Week-end aller retour

Je me réveille chez mes parents, alors que je suis arrivée la veille à minuit. Il n’y a que deux heures entre Paris et Lyon et je n’y descends jamais. Ou juste trois fois dans l’année, à des dates clés. Et quand je descends, je fais souvent l’aller-retour dans le week-end. Là, je devais descendre avec Y., qui été retenu par le travail, au dernier moment. Je descends donc seule, pour voir ma mère, voir une copine chère et son fiston, faire la fête un peu avec une ancienne bande de copain de fac. Je me réveille donc, très tôt, et j’ouvre la fenêtre d’une des chambre. La maison de mes parents donne sur un grand bois, face à un ravin. Il n’y a pas une maison aussi loin que porte le regard. Dans un arbre fruitier, deux mésanges charbonnières lancent des trilles et se poursuivent mollement. Je respire l’air frais, voir froid du matin. Ca y est, c’est l’automne. Des courges et des pâtissons s’entassent devant le mur de la maison. Sur des grandes tables, sèchent des brassées de champignons : trompettes de la mort (7 kilos) pieds de moutons et chanterelles. Mon père est allé ramasser tout cela dans le Bugey avec mes deux petites sœurs.  Il en a ramené des caisses de vins, négociées auprès des vignerons qu’il connait depuis trente ans. Je respire l’air du matin, et passe voir le rat de ma sœur. Le pauvre animal se morfond dans sa cage depuis que ma sœur a trouvé un amoureux, elle ne passe plus du tout de temps avec lui. Nous jouons un moment. Il a l’air vraiment mal en point. A 4 ans, il atteint des records de vieillesse. Un moment je pense à le ramener avec moi sur Paris, donner à ses dernières semaines de vie un semblant de bonheur. Mais je me ravise. Il est vraiment mal en point… On dirait qu’il va mourir bientôt, peut être même sur le trajet. Je descends l’escalier de bois, salue les chats qui s’étirent en me montrant leurs crocs acérés. Voici les plus gros consommateurs de passereaux du quartier. Surtout le chat noir, qui à la belle saison, attaque couvées, parents nourriciers, jeunes écureuils, lapereaux malhabiles et couleuvres trop lentes à la fuite. C’est un carnage de petits animaux, pour lequel j’en veux parfois à ma sœur d’avoir imposé ce deuxième chat dans la maison de mes parents.


Mes parents se lèvent. On fait du café, on met France Inter, comme tous les matins depuis si longtemps. Les mêmes gestes, dans la douceur du foyer. Pendant le week-end, nous discutons beaucoup avec ma mère qui a des problèmes au boulot et se sent vraiment mal. Je discute aussi avec ma moyenne sœur qui est venue aider mon père dans son travail d’animation. Aux repas, nous mangeons des brochets que mon père a pêchés. Je sais que les poissons carnassiers sont pleins de PCB, mais je mange quand même de bon cœur.
En deux jours, j’arrive à voir tous ceux que j’aime, et à prendre le thé avec mes deux grands-mères.
Mais je n’aime pas devoir soutenir ma mère qui craque, car j’aimerai qu’elle prenne appui sur un professionnel, un thérapeute.
Je n’aime pas l’ambiance électrique dans la maison car mes parents s’engueulent et n’arrivent pas à se parler.
 Je n’aime pas les discussions houleuses et tendues entre ma mère et ma grand-mère, sa belle-mère, et de me sentir prise entre deux feux sans pouvoir m’échapper.
 
Je prends le train comme on s’échappe, avec force soupir de soulagement. Je m’endors aussitôt pour arriver à Paris dans la nuit du dimanche.
Ouf. J’ai hâte de rentrer, retrouver mon bébé chat et sa mère, mon compagnon chéri...
Le métro arrive, comme une délivrance : je suis de retour chez moi.






















Commentaires

1. Le mardi, 23 septembre 2008, 20:51 par captaine lili

Je connais ce malaise et ces départs comme des échappées... parce qu'on se protége des histoires qui ne nous appartiennent pas et qui sont autant de noeuds transmis ?

2. Le mercredi, 24 septembre 2008, 12:21 par Marloute

Capitaine : ca doit être ça...