Vertige

 

Je sors de chez l’analyste. Il fait un grand soleil sur le canal de l’Ourcq. Des  jeunes gens jouent aux boules, d’autres conversent sur des chaises longues.

Je viens juste de quitter ma psy. Une séparation temporaire, mais à la longueur incertaine. Nous arrêtons car je n’arrive plus vraiment à me traîner jusqu’au 19ème arrondissement deux fois par semaine. Et nous reprendrons quand je le souhaiterais, quand je me sentirais capable de reprendre les séances avec ou sans le bébé.

Nous avons à nouveau parlé de ma culpabilité, de cette barre placée trop haut, de l’irréalité du bébé, de l’impossibilité d’être mère quand on est persuadée que sa mère nous refuse ce droit.

Et puis, elle m’a laissée partir, me souhaitant un bon accouchement, de son air chaleureux, et gardant ma main dans la sienne un moment avant de la lâcher.

En sortant, je me sens mal.

Forte nausée, j’ai le front mouillé de chaud.

Autour de moi, les gens ont l’air heureux : il faut beau, c’est vendredi, des plans s’organisent pour une soirée en terrasse.

Moi je marche comme un zombie. Soudain, j’ai très froid, les jambes en coton. Et si je tombais là, comment expliquerais-je mon étourdissement, alors que j’ai bien mangé, que je ne suis pas fatiguée ?

A pas de fourmi, je regagne le métro, monte les grandes volées d’escaliers de Jaurès, demande une place assise dans la rame bondée et l’obtient de suite.

A pas encore plus réduits, je retourne chez moi.

Y. terminera tard, comme à son habitude, mais il n’y a rien à manger et je n’ai pas le goût de rien préparer.

Je veux juste m’enfouir sous la couette.

Intense fatigue, j’écris ce billet, juste avant de m’écrouler.

 

 

Commentaires

1. Le vendredi, 8 octobre 2010, 21:21 par Valérie de Haute Savoie

Oh ma douce, j'espère que ce n'est que passager. Dors bien.

2. Le vendredi, 8 octobre 2010, 21:52 par captaine lili

comment l'expliquerais-tu ? Les émotions, ça prend le corps... et ce bébé à venir te travaille physiquement et psychologiquement... il te renvoie à des blessures non guéries... ça pompe l'énergie...
Repose-toi, prends soin de toi.

3. Le samedi, 9 octobre 2010, 13:25 par Arkadia

Repose toi et prends des forces, c'est la dernière ligne droite ensuite tu profiteras pleinement de ton bébé :)

4. Le samedi, 9 octobre 2010, 21:25 par Marloute

A toute : merci! Je n'ai pas mangé, Y. est rentré à 2h, moi j'ai dormi 10h et le lendemain, j'allais mieux, encore un peu tristoune, mais je pense que ça va quand même... Etrange étrange cette réaction post-dernière séance. C'est là où je réalise que ce n'est pas la dernière si je réagis comme cela!

5. Le dimanche, 10 octobre 2010, 15:09 par Akynou

Tu feras le point après. Plus tard, dans quelques mois (un ou deux).
Il y a les hormones, il y aura les descentes d'hormones et le baby blues qui va avec. Ne met pas non plus tout sur le dos du psychisme. Une femme enceinte, ça ne réagit pas du tout comme une femme pas enceinte, et surtout pour ce qui concerne les joies, les peines, les pleurs, etc.
Moi, je me mettais à pleurer pour un oui ou pour un non. TOutes les larmes de mon corps. J'étais obligée de dire aux autres : c'est pas grave, c'est parce que je suis enceinte :-)

6. Le dimanche, 10 octobre 2010, 23:14 par Marloute

@ Akynou : oui, tu as raison, je n'arrive pas à penser que je peux être différente de d'habitude et que cela peut compter!

7. Le lundi, 11 octobre 2010, 08:39 par Anne

Essaie de prendre soin de toi physiquement, déjà. Pour te faire un joli confort dans lequel soigner tes tristesses. Et puis donne toi du temps.

J'ai la sensation qu'on se pose beaucoup moins de questions sur ce qu'on fait, devrait faire, sur sa place et son rôle, une fois l'enfant là : il est là et on est dans l'action.

Du coup, ça en finit par mettre des idées en place, aussi.

Et pour ta place de mère : fais-toi celle dont tu as envie, fuck les autres. Même si ça a l'air compliqué.

8. Le lundi, 11 octobre 2010, 10:59 par clara

C'est vrai que enceinte on est à la fois plus forte et plus vulnérable...les émotions résonnent différemment...En plus j'imagine que quitter un psy c'est comme quitter une vieille connaissance, peut-être même une petite partie de soi...? Normal que ça ne se fasse pas si tranquillement.
Et puis, oui, tu vas voir, l'arrivée du bébé ça va être un tourbillon où plus grand chose à côté n'aura d'importance! Repose-toi d'ici là, sans culpabilité...