jeudi, 14 avril 2016

L'attente toujours

Les contractions surviennent parfois et s’en vont. J’attends toujours le petit bébé. Je voudrais qu’il arrive vite, je voudrais le voir déjà. La nuit, je dors en chien de fusil, enroulée au coussin d’allaitement comme une moule à son rocher.

Entre mes longues siestes cotonneuses, je me promène dans Paris. Achète de la bonne huile d’olive, une nouvelle jolie barrette, un savon à la pivoine, un poulet fermier pour l’arrivée de mes beaux-parents demain. Je voudrais mettre au monde mon bébé avant leur arrivée, car je veux être seule dans mon appartement pour le début du travail. Je veux pouvoir geindre, déambuler et me tordre sans leur regard. Il ne reste que quelques heures, et Bébé n’a pas l’air de m’entendre. Je me demande comment est cette troisième petite fille ou ce petit garçon. J’ai hâte de l’avoir dans les bras, le sentir, l’embrasser, le presser contre moi.

A 4h, toutes les nuits, je me réveille, je caresse mon ventre, vais boire, mange un peu.

Je me réveille fatiguée.

Je cherche mollement sur Internet une location ou un échange de maison pour cet été en Bretagne. Je rêve de mer, d'un petit jardin, de plage et de soleil.

La nounou de mes filles me prépare à manger pour les midi et pour les soirs. Des plats africains, bœuf mafé, beignets de bananes, plantains rôties, attiéké, poivrons ou poulet rôti. Je me régale, me brûle avec le piment qu’elle a préparé, me ressert.

Je ne veux plus faire la cuisine, le soir, je grignote ou ne mange que les restes des enfants.

Bientôt, ici, je laisserai les rênes à Leeloolène pour qu’elle vous annonce la naissance.

J’ai hâte.

 

vendredi, 8 avril 2016

L'attente

Je vais manger avec Y. dans le petit restaurant délicieux à deux pas de chez nous. Je prends le soleil. Je vais chercher R. à l’école. Je fais un câlin à L. sur le canapé. Je lis des histoires aux deux filles. Je chante pour préparer les contractions. Je croise une voisine que je ne connaissais pas et qui a le même terme de grossesse que moi. Je fais du petit jardinage avec L. Je dors la journée. Je veille la nuit.

Je regarde des épisodes de Friends.

J’écoute et je souffle doucement pendant mes rares contractions douloureuses.

Je me prépare un bol de spécial K au Nutella.

Je mange les chocolats de Pâques des enfants.

Je prends un bain avec des huiles essentielles relaxantes spéciales grossesses.

Je laisse partir Y. en soirée en lui demandant 10 fois s’il a bien pris son portable.

Je m’énerve contre les enfants qui sont excitées.

J’écoute Angus et Julia Stone.

Le dernier Keren Ann.

J’attends, j’attends, j’attends, je couve mon tout petit bébé.

Ce sont les derniers jours, peut être les dernières semaines avant qu’il arrive.

C’est mon dernier bébé, mon troisième enfant.

Je ne sais pas quelle tête il a, j’imagine les pires.

Je l’attends. Je l’attends. Je l’attends.

 

lundi, 4 avril 2016

La mère

Ma mère est venue, puis est repartie.

Elle est venue avec ses petites attentions : des légumes du jardin, qui ne sont même pas spécialement bons, et trop gros pour être cuisinés en quantité raisonnables (depuis je passe des heures en cuisine, à essayer d’écouler ces quantités), elle est venue avec ses chocolat du Leclerc d’à côté de chez elle pour ses petites filles, qui se sont régalées comme si c’était de bons chocolats, elle est venue avec ses habits tricotés pour le bébé et des mitaines en pure laine pour mes filles, ces choses improbables qu’elle tricote en se trompant souvent sur le patron, et qui ont soit le col trop large, soit les manches bouffantes, dans d’improbables couleurs. Elle est venue et m’a fait du café trop clair, et j’ai aimé le boire, comme j’aime celui qu’elle fait chez elle, moi qui en met deux fois plus dans la cafetière. Elle s’est occupée de mes filles, n’a pas voulu aller voir Kung Fu Panda mais a tenu à emmener R. aux jardins de l’Arsenal, pour voir les bateaux, « parce qu’à la ville on étouffe ». On a pu discuter, un peu, pas autant que j’aurais voulu, mais en deux jours et demi, c’était un peu difficile. Elle s’est agacée parfois, souvent, de mes remarques ou de mes enfants, mais c’était doux quand même, qu’elle soit là, que je puisse m’appuyer sur elle. Elle n'a pas trop voulu me prendre contre elle, ni me toucher de trop, et je n'ai pas demandé. Notre relation passe rarement par le corps, et à part les gifles, elle n'était pas forte en câlins ou en baisers de trop. Mais je sais que sa tendresse est ailleurs, dans tout ce qu'elle ne dit pas, et qu'on devine à demi-mot, ma mère chat sauvage, qu'on n'approche jamais de trop.

