Dans la cuisine rouge

Hier, nous étions tous rassemblés autour de la nouvelle télé de J. et A.
Un monstre de plus d’un mètre de long, qui nous a émerveillés le temps du match France/Italie, malgré le piteux score. Pendant ce temps, nous nous sommes relayées entre filles pour papoter à la cuisine. Nous parlons de nos avenirs et carrières respectives. Nous parlons de nos règles, de Leroy Merlin, de prendre une femme de ménage ou pas, qui prend quelle pilule, c’est comment la vie en couple, le désir d’enfant... Tout ça en grignotant des tartines de caviar d’aubergine industriel, en buvant du vin blanc, un peu trop chaud, dans l’odeur piquante des cigarettes, qui transforment la cuisine rouge en un aquarium géant.
Je me sens bien, entourée de toutes ces filles, ces femmes en fleurs, ces adultes naissantes. Pendant ce temps, les garçons hurlent dans le salon. Ils sont une dizaine à échanger des pronostiques, alors que certains ne connaissent même pas les règles du football.
Dans la cuisine rouge, je profite d’un moment où tout le monde est ailleurs pour observer un moment mon reflet dans la vitre.
Je regarde cette jeune femme, que je vois s’arrondir d’années en années, et qui se plaint plus qu’une autre. Et je décide, enfin, d’être un peu indulgente avec moi-même. Qu’est ce que j’ai envie de faire, tout de suite, à l’instant, si j’avais un vœu, quelque chose que je voudrais réaliser plus que tout dans les semaines qui viennent. Qu’est ce que ce serait ? Et ma propre réponse me surprend : je voudrais faire une retraite.
Une vraie retraite.
Laisser mon téléphone ici. Emmener un ou deux livres, un carnet d’écriture, un stylo et un crayon pour les croquis. Squatter une maison de campagne vide. Ou un monastère pour laïcs convaincus. Un lieu où je ne parlerais à personne, où je n’aurais rien d’autre à faire qu’à réfléchir et à rêver.
Loin de Paris, loin de mon amour, pour me retrouver seule avec moi, sans l’attente angoissante : attendre d’attendre un enfant, attendre d’attendre que Y. rentre du travail, attendre d’avoir un travail. Etre active en se retirant au monde.

Je regarde une dernière fois le reflet : c’est vraiment ce que je souhaite ? Oui. Alors je vais m’y atteler.
Je referme la porte de la cuisine rouge… le match est fini sur les râles de désespoir des garçons.

Commentaires

1. Le jeudi, 19 juin 2008, 10:03 par Leeloolène

Je connais la meilleure des maisons pour une retraite. Au fin fond de la montagne. Le téléphone portable n'y passe même pas... Et tu l'as connais bien ;)
Up to you... Les clés sont sur la fenêtre des toilettes !
J'ai toujours rêvé d'y faire une retraite moi aussi !! Un jour viendra... comme tant d'autres choses

2. Le jeudi, 19 juin 2008, 12:25 par clem

est-ce la maison bleue adossée à la colline?
Peut-être pas, celle-là est remplie de gens et de musique...
Marloute, je soutiens ton initiative.

3. Le jeudi, 19 juin 2008, 22:32 par Marloute

Leeloolène : Merci pour cette proposition, c'est vrai qu'elle est parfaite pour une retraite cette maison...Mais une retraite là, dans cette montagne pleine de souvenir, et sans toi... ce serait trop dur!

Clem : C'est ça, c'est la maison bleue, mais elle est grande et silencieuse... Il faut que je trouve quelque chose qui s'en rapproche...