La grande journée

Hier matin, je passais un entretien d’embauche pour un travail alimentaire à mi-temps, à partir d’août et toute l’année prochaine.
On m’a posé les questions rituelles : "Quels sont vos 5 défauts, vos 5 qualités". Je n’ai évidemment pas dit que je ne savais pas compter, que j’avais deux mains gauches, que j’étais incapable de faire deux choses à la fois et que je m’écroulais en larmes si un client commençait à m’engueuler. J’ai trouvé des défauts mignons, des défauts "d’entretiens d’embauche". Tout s’est bien passé, les gens étaient charmants, ils sont prêts à me laisser ma chance pour ce boulot à mi temps.
On verra bien.

En fin d’après-midi, je recevais un appel de l’agence de communication qui me demande mes tarifs pour un reportage mi-juillet. Je ne sais pas si je dois vraiment me réjouir trop vite. Ils m’ont fait le même coup en mars, pour finalement ne pas m’embaucher.
Le soir, je rentre au cinéma gratuitement, grâce à la complicité d’un ami critique. Nous allons voir le dernier Depardon, le troisième volet du film sur les paysans. C’est poignant. C’est beau à mourir, cette profession qui meurt, ces villages qui se vident, ces hommes qui vieillissent seuls et restent silencieux.
Ensuite, nous pendons la crémaillère chez un couple d’amis. Je fais le DJ, avec des CD, à l’ancienne.
Je me fais plaisir. Tous les amis sont là, je me sens renaître. Je bois un peu trop de vodka fraise. C’est un délice, on dirait du bonbon. Y. a trop envie de fumer, il est malheureux et ne danse pas. Il insiste pour qu’on rentre.

Il est presque 3 heures du matin. La route à pied depuis Barbès nous dégrise. On marche à petit pas d’amoureux, riant souvent, parlant tout bas, dans Paris endormi.