Entre temps, j’ai suspendu l’analyse. Je ne reverrais ma psy qu’après la naissance du bébé, quand je me sentirais de reprendre les séances. C’est étrange cette suspension, comme de grandes vacances au milieu de l’année. Là aussi, je suis rassurée. Je sais que si je ne vais pas bien, je pourrais y retourner et cette perspective me fait du bien.

lundi, 28 mars 2016

Les montagnes

Le vent souffle fort.

Les arbres s’agitent dans le ciel au petit matin. Je fais ma petite insomnie de fin de nuit et je me suis relevée pour écrire. Ces derniers jours ont été riches en émotion. J’ai commencé à préparer la valise de maternité. Sorti quelques petits habits, si minuscules que j’ai du mal à croire qu’un petit bébé rentrera dedans. Vendredi, je suis allée me faire masser, une expérience dont je me souviendrais longtemps. Ce massage était très particulier. J’étais immergée dans une eau à 34° et la thérapeute, une praticienne formée au shia-tsu, m’a installé des flotteurs sur les quatre membres et m’a accueillie dans ses bras. Pendant une heure, à l’horizontale, j’ai été bercée, massée, pressée, promenée en apesanteur. Je baignais dans un monde d’amour et d’acceptation. J’ai revécu des sensations de tout petit bébé, de fœtus, moi qui porte un petit être qui doit se sentir pareil. A la fin de la séance, alors que je m’apprêtais à rouvrir les yeux, je me suis mise à pleurer. Je n’arrêtais plus et la thérapeute s’est rapprochée pour me prendre dans ses bras et me consoler. Je ne sais pas ce qui m’a fait pleurer : le souvenir enfoui de ma naissance ? Le fait d’être dans des bras accueillants et maternants, ce dont j’avais besoin ces derniers temps ? Je ne sais pas.

Je suis ressortie de cette séance dans une forme et un enthousiasme extraordinaire. J’ai rejoints ma sœur et son ami, pour manger dans ce délicieux restaurant. Le lendemain, j’ai entraîné Y. dans le 16ème arrondissement, pour participer à un stage de préparation à la naissance par la vibration chantée. A trois autres couples, nous avons appris des techniques de chants puissants pour accueillir les contractions. Au-delà de la boite à outil que cela m’a permis d’avoir pour gérer les futurs douleurs de l’accouchement, ce week-end entre nous nous a rapproché, car nous avons beaucoup appris l’un sur l’autre, échangeant à de multiples moments. Parler des précédentes naissances, pleurer encore, ressentir aussi beaucoup de joie, et comprendre que cette nouvelle naissance est l’occasion d’écrire une nouvelle page pour cet enfant qui arrive. J’ai aussi réalisé que j’avais encore des choses à régler vis-à-vis de la naissance de R. pour son bien et le mien. Le soir, plutôt que de rejoindre les enfants et ma sœur, nous sommes partis à l’autre bout de Paris, comme deux lycéens faisant le mur, pour rejoindre des amis de Y. pour une magnifique tartiflette en parlant des médias, de journalisme et de notre profession, douze ans après notre sortie de l’école. Un peu avant minuit, nous sommes rentrés, faisant la fin du trajet sous une pluie battante en courant à moitié avec nos parapluies défoncés.

Toute cette nuit, je suis restée dans cette énergie, dans cet amour, dans cette histoire, que j’écris chaque jour. Je suis heureuse de ces cinq dernières années passées, de ces épreuves subies à travers les maternités, césarienne, dépressions, thérapies, recherches, qui m’ont toutes permis de grandir.

Plusieurs fois, j’ai cru que le travail allait commencer, car les contractions devenaient douloureuses, pour se calmer ensuite. Finalement, ce matin, rien dans mon corps ne laisse deviner que le petit bébé pourrait décider d’arriver plus tôt.

Je veux encore préparer son arrivée, je n’ai fait que la moitié de ce que je voulais faire.

Le terme est dans moins de trois semaines, et j’ai l’impression que je pourrais soulever des montagnes. Mes propres montagnes.

 

 

 

lundi, 21 mars 2016

Ne plus m'en faire

Les copains.

Je mange avec eux le midi, je découvre des restaurants et des quartiers inconnus de la capitale. Je me rends chez eux. Je me love sur leur canapé, je joue avec leurs enfants, je bois des cafés, je prends le repas avec eux et découvre de nouvelles saveurs. Je prends des bus, des métros. J’ai des discussions houleuses avec certains et je me vexe. Je sens la main bienveillante des mamans de l’école dans mon dos, les sourires de nos voisins-copains-membres d’association et le regard amusé des gens du quartier, ceux qui me croisent avec ma grande fille de 5 ans et ma petite de deux ans, qui marchent l’une à coté de l’autre dans la rue.

