au milieu des manteaux, insensible à la musique trop forte et aux éclats de rire. Pendant son très long sommeil, avec Y. nous avons rattrapé notre lot de potins et de joyeux fous-rires avec notre bande d’amis, ravis de nous retrouver en soirée après ces semaines de coupure. Manger du mauvais saucisson, boire une bière tiède, chanter très fort « Bon anniversaire »  et partir en courant à minuit pour attraper le denier métro, avec dans nos bras une R. pas encore réveillée. Ce matin, profiter de ce qu’R. n’est encore qu’un tout petit nourrisson pour aller au Louvre, voir l’exposition Chereau, puis prendre le goûter dans un bar, avec nos amis de saint Ouen A-C et M.

On boit des chocolats chauds pour se remettre du vent et de la pluie qui n’en finissent pas de nous redire que l’hiver arrive à grand pas.

Je regarde L. la fille de deux ans de notre couple d’amis, qui est si grande à côté de notre petite poupée.

Elle rit, joue avec nous, parle un langage encore parfois incompréhensible que ses parents nous traduisent patiemment.

Je me sens bien là, dans ce bar, où ils passent le dernier album de Syd Matters, dans une lumière tamisée.

A-C a pris la petite R dans ses bras. Sa fille s’alarme, cherche à monter sur les genoux de sa mère. Je suis intriguée par son air brusquement inquiet, l’empressement qu’elle met à évincer ce bébé dont on la sent jalouse.

J’interroge A-C du regard.

Elle formule à voix haute ce que j’avais compris tout bas.

« Il va falloir qu’elle s’habitue…. Puisqu’on va avoir un nouveau bébé bientôt. »

Cris, embrassades et congratulations.

Le nouveau bébé arrivera au mois de mai.

Ce soir, je repense à eux, à nous, à la vie qui passe, aux enfants qui naissent et grandissent si vite.

Ce soir, je me sens fatiguée, mais gonflée de bonheur.

Commentaires

1. Le vendredi, 12 novembre 2010, 09:03 par Leeloolène

Qu'il est beau, doux, agréable ce billet !!! A l'image de l'ambiance chez vous l'autre soir.

Ah... tes mots me donnent du baume au cœur en ce matin de novembre tristoune !!

2. Le vendredi, 12 novembre 2010, 13:26 par Valerie

Toujours aussi admirative de la facon dont ces moments sont decrits...simplement, mais on ressent si bien l'emotion!
Merci et bonne continuation a vous 3!

Valerie

3. Le samedi, 13 novembre 2010, 09:26 par clem

Bravo, bravo, bravo, de réussir à faire tout ça... en te lisant, j'ai l'impression de ne pas avoir fait grand-chose de ce temps de "congé", alors que je m'aperçois tout juste que c'était finalement possible, avec de l'organisation.. je regrette tellement que Y. n'ait pas été présent pendant ces congés maternités, me laissant tout à faire, je regrette de ne pas avoir réussi à m'organiser des sorties comme tu le fais... je me suis sentie si "seule" alors! Et l'ai-je seulement dit à mon entourage?...

4. Le samedi, 13 novembre 2010, 16:39 par Marloute

@ Valérie : Merci!
@ Clem : J'ai bien conscience en l'écrivant que je suis très privilégiée parce que "mon" Y.
(je dis "mon" pour différencier du tien, sinon, les lecteurs vont croire qu'on se partage le même homme, lol!) n'est plus précaire comme il y a peu;
si javais fait ce bébé en 2007 comme je voulais ce serait tombé pdt les présidentielles et je n'aurais pas vu mon mec pendant 1 an!
heureusement qu'il m'a conseillé d'attendre!
et attendons de voir si je sors autant une fois toute seule !

5. Le lundi, 15 novembre 2010, 10:53 par Anne

Tu sais, à te lire, je suis heureuse pour vous. Pas seulement pour cause de joies de la maternité, mais se promener main dans la main, de nouveau, ça prend souvent tellement plus de temps...

Il est beau votre amour. Et en plus il fonctionne à trois, désormais !