Les marches et la maternité montante

Mes marches du matin ont changé.

Maintenant qu’il fait beau, j’assiste à des petites scénettes avec les enfants au parc de la Planchette, leurs disputes, leurs jeux. J’écoute les assistantes maternelles leur parler et mes cheveux se dressent parfois sur la tête. Une d’elles tire la langue à un enfant d’un an à peine « Eh bhin oui, moi aussi j’ai une langue ! Et je peux te faire la même chose. Na ! » Les nounous noires les attrapent par l’avant-bras, les sortent du bac à sable pendants sur le côté, comme elles le font de leurs propres enfants. Pendant mon parcours, je croise des personnes âgées qui se promènent, des joggeuses qui suent au parc Martin Luther King.

Ce matin, un vieil homme assis sur un banc de Levallois –la ville en carton-pâte m’apostrophe quand je passe auprès de lui : « Ahhhh, je vois. Je vois….. Elle a fauté…. Elle le sait qu’elle a fauté Heinnn ? Salope ! »

Je me retourne et le regarde un petit moment en souriant. 

Que faire, que dire face à une telle misère?

Je me dis qu’il doit être bien triste pour insulter les gens comme ça. Et je continue ma marche jusqu’au travail.

Je marche toujours une heure, donc 4 km. Parfois 4 fois dans la semaine, parfois seulement une.

Et puis je croise aussi les mêmes personnes. Depuis janvier. Comme ce groupe de femmes chinoises qui font des exercices de gymnastique tous les matins entre 9h et 10h. Elles parlent fort et gardent un œil sur leurs enfants, qui jouent aux jeux pendant qu’elles s’exercent. Qu’il pleuve, neige ou vente elles sont là, et gardent la forme. A 10h elles s’en vont à petit pas.

J’aime ces moments où j’arpente la ville, silencieuse, pensant à tout, à rien, mais surtout pas avec de la musique ou un podcast dans les oreilles, qui m’empêcherait de réfléchir.

Quand je croise des enfants de plus en plus souvent, je rentre en interaction avec eux. Comme ce collégien que j’ai empêché de traverser alors qu’il n’avait pas vu la voiture qui tournait. Ou ce petit noir avec son frère, coincé dans un nid de poule sur la chaussée : s’arrêter à sa hauteur, sortir le vélo avec son passager, le faire rouler et l’escorter jusqu’à l’autre côté.

Je me sens de plus en plus « mère universelle » n’hésitant plus à les toucher, les protéger, ces êtres qui m’étaient étrangers jusqu’alors.  Cela me rappelle une anecdote d’un vieux libanais qui racontait que quand il était petit, dans son village, les enfants jouaient dans la rue, les parents étant au travail et les mères à la maison. Il arrivait qu’un petit se mette à pleurer, et quand une passante en croisait un, elle n’hésitait pas à sortir son sein, - qu’elle ait du lait ou non -, pour laisser l’enfant téter et se calmer plus facilement.
J’imagine la même scène en 2010 à Levallois, et non bien sûr, cela n’arriverait pas.
Mais cette idée me fait sourire.

Commentaires

1. Le jeudi, 1 juillet 2010, 16:05 par Anne

J'avais un rendez-vous du matin, il y a quelques années, dans le Parc de la Planchette. Avec un jardinier de la municipalité, qui me racontait des bribes de son Mali et ce qu'il voyait des gens, dans ce parc. Je partage ton sourire, aussi.

Et c'est tout à fait vrai, ce côté "mère universelle". Sauf qu'on a moins le coeur qui se décroche quand ce sont les enfants des autres qui grimpent sur les jeux acrobatiques. Mais à peine !

2. Le vendredi, 2 juillet 2010, 00:47 par Moukmouk

Je sais qu'il fait canicule, et je me dis que tu dois souffrir... une douche tiède et on s'éponge à peine historie de laisser évaporer ça rafraichit.

3. Le vendredi, 2 juillet 2010, 20:20 par Marloute

@ Anne :oui, je n'ai pas hâte de ces frayeurs!!

@ Moukmouk :<je souffre du chaud en effet, mais j'ai trouvé une technique! J'en parlerais plus haut!

4. Le samedi, 3 juillet 2010, 12:35 par Lyjazz

Marcher, se sentir mère et investie d'une mission... beau programme.
Bientôt tu vas entrer en toi pour finir de préparer cette grossesse, aller vers la naissance.
De merveilleux moments de grâce...
J'étais enceinte pendant la canicule de 2003, sans dommages avec toujours une bouteille d'eau et un chapeau, s'assoir quand on en a besoin.
J'aime beaucoup l'anecdote du vieux libanais. Moi je suis toujours peinée de voir que certaines mamans d'aujourd'hui refusent souvent le contact physique à leurs enfants quand ils pleurent. Et c'est très vrai que le sein apaise.