Malgré la fatigue et l’absence de Y. qui tend à se prolonger, je souris.

J’aime cette période de la fin de la grossesse, quand on est encore mobile malgré tout, et qu’on peut prendre un bon bain d’amitié avant de se retrouver chez soi avec un minuscule bébé et le corps abîmé, comme passé sous une moissonneuse-batteuse. Encore quelques jours peut être, quelques semaines si je peux, et je devrais me reposer vraiment, tenue par les besoins d’un plus petit que moi.

Hier soir, après des semaines de silence, j’ai eu ma mère au téléphone. Une discussion douce. Elle m’a appris que je ne m’étais retournée moi-même que trois semaines avant le terme. Depuis, je suis plus douce quand je pense à ce petit bébé qui se tient en hamac dans mon ventre. Peut être veut il simplement faire comme moi ? Ma mère montera probablement un week-end, en avril. Le bébé sera peut être né, et tant pis, je suis heureuse qu'elle vienne.

Ce matin, une amie qui a accouché à la fin de décembre doit venir déjeuner. J’ai hâte de parler avec elle, d’accouchement, de suite de couche, de toutes ces petites choses qui nous passionne à la fin de la grossesse, une expérience partagée et toujours différente pour chacune. Ce matin, je pense à tout ce qu’il faut faire et je sais que je n’ai envie de rien, et c’est tant pis. Trop de fatigue après le week-end seule avec les filles. Je ferais tout quand j’aurais retrouvé la force. D’ici là, être bercée par la conversation des copines et ne plus m’en faire…

mercredi, 16 mars 2016

Le partage

Hier soir, une fois les enfants couchés, après avoir fait des muffins avec R., j’ai reçu chez moi une petite délégation d’habitants de notre immeuble, pendant qu'Y. était au cinéma pour voir "Merci Patron" de notre confrère François Ruffin.

J’ai décidé d’organiser une réunion sur le thème : « Comment améliorer la convivialité dans l’immeuble ? ». Notre immeuble est grand. Deux escaliers, une quarantaine de portes, une centaine de familles, locataires et propriétaires mélangés. J’ai eu peur dans un premier temps que ne viennent que les relous, ceux qui râlent en permanence, que la réunion tourne au bureau des pleurs (Machin fait trop de bruit, Truc a un dégât des eaux permanent… » et en fait non. Il y avait des gens que je n’avais jamais vu à la fête des voisins que j’organise pourtant vaillamment depuis 5 ans. Des gens seuls pour la plupart, et qui veulent partager plus avec leur voisinage. Je suis heureuse de ce moment passé ensemble. Jusqu’à 23h, sur un paperboard improvisé, nous avons brainstormé, les idées ont fusé, nous avons beaucoup ri.

Au final, une trentaine de propositions, allant de l’organisation de concerts dans la cour, à un repas d’immeuble, du jardinage et du bricolage, l’installation d’un panneau d’affichage ou la création d’un groupe facebook.

Tout le monde est reparti très content.

Ce week-end, nous commençons le jardinage dans la cour.

mercredi, 9 mars 2016

La journée des grandes nouvelles

Hier, c’était la journée des grandes nouvelles, de ces moments où le temps se suspend, où l’on apprend des choses étonnantes, désolantes ou enthousiasmantes.

Me lever bien avant 7h. Ne pas trouver mes clés, donc ne pas pouvoir ouvrir le local vélo. Prendre le bus, aller au labo, pour faire des prises de sang, la glycémie, vérifier si ce bébé n’est pas de travers pour cause de diabète gestationnel. (en fait, il n’en est rien, pour conjurer le sort, j’avais acheté un pot de Haggen Daz au caramel beurre salé que j’ai entamé immédiatement les résultats reçus).

Puis aller chez la psy, et couchée chez elle, évoquer mes petits tracas sans importance.

