Sous le tipi

Je monte à flanc de montagne.
La piste est vide.
Sous mes pas, la neige crisse, s’enfonce. Il y a un vent léger, j’entends les plumes dans mes cheveux qui volent. Je suis déguisée en indienne, j’ai les plumes et le costume. Je m’arrête et me retourne, essoufflée, la pente est forte. Je contemple la vallée, la chaine de montagne, ces grosses Alpes, toutes enneigées, dans la lumière du matin. Je suis sous le tipi. J’installe des couvertures en fourrures, des peaux de bêtes, des pelisses de renard, de visons. Je pose des tambours, des clochettes. Je sors du maquillage, des empreintes d’animaux. Je présente des objets anciens, un calumet de la paix, un tomahawk. J’entretiens le feu, je joue avec les flammèches, je souffle sur les braise, je me cache des escarbilles. La fumée me pique les yeux parfois puis monte en colonne étroite en haut du tipi.
Je sors mettre le nez dehors. Des skieurs passent. Des enfants s’arrêtent. Anglais, français, russes avec leurs moniteurs particuliers. Je maquille à tour de bras, je parle des animaux, en anglais et en français. Je bafouille mes trois mots de russe : « bonjour, renard, ours, merci et au revoir ». Des Snow-border américains viennent boire un vin chaud. Des saisonniers français se chauffent les mains au dessus du feu. Deux adolescentes anglaises se prennent en photo avec des habits d’indiens. Des ukrainiens pleins de coke dévastent le tipi, tout en lâchant des billets de 50 euros à tour de bras comme si c’était des pièces en chocolat. Une classe de neige passe. Ils n’ont pas d’euros sur eux. Je leur fait des petites pattes de loup sur les joues, ils sont contents. Je coupe du bois, avec la petite hache. Je fais de fines lamelles à partir d’une grosse buche, pour démarrer le feu. Des français s’arrêtent. Ils boivent du thé, on danse autour du feu en criant à pleins poumons.
Il est 16h, ou 17h. La piste se vide. Je commence à rentrer les affaires. La bouilloire noire de suie. Les buches qui servent de siège. Je range les peaux, les coiffes indiennes, les animaux empaillés, les tambours, dans les grands coffres que je cadenasse. Je sors laver dans la neige la popote. Je lave les verres, avec la neige, a pleine main. J’observe un chevreuil et une chevrette qui broutent au dessus du tipi. Ils lèvent à peine le nez quand je leur crie de descendre plus bas pour que je les caresse.
Je descends le long de la piste. La station est toute illuminée, le ciel s’assombri, avec ça et là, des trainées roses au dessus des pics enneigés. Je domine tout, j’avance, seule, dans la neige verglacée, en prenant garde de ne pas tomber. Je suis loin de Paris, loin de mes préoccupations habituelles. Loin de mon ordinateur, que je n’ai même pas emmené. Loin de mon téléphone portable, que j’ai laissé au studio, éteint, en bas dans la vallée. Je suis là pour 10 journées. Dix journées d’animations pour mon père. Dix jours ailleurs, dans un autre temps. Dix jours à faire brûler de la sauge et à respirer a fumée pour soigner un rhume qui ne part pas. Dix jours à chercher des réponses, des bribes, par mon père, sur certaines questions que je me pose. Dix jours à me chercher moi-même et à me trouver parfois. Dix jours au début de l’année, dix jours, un temps pour soi.

PS : hé les bloggeurs... je reviens lundi tard le soir!

Commentaires

1. Le lundi, 14 janvier 2008, 11:09 par clem

J'irai faire un tour là-bas si jamais je passe dans le coin.

2. Le lundi, 14 janvier 2008, 14:15 par Marloute

Et tu seras la bienvenue!
Bon... on se voit quand?
Moi je peux tous les jours cette semaine!