De la colère et du papier

 Je relis des textes écrits en 2005, des textes de désespoirs gluant, d’infernale dépression. Il y en a 80 pages de mes délires dans Barcelone la très belle, alors que je venais de quitter Y. Des textes incohérents, pleins de colère, de rancœur diverses et variées. Il en faut du temps, de la colère et du papier pour faire le deuil d’une relation. J’ai parlé à l’Aimé longtemps sur le papier, pendant des mois peut être avant de pouvoir "tourner la page". Je vous en livre quelques unes (mais vous épargne les 80 pages Word !)  :

 

« Alors ? Se laisser envahir par la culpabilité jusqu’à en être recouvert ?

Alors, se séparer du bonheur de cet état flottant, pour la première fois dans ma vie, n’avoir pas d’autres préoccupation que la futilité du jour, l’écoulement des secondes sous la morsure du soleil.

Je ne pense pas.

Ne pense plus.

Suis dans une douce convalescence, comme un nouveau-né en couveuse.

Je ris. Je danse. Je mange, bien, beaucoup. Je prends le soleil. J’apprends beaucoup de choses. Je dessine, j’écris et je lis moins que d’habitude.

“I was en fire and no one can save me but me but you.” Hurlent les Reines prochaines en me faisant sourire…

Alors, prendre tout ce bonheur, le secouer dans un shaker, et faire quoi…. Une soupe ? Un Mix, un cocktail coloré ? Récupérer peu à peu mes petits morceaux de vie, pour en faire un grand plaid cousu de milles aventures, de milles visages, de mille bonheurs…

Sortir de moi pour vivre.

Comme cette nuit passée seule dans une boite techno de Barcelone. Je me revois, au matin, errante, heureuse. Quand je suis sortie de la boite, Barcelone se réveillait, un dimanche comme un autre. Les lampadaires se sont éteints pour saluer discrètement ma sortie au monde. Je souriais comme seule pouvait sourire une personne qui a cru mourir de douleur quelques mois plus tôt en voyant son amour partir.

Il a raison, le Julien Capitaine, quand il dit que nos névroses sont transcendées dans nos actes.

Ses mots dansent dans mon imagination, et me transportent.

Il dit : « L’Eglise est engloutie.

Et nous sommes au dessus d’elle. »

Je savoure les paroles, fait glisser l’intelligence dans chaque rapport.

Prouver son existence, c’est cela.

Se n’est pas simplement se démarquer, croire, comprendre, c’est savoir, deviner, vouloir.

Mais je n’ai pas répondu à ma grande interrogation. Que sont-ils ? Ces étranges sentiments qui naissent ici ?  Pourquoi renoncer promptement aux choses profondes pour me griffer ainsi dans le bonheur à fleur de peau ? Nous souffrons pour autre chose que ces perspectives limitées.

Et l’amour dans tout cela ? »

 

 

« Dans la boite, je commence par me remettre de mes folies de danse dans les bars de Sitges. Je regarde les gens, sourie béatement.  Et puis…. Je vais sur la piste. Je danse, danse, danse, avec un bonheur allant crescendo. Je suis heureuse. Vraiment heureuse.

Lorsque nous rentrons, en taxi, le jour se lève sur la mer. La ville s’éveille avec les premiers coureurs matinaux, les oiseaux s’égosillent dans le ciel chaque instant plus clair.

Je me couche fourbue, exténuée, les pieds douloureux, perclus d’ampoules.

Mais c’est la fatigue d’après l’extase, quand plus rien ne compte vraiment qu’une cage, un podium, une chaise et le spectacle exquis du regard sur soi.

Tellement galvanisant, quand on sait en jouir. »

 

 

« Il ne sait pas encore, mais moi je sais, je sens.

Qu’il faut que je m’arrache.

Qu’il faut que j’oublie, le goût de sa peau, et ses paupières contre mes lèvres, et les chants en préparant le café. Nos fous rires, enroulés dans des draps complices. Et j’incline doucement la tête, sûre d’avoir trouvé un Maître.

Oh, quel bel amour que le notre !

Mais que faire d’un prince qui crache sur sa couronne, piétine les roses, froisse le cœur de papier mâché d’un geste nerveux ?

On jette le prince avec le pot a lait.

On attend 5 minutes de plus.

On prend le prochain.

J’ai toujours cette morsure de haine en moi, ne respire plus que par demi mesure.

Mais rend-toi compte, Beauté. Ah quel point les vrilles des cordes de ta vie, l’éternel retour n’entache en rien ta propre ascension. Si seulement tu osais regarder derrière toi, le vide béant du passé. Milles brassées de roses salueraient ta venue au monde, et les voyageurs s’étourdiraient du parfum enivrant de tes bras ».