Puis filer rejoindre la jolie P. pour un déjeuner et ressortir toute chamboulée de ce rendez-vous. Et puis courir dans le métro en sens inverse, avoir mon ancienne collègue, S. au téléphone, qui m’appelle en chuchotant depuis les toilettes de son magazine féminin huppé. Raccrocher et recevoir un appel du boulot. Pas pour une modification dans un article, comme dans la matinée. Non, juste pour m’apprendre un scoop. C. la collègue qui me pesait le plus, s’en va. Elle l’a annoncé officiellement dans la journée. Je vais chercher R. avec la petite L. Ma cadette ne veut plus jamais marcher, elle pleure, crie et ne veut faire les trajets que dans les bras. La pharmacie n’est pas si loin et nous toussons toutes les trois à y laisser nos poumons. Il faudra donc la porter. Je soulève les 10kg de ma petite fille de bientôt deux ans. R. marche derrière. Une voiture de police s’arrête à notre hauteur. Le flic baisse sa vitre et me lance : « Votre enfant doit être toujours devant vous madame. C’est la sécurité ! » Merci monsieur policier. Je me demande souvent ce que les policiers auraient fait du petit garçon de Doisneau, celui d’environ 5 ans qui coure dans la rue, son pain sous le bras. Et dire que nous marchions sur le trottoir, elle juste derrière moi, sans bouder pour une fois…

Je reviens chez moi, me bat une dizaine de minutes pour faire en sorte que l’une puis l’autre accepte de rentrer dans le bain. Je dois préparer des petits farcis végétariens, sinon je vais perdre les jolies courgettes données par le maraîcher. A chaque fois que je m’éloigne de la baignoire, L. pleure à fendre l’âme. Malgré la présence de sa sœur, ou à cause d’elle, qui lui lance de l’eau dans les yeux. Je tends seulement l’oreille et mon téléphone sonne. Ouf, c’est Leeloolène, dont le scoop me colle au plafond. Ainsi, elle le fait. « A la Leeloolène » évidemment, avec fracas, avec panache, dans un grand coup de colère, et cela m’inquiète comme toujours, mais elle le fait. Quand les enfants sont sortis enfin de l’eau et passent à table, elles ne touchent à peine à leur repas, maladie et toux oblige. On se débarbouille bien vite pour lire le grand livre de Trotro dans le lit de R. puis je commence à les coucher quand Y. arrive enfin, juste avant 21h. Il n’est plus question de dormir, elles veulent faire des bisous à leur père. Je m’éclipse sur la pointe des pieds pour me reposer au salon. Quelle journée ! Que de nouvelles ! Que d’émotions mêlées, ces bonheurs et ces malheurs tous ensembles….

 Je n’aurais le courage de rien ce soir, nous mangerons devant une émission d’M6, la même sur laquelle travaille la moitié de notre groupe d’amis, par un cocasse concours de circonstances. Demain, promis, je me repose !

jeudi, 3 mars 2016

Les vacances à la maison

Cette semaine, Y. est en vacances. R. est revenue de chez ses grands-parents et L. est restée avec nous.

Nous sommes tous les 4 à la maison et j’aime ces journées.

Je sens que R. est encore bouleversée par la grossesse. Régulièrement, elle fait preuve d’insolence, répétant toutes nos phrases comme un perroquet, tirant la langue à nos demandes, faisant exactement ce que l’on vient de lui interdire de faire. On gronde, on punit, on se fait menaçants. Puis le moment d’après, lors d’un câlin, d’une sortie à deux, elle se blottit contre l’un d’entre nous, nous demande pardon, nous dit qu’elle nous aime ou à quel point elle est heureuse.

Cette semaine, nous alternons du tri, du rangement, de l’administratif, du ménage, et des sorties culturelles et festives dans la capitale. Cette semaine, je me repose quand même, avec une sieste quasi obligatoire quotidienne. Chaque nuit, les enfants font le tour du cadran. Couchées à 21h, elles se réveillent naturellement après 9h. Cela me rassure de les voir dormir ainsi et me désole aussi. Cela veut dire que le rythme habituel, de l’école et de la course, doit les fatiguer beaucoup trop. Hier, nous avons dévalisé la bibliothèque, depuis, nous lisons des ouvrages sur le grand canapé, faisons des gâteaux, regardons des DVD ou jouons aux petits chevaux entre deux averses.

Lundi, j’ai vu une acupunctrice. Elle m’a planté quelques aiguilles pour régler divers petits maux et m’a donné des instructions pour faire tourner le bébé. Je suis à 34SA et ce petit coquin ne s’est pas encore retourné. Depuis, chaque jour, je fais chauffer de gros bâtons de moxa que je doit approcher, incandescents, de certains points méridiens du corps. Je prie pour que le bébé se retourne enfin, pour éviter la césarienne. Mais bizarrement, contrairement à ma précédente grossesse, où une césarienne aurait été un immense échec, celle-ci ne me fait pas peur. Bien sur, je préférerais accoucher à nouveau par voie basse, mais l’enjeu n’est pas le même, comme si l’accouchement de L. avait réparé celui de R. Bien sûr, j’ai des envies sur celui-ci, ne pas me laisser dépasser par la douleur, aller plus loin encore, comme une personne qui se prépare pour un marathon et sent l’excitation monter à mesure que l’épreuve approche, toute difficile qu’elle sera. Je serais déçue mais je pense que cela ne sera pas insurmontable. Peut être ce bébé le sait il. Il a ses raisons pour ne pas tourner, et j’essaye de l’amener, doucement, tendrement mais sûrement, à aller dans mon sens. Verdict dans quelques semaines !   

