Le bonheur de lire


Je vais à la bibliothèque.
J’y vais les yeux encore collés, pour cause d’insomnies sans fin cette nuit, je porte un vieux jogging qui me grossit, et mon éternel pull marin.
Les dames de la bibliothèque sont gentilles mais un peu chieuses, elles ne veulent pas que je branche mon ordinateur, alors que les prises sont à portées de main. Elles n’ont pas l’habitude, à la bibliothèque pour enfant, que quelqu’un vienne travailler. Il faut qu’elles se fassent à l’idée que de moins en moins de gens viennent avec un stylo et du papier. Et moi, j’ai besoin de beaucoup de documents. J’emprunte les 5 livres auxquels j’ai droit, je travaille sur ma batterie (très peu de temps) et je dois repartir chez moi.
Je mange debout, grignote des restes. Je n’aime pas manger seule. Dans ces moments là, j’aimerais bien avoir une télévision, pour me donner l’illusion de manger avec quelqu’un. Alors je suis debout, je ne fais rien réchauffer, je picore, je me tartine des choses improbables, je mélange salé et sucré. Rien n’a d’importance quand on ne mange pas socialement…. C’est à ce genre de mauvaises habitudes, le fait de manger mal, debout et stressée par un surcroît de travail, que j’ai pris 5 jolis kilos l’année dernière et que je regarde avec une certaines inquiétude, apparaître sur mes hanches des formes voluptueuses qui n’y étaient pas ces 26 dernières années…
Enfin, le corps me semble être une machine étrange qui les trois quarts du temps n'en fait qu'à sa tête.
Hier, il m’est arrivé quelque chose qui a déjà arriver à plein de gens.
J’étais allée faire une interview à Versailles (dont je n’ai pas vu grand-chose, mais je reviendrais) et je suis revenue par le RER (environ 35 minutes) j’étais plongée dans la lecture de Colum McCann, , un deuxième livre, après Danseur, fini cette semaine. Je lis rarement deux auteurs à la suite (ça m’ennuie) mais là, c’est passionnant…
Donc, j’étais avec le narrateur, dans les marais de Georgie, sur un canoë, au milieu des alligators, dans la chaleur de l’après-midi, dévorée par les moustiques… Quand soudain, j’ai réalisé qu’il régnait un grand silence dans le wagon et que nous n’avions pas redémarré depuis un long moment. J’ai regardé dehors, complètement ahurie, sans savoir où j’étais. Dans quelle gare ? Pour aller où ?
Complètement perdue…. Et ce n’est qu’en sortant sur le quai et en regardant au bout que j’ai réalisé qu’on étaient arrivés à Saint-Lazare. Depuis combien de temps ? C’est un mystère…. Bien sûr, j’étais en retard à mon deuxième rendez-vous, bien sur il allait falloir courir dans les couloirs du métro….
Mais quel bonheur de se laisser emporter ainsi par la narration !