 

 

« Quand je l’ai quitté, la neige tourbillonnait au dehors.

 

C’était de petits éclats de vie à deux qui sen allaient. Des nuits fraîches ont passé, des nuits de peur et de joues mouillées.

Cette nuit, il n’y a rien de plus que mon cœur frôlant les mains dans la chaleur de la nuit.

Dehors, 

 l’air

n’en finit plus de s’épaissir.

Je remercie le ciel quand il se déchire à l’aurore, dans les cris des hirondelles.

Jamais je n’aurais cru possible une telle démesure.

Mesure des deux mains l’étendue du massacre.

Plus de chants d’amour, mon merveilleux de tous les jours.

Le pavé ici est hérissé de victoires, il faut avoir juste le courage de se blesser pour les retirer du sol.

 

J’encourage mon esprit à l’abattement, l’abandon, les luttes infinies.

Je me laisse fondre.

 

Combien de semaines ont passées ? Je me souviens, le jour, où exténuée, il y a quelques pages, je m’exclamais « Cela fait une semaine ! »

 

 

Les mois ont succédés aux semaines.

 

 

J’ai l’impression d’avancer dans un rêve, de ne pas être connectée a la réalité. C’est ça, je traverse la vie comme on marche dans un songe de coton. A l’abri des erreurs, a la recherche de ce que je suis…

 

 

Dans ma longue marche, j’agonise.

Et convaincs les puissants de m’achever là.

De ne plus tirer de ressources de ce qui me mortifie.

J’ai eu mon comptant d’avis, et cherche encore l’écho à ma déchirure.

Je réagis en circonstance, ajuste mon tir de mon œil gauche, et décoche mon message en plein cœur.

 

 

Bientôt, le soupir d’aise devant le trop-plein de bonheur. Bientôt ma brassée de bonheur, comme on se laisse aller dans une montagne de paille, la tête vers le ciel bleu, un soir d’été.

Ce jour-là, j’aurais compris enfin,

Que plus jamais ne serais,

plus jamais, plus jamais,

Plus jamais esclave de ma douleur.

Plus jamais esclave.

Plus jamais. »

Commentaires

1. Le dimanche, 7 décembre 2008, 15:33 par captaine lili

Il y a quelque chose d'hypnotique à te lire. Il y a des passages vraiment très beaux... j'ai retenu celui-ci en particulier :
« Quand je l’ai quitté, la neige tourbillonnait au dehors.

C’était de petits éclats de vie à deux qui sen allaient. Des nuits fraîches ont passé, des nuits de peur et de joues mouillées.

Cette nuit, il n’y a rien de plus que mon cœur frôlant les mains dans la chaleur de la nuit.

Dehors,

l’air

n’en finit plus de s’épaissir.

Je remercie le ciel quand il se déchire à l’aurore, dans les cris des hirondelles."

2. Le lundi, 8 décembre 2008, 18:27 par Marloute

Merci Capitaine!
Même si j'ai beaucoup apprécié écrire pendant cette période, j'ai un regard très dur sur ces écrits là. C'est de la prose très spontanée, trop "délirante" parfois tant je ne faisais que "regarder mes doigts écrire"
Il parait qu'on est souvent critique avec ses écrits passés. Chez moi, ça confine à la pathologie! Je trouve que la construction des phrases est parfois moche, bancal, il y a des répétitions...
Mais c'est vrai qu'il y a parfois de beauc morceaux, de belles images, qui mériteraient sans doute d'être travaillées, polies, lustrées, pour donner tout leur éclat.. Mais tu connais mon travers :
Je n'aime pas retravailler mes textes! J'aime les premiers jets, ne réécris jamais hélàs.
Un jour, quand j'aurais grandi un peu je donnerai une vraie valeur à mes écrits, et je ne ferais plus les choses "par dessus la jambe"
%Mais ce jour là n'arrive pas... pour l'instant!

3. Le lundi, 8 décembre 2008, 18:33 par Marloute

Zut.
J'avais fait une longue réponse et je crois que tout a été effacé.
Crotte>.
Juste "merci capitaine" alors!

4. Le lundi, 8 décembre 2008, 18:34 par Marloute

Ah bhin non
(je m'écrirais toute seule des commentaires sur mon blog maintenant. haha.)

5. Le lundi, 10 août 2009, 22:01 par mouislouis

merci pour ce topic, mais faut que les mentalites change!

6. Le jeudi, 3 décembre 2009, 03:45 par papillondunord

Un blog est un journal personnel en effet mais surtout un lieu dechange et de partage d idees (tout comme je fais actuellement sur le sujet) Bref, Merci pour les tuyaux, cest tres enrichissant.