 

vendredi, 26 février 2016

La mère

J’étais triste au téléphone.

Ma mère faisait la liste, longue litanie, de tous les week-ends et tous les jours qui seraient pris pour elle avant la naissance et me faisait comprendre à quel point ce serait difficile de se libérer pour venir me donner un coup de main. Pourtant, je ne demandais pas grand-chose, quelques jours, 4, 5 tout au plus, pour pouvoir faire du tri comme je l’entendais, vider des placards, installer les petites affaires de bébé, faire des lessives car il le faudra bien. Egrenant les dates du calendrier, elle a finit par parler avec mon père, ne m’écoutant plus : On part bien tu te rappelle la semaine du 18. Je n’ai pas entendu la réponse de mon père, mais j’ai senti ma mère tendue « Oui, on a dit qu’on le faisait, on ne fait jamais rien pour mon anniversaire, donc là, on a dit qu’on le faisait, on le fait ! » Puis, soudain, retournant à sa conversation vers moi, elle me demande, presque sèchement : « Tu accouches quand déjà ? » « Bhin le 18 justement ».

Silence. Elle n’embraye pas.

Je n’ai pas envie de jouer au jeu de qui a plus besoin de l’autre, elle qui veut faire ses activités, fêter son anniversaire, ou moi qui vais accoucher, et qui une nouvelle fois, n’aurait pas d’aide de sa part. Triste et plus tard en colère, j’ai écourté la conversation, d’un vague Bon, on verra plus tard pour les dates. Je sais déjà que je ne vais rien lui demander, et qu’elle ne me proposera rien. Et une nouvelle fois, je me sentirais seule, seule,seule, malgré tout le monde bienveillant autour de moi, mais une seule personne me manque vraiment. Ma mère. Pauvre petite fille immature que je suis, prête à devenir mère à nouveau, alors qu’elle n’a pas été maternée.

Qu’il est difficile parfois d’être mère face à sa mère !

lundi, 22 février 2016

!!!!!!!

Nantes_fevrier_2016.jpg
_2016.jpg, fév. 2016

 

dimanche, 21 février 2016

Du bien

Je pourrais passer la semaine dans le lit d’amis de Leeloolène.

Profond, mou juste ce qu’il faut, ferme juste ce qu’il faut, une couette toute douce et les petites lumières de sa guirlande au dessus de ma tête. Je dors depuis vendredi, me réveille comme toujours trop tôt, mais surtout, je me rendors. J’alterne grasse matinée et siestes, lisant un ou deux articles de Simple Life ou de Psychologies magazine entre deux sorties avec elle sous le crachin ou un thé sur son canapé. Il m’a fallu un gros effort pour sauter dans le train vendredi soir après ma semaine, mais cela en valait la peine. Je n’aurais jamais pu autant me reposer chez moi.

Ces trois jours vont me faire du bien.

vendredi, 19 février 2016

La grosse semaine

Les filles sont toutes les deux malades. Depuis dimanche soir, toutes les nuits, toutes les heures, il faut aller au chevet de l’une ou de l’autre. Le doliprane, l’aspégic, les massages aux huiles essentielles, déshabiller, recouvrir, donner de l’eau, du sirop pour la toux, prendre un enfant avec nous, dormir chacun dans le lit avec l’une des filles, apporter le seau car la toux fait vomir, aller chercher une cuillère de miel pour adoucir la gorge, faire un biberon à deux heures du matin pour espérer que L. accepte de boire son cachet.

Tous les matins, je me suis levée tôt, malgré tout. Je ressemble vaguement à un cadavre, et à la fin de la journée, entre mon dos qui tire et mon maquillage qui s’en va, j’ai droit à des regards affligés de mes gentilles nouvelles collègues qui savent que ma journée n’est pas finie. Les deux enfants malades ne veulent aller que dans les bras, en même temps, et de préférence pendant que je prépare le repas. Làs, je finis par m’installer sur le canapé avec elle deux et un paquet de curly. Entre deux câlins j’essaye de leur faire ingurgiter un peu de nourriture, mais à part les compotes, elles n’ont pas faim. Comble du comble de la loose absolue, j’ai voulu –par bravache ou par nostalgie de l’Assassin ? – me rendre à un Paris-Carnet « exceptionnel » ce mercredi. Je voulais revoir des têtes avant de ne plus sortir avant un bout de temps. Mais je n’ai pas pris le temps, ni de m’inscrire, ni de regarder l’heure du rendez-vous avant. Une fois ma journée de travail finie, je suis rentrée m’occuper des enfants, et ce n’est qu’une fois qu’elles ont été couchées que Y. est arrivé. J’ai encore mis un peu de temps à partir. Je savais que certains ne seraient plus là mais j’ai tablé sur les derniers, ceux qui restent forcément boire un dernier verre après. Mal m’en a pris. Quand je suis arrivée, beaucoup trop tard, à 22h30 à Montparnasse, j’ai cru m’être trompée de jour. Le restaurant était complètement fermé, comme s’il n’avait jamais ouvert. A Leeloolène qui m’a confirmé la date, j’ai demandé le numéro de Gilsoub, qui m’a répondu désolé que oui tout le monde s’était bien retrouvés, mais beaucoup plus tôt pour manger et qu’ensuite, à 22h, tout le monde était rentré chez soi. Frigorifiée, j’ai repris le métro en sens inverse. Quelle nulle ! Endormie à 23h49, la première fille s’est réveillée à 00h002 en pleurant. La nuit s’annonçait fatigante encore.

