Dimanche liquide

Dimanche étrange. Hier, j’ai aidé des amis à déménager, puis je suis allée manger chez d’autres amis, goûter du porto du Brésil, faire des « blind tests » des chansons des années 80.
Y. travaille tard. Je reviens fatiguée par la longue rue sinueuse de Clignancourt. A la hauteur des vignes de Montmartre, un contrôle de police sur des jeunes de banlieue, jeunes comme des enfants. Un des deux flics se moque de l’un d’eux : « Mais bien sûr que t’as bu, tu pues l’alcool ! ». Je reste un moment, attentive à ce qui se dit dans la nuit. J’ai toujours peur de qu’un contrôle de police tourne mal. Je passe comme une ombre, glissant de la lumière d’un réverbère à l’autre. Quand je rentre, Y. est cramponné à son fauteuil. Il regarde les derniers épisodes de Battlestar Galactica, tout droit venus des USA la nuit d’avant. Je n’ai rien suivi à cette série et vais me coucher.
Le réveil me sort de longs cauchemars.
Matinée nulle.
Laverie, courses, préparation d’un maquereau vapeur au riz et sauce au beurre blanc. Y. s’en va travailler, jusqu’à 23h.
Je suis désemparée.
Me sens mal. J’écris un moment. Ecoute un album de service presse. Je lis l’Ecologiste, réfléchis à ma semaine, m’endors à moitié. Décide de faire une sieste. Je me réfugie sous la couette plus que je ne m’y glisse. Autour de moi, tout bascule dans le coton. Je suis bien, à l’abri des plumes, loin du soleil agressif, du ciel menaçant, toujours au bord de l’orage.
Je reste de longues heures, à dormir à demi, à rêvasser, à lire des bouts de livres.
A 16h, je regarde sur Internet une conférence des amphis de France 5. J’écoute des albums sur Deezer. Je me fais un thé aux épices. Je pense que je devrais appeler quelqu’un, dire que je me sens mal, mais petit à petit, je réalise que le gros de la crise de cafard est passé. Je peux à nouveau sortir. Je met un K-way, part à grands pas, avale de grandes goulées d’air dans le grand parc des Batignolles. La marche me fait du bien.
Mes idées s’organisent, ma sérénité revient. Je prépare un clafoutis. Me repaît de l’odeur du lilas sauvage, ramené du terrain vague à coté. Il sent les marais de mon enfance, les lônes du Rhône, les après-midi dans l’eau boueuse, à pêcher des écrevisses américaines dans les brassées d’algues du lac de Miribel. Je regarde encore des trucs sur Internet. Incroyable le temps que l’on peut passer sur les écrans, à ne parler à personne, alors que l’on s’écroule à l’intérieur. Je me décide à manger tard. Une poignée de salade roquette, parsemée de graines de courges croquantes, un peu de tofu réchauffé et une sauce tomate. Je goûte le clafoutis encore chaud. Trop sucré. Il est 21h52. Il reste encore une grande heure avant que Y. n’arrive. J’espère que je ne serais pas aussi apathique demain. J’espère qu’un jour je comprendrais ces crises qui me terrassent et que je repère de mieux en mieux, ces moments de down où tout parait insurmontable, où j’ai les yeux noyés à la moindre pensée…

Commentaires

1. Le lundi, 16 juin 2008, 19:51 par Moukmouk

Une tentative pour compter le nombre de "je" qu'il y a dans ton texte me fait poser la question: ne serait-ce pas ça le problème? ne manquerait-il pas de Nous? d'ensemble? de le plaisir de brasser ensemble la grosse merde pour tenter d'en faire quelque chose de mieux?

2. Le mardi, 17 juin 2008, 09:59 par Marloute

hum.hum? Judicieux.
Y. étant parti travailler ce jour-là, j'ai bien été obligée de rester seule avec moi même. Chose quasi insurmontable dans ces moments où je ne m'aime pas...

3. Le mardi, 17 juin 2008, 12:11 par clem

mais nous on t aime Marloute!

4. Le mardi, 17 juin 2008, 12:39 par Moukmouk

Clem a raison, la prochaine fois que tu ne te sentiras pas bien, va te faire sentir par d'autres.

5. Le mercredi, 18 juin 2008, 18:12 par Marloute

Clem : c'est gentil ça! J'ai de la chance!

Moukmouk : je sais que c'est la solution, mais c'est parfois insurmontable.... c'est étrange.