 

Ce jour est ma dernière journée.

Je me suis encore levée tôt, malgré les multiples réveils. Je dois finir deux articles, ranger mon bureau, réviser une présentation importante pour cet-après midi.

J’ai pris le temps, pour une fois, de vernir mes ongles. Un beau rouge laqué, flamboyant, du plus bel effet. Base – vernis- vernis- top coat. La totale. Il est bientôt 8h et je ne dois plus toucher quoi que ce soit. Dommage, c’est pile l’heure ou je dois m’activer, petit déjeuner and co si je ne veux pas arriver trop tard à la rédaction. Mais ce vernis est si beau que j’ai du mal à le gâcher en m’activant si vite. Tant pis pour le retard. C’est mon dernier jour de travail avant mon congé maternité.

J’ai bien le droit, pour une fois, d’en profiter !

mercredi, 17 février 2016

Cuisine finie !

Et voilà le travail !

Bon,évidemment, il reste quelques aménagements, mais le plus gros est fait !

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DSCF0119.JPG, fév. 2016

 

mardi, 16 février 2016

L'amie

Au téléphone, ma mère était ennuyée. Un dîner avec des anciennes copines, prévu depuis longtemps. Elle me proposait de venir le dimanche, mais je me demandais vers quelle heure. Non, je n’avais pas le cœur à lui demander d’annuler et je me demande si elle l’aurais fait. Dans le doute, j’ai préféré lui dire que c’était bon, que je trouverais. Ma sœur m’avait dit qu’elle se libèrerait, quoi qu’il arrive, quitte à décommander ses rendez vous. Mais je ne voulais pas l’embêter de nouveau, moi qui m’appuie déjà tant sur elle. J’allais partir me coucher jeudi soir quand le bruit d’un texto m’a détourné de mon trajet vers le lit. C’était Leeloolène. Elle proposait de passer, dès sa journée de travail terminée vendredi soir. J’ai sauté en l’air de joie. Ainsi, non seulement je n’allais pas une énième fois solliciter ma sœur, mais en plus Leeloolène allait pouvoir m’aider à tout remettre dans la cuisine et le salon après le long chantier.

Grâce à elle nous avons :

  • Déplacé le frigo
  • Réfléchi à une nouvelle disposition de la cuisine
  • Fait des trous à la perceuse
  • Passé l’aspirateur
  • Fais des lessives, de draps et d’habits
  • Fais des courses
  • Joué avec les filles, les emmener en promenade dans les puces.
  • Déplacé des meubles
  • Vider les placards de denrées alimentaires
  • Remplir les nouveaux
  • Etendre le linge
  • Plier le linge sec.
  • Elle a aussi réparé ma jolie guirlande qu’elle m’avait offert il y a deux ans avant la naissance de L.
  • Réinstallé le tapis
  • Passé l’aspirateur et le chiffon à poussière partout

Surtout, j’ai pu, grâce à elle, me reposer à plusieurs moment du week-end, ce qui m’a permit de récupérer après mes nuits hachées, par les insomnies et les problèmes des enfants, de toux ou de cauchemars….

 

Après m’avoir une dernière fois aidé à laver les filles et les avoir mises en pyjama, prêtes pour le repas, Leeloolène a repris son train en sens inverse et moi, j’ai béni cette amie d’avoir consacré tant de son précieux temps à me venir en aide.

 

Quelle chance quand j’y pense !

 

 

jeudi, 11 février 2016

Fatiguées

Hier soir était sans doute la pire soirée.

Les enfants étaient restés (à leur demande) toute la journée dans l’autre famille, plutôt que d’aller à l’école cet au centre de loisirs. Je suis arrivée chez moi tard, la tête pleine de toutes les choses à faire au travail et laissées en suspens. R. est rentrée après moi avec sa nounou avec une seule idée : voir la suite de Cendrillon 2, commencé à regarder avec la nounou. J’ai refusé et cela a déclenché chez elle une crise de rage de 40 minutes. Elle s’est enfermée dans sa chambre, l’a entièrement dévastée, mettant à terre ses livres, lampes, jouets, arrachant la couette et les draps. Elle a hurlé de rage, a pleuré pendant tout ce temps. Je lui ai dit que je comprenais sa colère, mais qu’on ne regardait jamais de dessins animés la semaine, et encore moins un très long film, le soir. Elle m’a hurlé de me taire et de quitter sa chambre, ce que j’ai fait. En d’autres temps, je sais que je l’aurais giflée pour son insolence et cette colère qu’elle osait sortir. Heureusement, depuis, j’ai compris que la colère est une émotion saine, et qu’elle a aussi le droit de l’exprimer. Nous sommes toutes les trois très fatiguées. Au bout de 40 minutes, je suis revenue la voir, elle feuilletait un album. Elle a accepté le câlin que je voulais lui donner et est venue manger. Pendant le repas, L. n’a rien voulu avaler. Moi-même je n’avais pas très faim. Il était déjà 21h30, les enfants n’étaient pas couchés. J’ai décidé de laisser le bazar : tant pis pour les jouets par terre, les habits éparpillés, la vaisselle non faite. J’ai passé deux coups de fils, l’un à Y. parti dans un pays de l’Est éloigné, l’autre à ma copine G. qui traverse d’autres galères. En me couchant enfin, (beaucoup plus tard que ce que j’aurais aimé vu ma fatigue), je me suis dit que ce départ de Y. pendant mes derniers jours de boulot, le week-end à nouveau seule avec les enfants et toutes ces choses à gérer : le chantier, les courses, l’appartement à l’envers, je n’y arriverais pas seule. Je vais demander à ma mère ou ma sœur de monter pour m’aider.

Tant pis si elles ne peuvent pas, au moins, j’aurais demandé.  

mardi, 9 février 2016

Work in progress

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DSCF0110.JPG, fév. 2016

 

 

DSCF0101.JPG, fév. 2016

 

La surprise

J’ouvre la fenêtre qui donne sur le petit jardin.

Il pleut à verse. J’aime cette odeur de pluie, son bruit rythmé, la façon dont elle frappe sur les vitres et les volets de bois. Je pense à la façon dont je voudrais agencer les jardinières, sur les fenêtres de devant la façade. J’aimerai faire de grandes jardinières de palettes, profondes, capable d’accueillir beaucoup de plantes, des bambous, des lierres, du jasmin, des roses. Notre cuisine est en chantier, après 5 ans d’attente à la rêver, l’imaginer, la dessiner, sur des bouts de papier, sur des plans millimétrés, sur des logiciels de 3D. Le mur chocolat (London Clay) de chez Farrow and Ball est fini. Sa couleur, profonde et gourmande m’enchante. Je n’aurais jamais imaginé utiliser cette couleur avant. Demain, les éléments commenceront à être montés. Il y a aura encore pas mal d’étapes avant que tout soit fini, mais pour le petit aménagement, c’est moi qui m’en occuperais quand je serais arrêtée pour mon congé maternité. Je sais déjà où je veux mettre mes épices, mon thé, mes couteaux, mes planches à découper. J’aimerai aussi aménager le coté du meuble, avec un marche pied pour les enfants et un banc, pour les encourager à venir préparer les repas à mes cotés. Peut être qu’il faudra aussi envisager une petite table centrale, une minuscule table ronde de troquet, pour que je puisse prendre mon petit déjeuner le matin seule, mais rien n’est moins sur, je verrais la place qui restera quand tous les meubles seront monté. J’ai hâte ! Chaque soir est une surprise.

lundi, 8 février 2016

Se lever tôt

En ce moment, c’est un peu difficile : j’ai l’impression désagréable d’une course permanente, d’avoir la tête dans la machine à laver, et le corps tout entier. Je ne dors pas beaucoup la nuit, réveillée par des broutilles. Je n’arrive pas à me rendormir avant une heure ou deux. Du coup, le matin, je ne peux pas me lever tôt. Ensuite, c’est la course, terrible et familière, les enfants qui pleurent et les parents qui grondent. Ma journée de travail passée, je retraverse Paris dans l’autre sens et vais chercher les enfants. C’est le bain-repas-couchage, puis j’attends Y. avec lui, on essaie de régler les urgences, puis on se détend devant l’écran, se couchant trop tard, même quand on décide de se mettre au lit tôt, chacun avec notre livre. Et pourtant, pourtant, l’écriture, la création, la méditation me manquent, un peu comme un léger manque d’oxygène. Je voudrais raconter : mon merveilleux anniversaire, les deux surprises de Y., ma recherche du meilleur vélo, ce que je veux faire pour améliorer mon quartier, les travaux qui ont recommencé dans l’appartement (et comment nous faisons la vaisselle dans la salle de bain au milieu du plâtre), les bonnes résolutions que j’ai pour la suite de ma grossesse, le déménagement du travail et nos nouveaux employeurs. Je voudrais raconter les petites joies et les petites tristesses, mais évidemment, évidemment, je ne trouve pas le temps. Alors, j’ai pris une grande décision : je vais me lever plus tôt, vaille que vaille, comme je n’arrive pas à écrire le soir. Je vais me lever plus tôt, et je ferais ce qui me manque : écrire, méditer, créer.

Chiche ?  

mercredi, 20 janvier 2016

Voir les choses différemment

Après mon merveilleux week-end, où je suis allée voir ce film et où cela m’a donné envie de me bouger juste à coté de chez moi, via les collectifs associatifs de ma commune, je suis à nouveau malade. A plat, complètement, fatiguée complètement. Je me demande comment me bouger, comme faire en sorte d’arriver à faire des choses, comment me motiver.
Hier, je suis allée chez le médecin (enfin, depuis août et l’arrêt des antidépresseurs !) j’ai pu lui parler de plein de petits problèmes. D’un côté, je voudrais être arrêtée, mais une part de moi le redoute, car j’ai peur de la solitude plus que tout. Je suis même prête à ne pas prendre de congé parental pour ce dernier bébé ! Cet après midi, je verrai l’ostéopathe nouvelle et toute gentille, qui a réussi à enrayer les douleurs dorsales le mois dernier. J’espère qu’elle m’aidera à tenir jusqu’au bout de la grossesse sans ces douleurs chroniques qui me gâchent bien la vie.
Le dernier atelier CNV, lundi soir, était passionnant.
Il y a une vingtaine de personnes toutes différentes, avec des parcours et des envies diverses. Plusieurs sont sans enfants et veulent juste apprendre à communiquer différemment, arriver à exprimer leurs besoins, sans colère. On a l’impression d’apprendre une nouvelle langue ! C’est assez enthousiasmant de découvrir tout cela à 35 ans. Je réalise toutes les implications que cela peut avoir, dans mon couple, avec les enfants, au boulot, dans ma famille. Cela me rend plus indulgente.
Ce soir, si tout va bien, j’irais voir ce film. Cela ne va pas me réconcilier avec l’école, mais ces parcours alternatifs m’apprennent tant ! Je pense qu’il faut toujours se renseigner sur les chemins de traverses. Là est la vraie richesse, plutôt que les routes plates et trop droites ! Je rêve aussi de trouver un jour, deux jours, peut être trois pour aller voir Leeloolène. Avec elle, boire du thé, faire les magasins, feuilleter des magazines, parler, parler, parler….

samedi, 16 janvier 2016

9 ans et toutes ses dents.

C'est le week-end.

Y. invente une chanson avec les enfants. Les filles inventent les paroles et chantent et il les accompagne à la guitare. Petit à petit, les sons se brouillent et s’effacent tout à fait. Je m’endors d’un sommeil lourd, insensible aux cris de L. qui ne se laisse pas faire quand sa sœur l’embête. Je dors une bonne heure. Il fait bon dans l’appartement, on a monté le chauffage. Y. a fait une compote de pommes qui embaument. Ce soir, nos amis T. et A. viennent manger des crêpes à la maison. Je mets en vente sur le bon coin mon beau fauteuil club, si défoncé que je me demande si quelqu’un voudra vraiment le récupérer. A l’heure du goûter, je vais avec L. a un atelier de signe de bébé. Elle s’amuse, joue avec les autres enfants, mime les signes des comptines. Lundi soir, je retournerai à l’atelier organisé par l’association de maternage sur la communication non violente. Cela me fait du bien de continuer à creuser cette voie, de me rendre compte à quel point je dois encore plus prendre soin de moi pour éviter de décharger ma colère sur les enfants. J’étais émue aux larmes la semaine dernière d’écouter le formateur nous dire que bien sur, nous n’étions pas des parents parfaits, mais que rien que d’être là et de chercher à faire différemment, nous devions déjà être fiers de nous et nous dire que nous étions sur la bonne voie, celle de l’amélioration, de sortir de nos schémas inscrits en nous.

 

Cette semaine, ce blog a eu 9 ans !

Dans une semaine, j’en aurais 35.

 

Tout ce temps passé, avec vous, avec d’autres, de l’autre côté de l’écran, merci encore d’être là et de lire, de commenter parfois !

 

Votre présence/écoute/conseils est un baume sans fin.

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